
15 juil. 2019 · 15 min
Galaxie M87 : huit télescopes pour la première image
Dans cet épisode audio, suivez les étapes qui ont réuni huit radiotélescopes pour reconstituer l’image du trou noir au centre de la galaxie M87.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est un vrai plaisir d'ouvrir cette nouvelle plongée au cœur de nos sources pour décortiquer les mathématiques et la physique qui façonnent notre compréhension de l'univers.
Intervenant 2
Oui, bonjour. Je suis ravi d'être là pour cette exploration.
Intervenant 1
Alors aujourd'hui, on va se pencher sur une date clé. Le 10 avril 2019, c'est le jour où l'humanité a accompli un truc un peu fou. Regardez l'invisible.
Intervenant 2
C'est exactement ça.
Intervenant 1
L'image de cette fameuse silhouette orangée, le premier trou noir jamais photographié, on l'a tous vu dans les médias. Mais notre mission aujourd'hui, pour ceux qui nous écoutent, c'est vraiment de dépasser l'aspect esthétique de cette image.
Intervenant 2
Parce que la vraie prouesse, elle n'est pas
Intervenant 1
là. Voilà, elle est mathématique et technologique. C'est l'analyse de données titanesque derrière qui est fascinante.
Intervenant 2
Bah oui, parce que ce n'est pas du tout un télescope optique géant qui a juste pris une photo. On parle d'un triomphe absolu de la synthèse de données.
Intervenant 1
Et justement, il y a un détail chronologique dans nos sources qui m'a fait tiquer tout de suite.
Intervenant 2
Ah bon ? Lequel ?
Intervenant 1
Mais l'image, elle a été publiée en 2019. Mais les ondes, elles ont été capturées en avril 2017.
Intervenant 2
Ouais, deux ans d'écart.
Intervenant 1
C'est ça, deux ans. Aujourd'hui, on est habitué à ce que tout soit instantané, tu vois. Pourquoi il a fallu deux années entières de développement pour sortir cette image ?
Intervenant 2
Pour comprendre ça, il faut vraiment changer notre façon de concevoir l'observation astronomique, en fait.
Intervenant 1
C'est-à-dire ? Ce n'est pas juste assembler des pixels ?
Intervenant 2
Non, pas du tout. L'assemblage de pixels, c'est l'optique classique. Depuis Galilée, on a l'habitude de capter la lumière visible. Mais là, pour un trou noir supermassif, la lumière visible, elle doit traverser des nuages de gaz.
Intervenant 1
Et de la poussière interstellaire, j'imagine ?
Intervenant 2
Exactement. Des dizaines de millions d'années-lumière de poussière. Donc le signal optique, il arrive complètement épuisé ou alors il est totalement absorbé. On ne voit rien.
Intervenant 1
C'est le fameux mur de l'optique, quoi.
Intervenant 2
Voilà. Du coup, la solution, ça a été de passer à la radioastronomie. Les ondes radio, elles traversent tout ça beaucoup plus facilement.
Intervenant 1
D'accord, mais dans l'article, il parle d'une fréquence super précise, 230 gigahertz.
Intervenant 2
Ouais, ce qui donne une longueur d'onde de 1,3 millimètre.
Intervenant 1
1,3 mm ? Pourquoi celle-là spécifiquement et pas, je ne sais pas, une autre fréquence radio ?
Intervenant 2
En fait, c'est un compromis physique de dingue. Si on prend une fréquence plus basse, les ondes traversent bien l'espace. Mais le plasma très chaud autour du trou noir devient opaque.
Intervenant 1
Ah, donc on verrait juste une grosse tache floue.
Intervenant 2
C'est ça, une tache informe. Et à l'inverse, si on monte trop en fréquence pour essayer d'avoir une image nette, on tape dans un autre mur, mais local, celui-là.
Intervenant 1
L'atmosphère terrestre.
Intervenant 2
Exactement. La vapeur d'eau de notre atmosphère absorbe les ondes trop courtes. Donc, 1,3 mm, c'est vraiment le trou de serrure parfait. Le plasma est translucide et notre atmosphère reste transparente.
Intervenant 1
C'est le châle-légulier en fait. Mais par contre, ça pose un problème au niveau de la résolution, non ? Si on utilise une longueur d'onde d'un millimètre.
Intervenant 2
Ah bah, un problème massif, oui.
Intervenant 1
Parce que si on se fie aux critères de Rayleigh en physique, plus l'objet est petit à observer ou plus la longueur d'onde est grande, plus l'objectif doit être immense.
Intervenant 2
C'est la loi de l'optique, ouais. Pour te donner une idée, observer ce trou noir depuis la Terre, c'est comme essayer de voir une balle de tennis posée sur la Lune.
Intervenant 1
Rien que ça, c'est vertigineux.
Intervenant 2
Et pour voir ça en lumière visible, il faudrait un miroir parfait de deux kilomètres de diamètre.
Intervenant 1
Ce qui est déjà structurellement impossible à construire sur Terre. Je crois que les plus grands font une trentaine de
Intervenant 2
mètres. Sauf que là, l'Event Horizon Telescope, le HT, utilise des ondes millimétriques. C'est des milliers de fois plus large que la lumière visible.
Intervenant 1
Ah oui, donc l'équation explose complètement.
Intervenant 2
Pour garder la même résolution, avec une onde de 1,3 mm, il faudrait une parabole de la taille de la Terre entière.
Intervenant 1
C'est absurde. Enfin, matériellement, on ne peut pas fabriquer une antenne de 12 000 km de large. Donc, comment ils ont fait ? L'astuce, c'est les maths, c'est ça ?
Intervenant 2
Exactement. Ils ont utilisé une technique qui s'appelle l'interférométrie à très longue base, le VLBI en anglais.
Intervenant 1
Et ça consiste en quoi concrètement ?
Intervenant 2
Plutôt que de construire une seule antenne géante, ils ont mobilisé huit radiotélescopes qui existaient déjà, un peu partout sur le globe.
Intervenant 1
Oui, l'article mentionne l'Espagne, le Mexique, Hawaï, même l'Antarctique.
Intervenant 2
C'est ça. Et en synchronisant toutes ces antennes, on crée un réseau. Et virtuellement, ça forme une seule ouverture géante.
Intervenant 1
Et c'est là que la taille compte.
Intervenant 2
Exactement. Parce que la résolution de ce télescope virtuel, elle n'est plus dictée par la taille des petites antennes, mais par la distance géographique maximale entre elles.
Intervenant 1
Ce qu'ils appellent la ligne de base.
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