
12 févr. 2024 · 7 min
Fractions : comment dépassent-elles le partage ?
Dans cet épisode audio, suivez les fractions du partage aux proportions, puis découvrez comment elles servent de tremplin à l’analyse.
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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Pour cette nouvelle exploration, imaginez juste un instant que le simple acte de couper une part de tarte contienne le même secret mathématique qui nous permet in fine de calculer l'infini.
Intervenant 2
C'est clair que c'est un sacré grand écart, c'est sûr, mais c'est pourtant la réalité. Aujourd'hui, l'idée, c'est d'oublier tout ce qu'on a pu apprendre à l'école primaire pour redécouvrir les fractions. Parce que derrière cette notion de partage qu'on croit super banal, il y a en réalité une puissance analytique vertigineuse.
Intervenant 1
Et c'est justement ce décalage, moi ça m'a interpellé en parcourant cet éditorial. Prenez une expression de notre quotidien comme une fraction de seconde.
Intervenant 2
Tout à fait.
Intervenant 1
On l'utilise vraiment sans réfléchir pour désigner un instant fugace. Mais mathématiquement parlant, on est déjà en train de convoquer deux nombres entiers. Un numérateur et un dénominateur.
Intervenant 2
Et un dénominateur plus grand, oui.
Intervenant 1
Voilà, plus grand pour quantifier cette fameuse durée. Et si on revient à notre tarte, couper une part, ça n'a rien d'un simple coup de couteau au hasard.
Intervenant 2
Ah ben non, le découpage mathématique, il est intraitable. Pour faire une part parfaitement équitable, vous ne donnez pas un coup de couteau instinctif quoi.
Intervenant 1
Non, c'est
Intervenant 2
sûr. Vous imposez presque secrètement une grille géométrique très stricte à cette tarte.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Vous la divisez virtuellement en un univers exact de Q par égal, avant d'en prélever très précisément P morceaux.
Intervenant 1
Donc en gros, on structure le chaos de la pâte feuilletée.
Intervenant 2
C'est une belle image, ouais.
Intervenant 1
Même.
Intervenant 2
Ouais, c'est fort. Je
Intervenant 1
trouve ça presque agressif, non ?
Intervenant 2
Le vocabulaire est hyper révélateur. Il y a un lien étymologique direct entre fractionner et fracturer.
Intervenant 1
Fracturer, ah ouais !
Intervenant 2
Créer une fraction, à l'origine, c'est vraiment l'acte violent de casser un objet. D'ailleurs, jusqu'à une certaine époque, on utilisait couramment l'expression « nombre rompu » pour en parler.
Intervenant 1
Des nombres rompus ? C'est vrai que fracture, ça résonne avec beaucoup plus de brutalité que fraction.
Intervenant 2
Exactement. Et d'ailleurs, le mathématicien Benoit Mandelbrot s'en est souvenu lorsqu'il a forgé le terme fractale.
Intervenant 1
Ah d'accord, et fractale.
Intervenant 2
Oui, il a choisi ce mot précisément pour suggérer cette idée, cette idée géométrique d'infinies brisures, de formes qui se cassent sans fin.
Intervenant 1
D'accord, donc on casse, on rompt l'unité, mais j'ai une vraie question à ce sujet.
Intervenant 2
Allez-y ! Si,
Intervenant 1
par sa nature même, une fraction représente le morceau d'un objet brisé, qu'est-ce qui se passe quand notre fraction devient plus grande que 1 ? Parce qu'on ne peut pas prendre 5 quarts d'une seule tarte, enfin c'est impossible. Pourquoi est-ce qu'on continue à utiliser cet outil dans ces cas-là ?
Intervenant 2
C'est là que le concept devient passionnant et s'émancipe complètement de l'objet physique. Quand la fraction dépasse la valeur de 1, elle ne représente plus seulement un bout de quelque chose, elle devient un rapport. Elle se transforme en une sorte de lunette pour observer des relations entre deux grandeurs.
Intervenant 1
Donc on passe d'un objet vraiment isolé à une comparaison concrète.
Intervenant 2
C'est le principe même de la proportionnalité, oui.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Si vous savez par exemple que trois ouvriers mettent deux jours à construire un mur, la fraction qui relie ces nombres, elle vous permet de déduire le temps nécessaire pour cinq ouvriers.
Intervenant 1
Ah, la règle de Troyes.
Intervenant 2
Voilà. Ce mécanisme, il connecte l'élégance des nombres entiers à la dynamique de la division pour prédire un résultat. C'est l'outil que tout le monde connaît, la fameuse règle de Troyes.
Intervenant 1
C'est fou. Notre bout de tarte est devenu une vraie machine à prédire des proportions. Et l'évolution, elle ne s'arrête pas là. Moi, j'ai eu un vrai moment de bascule en réalisant que notre écriture décimale classique
Intervenant 2
Les nombres à virgule,
Intervenant 1
oui. Voilà, les chiffres après la virgule sur nos écrans, ce ne sont en fait que des additions de fractions très formatées.
Intervenant 2
Des dixièmes, des centièmes, des millièmes, exactement. L'écriture décimale, elle standardise notre vision des nombres en utilisant exclusivement des puissances de 10 en dessous de la barre.
Intervenant 1
Ou des nominateurs.
Intervenant 2
Au dénominateur, c'est ça. C'est super pratique pour le quotidien, mais pour sonder des nombres beaucoup plus complexes, les mathématiques font appel à des méthodes plus profondes.
Intervenant 1
Comme quoi ?
Intervenant 2
Comme l'algorithme d'Euclide, par exemple.
Intervenant 1
Attendez, Euclide. Je croyais que c'était le grand nom de la géométrie, avec ses triangles et ses cercles. Quel est le rapport avec les fractions ?
Intervenant 2
Imaginez que vous vouliez paver une pièce rectangulaire, avec les plus grands carrés carrés possibles, sans jamais avoir à les couper.
Intervenant 1
Donc des carrés pleins.
Intervenant 2
Exact. L'algorithme d'Euclide, c'est la méthode géométrique pour trouver la taille parfaite de ce carreau. Et si on traduit ce processus de découpe successive en nombre, on obtient ce qu'on appelle des fractions continues.
Intervenant 1
Des fractions continues ?
Intervenant 2
Oui, des fractions qui s'imbriquent fin définiment les unes sous les autres.
Intervenant 1
D'accord, je visualise le pavage avec les carrés. Mais on finit bien par s'allaiter de paver la pièce, non ? Au bout d'un moment, on touche le mur.
Intervenant 2
Eh bien, pas avec tous les nombres.
Intervenant 1
Ah bon ?
Intervenant 2
Non. Pour certains nombres irrationnels, le processus continue vraiment à l'infini. Et c'est là qu'on touche à l'aboutissement ultime de l'outil, la notion de série.
Intervenant 1
Les séries ?
Intervenant 2
On ne se limite plus aux puissances de 10 et surtout, on ne s'arrête jamais. Une série, c'est l'addition d'une infinité de fractions.
Intervenant 1
Je vous arrête une seconde. Quand vous dites « additionner une infinité de fractions », mon cerveau imagine juste une calculatrice qui sature et affiche un message d'erreur.
Intervenant 2
C'est tout à fait normal.
Intervenant 1
Comment est-ce que le fait d'ajouter des choses éternellement peut aboutir à un résultat concret ? Ça devrait juste exploser vers l'infini, non ?
Intervenant 2
C'est là, c'est tout le miracle de l'analyse mathématique. Si les fractions que vous ajoutez deviennent de plus en plus minuscules, la somme totale finit par se stabiliser vers une valeur très
Intervenant 1
précise.
Intervenant 2
Prenez une des formules les plus célèbres par exemple. Si vous prenez 1, que vous soustrayez 1 tiers.
Intervenant 1
Donc 1 moins 1 sur 3.
Intervenant 2
Voilà. Ensuite, vous ajoutez un cinquième.
Intervenant 1
OK.
Intervenant 2
Vous soustrayez un septième.
Intervenant 1
Toujours en alternant.
Intervenant 2
Et ainsi de suite jusqu'à l'infini. Vous tombez miraculeusement sur la valeur exacte de Pi divisé par 4.
Intervenant 1
Attendez, vraiment ? Pi ?
Intervenant 2
Vraiment, en additionnant des fractions à l'infini, on engendre les formules considérées comme les plus pures et les plus belles des mathématiques.
Intervenant 1
C'est un voyage fascinant. Je pense que la prochaine fois que j'utiliserai l'expression « une fraction de seconde », je me souviendrai que je manipule l'outil fondamental qui relie le découpage d'une tarte au mystère de Pi.
Intervenant 2
C'est une belle conclusion. Et d'ailleurs, si on prend un peu d'auteur sur tout ça, il reste un paradoxe fascinant à méditer pour terminer.
Intervenant 1
Je vous écoute.
Intervenant 2
Si le mot fractale et les fractions partagent cette même idée d'infinie brisure, comme on l'a vu, l'acte de fracturer et de diviser indéfiniment ne serait-il pas paradoxalement, en mathématiques, le seul véritable moyen d'atteindre et de comprendre un tout infini ?
Intervenant 1
Eh bien, c'est une question qui laisse vraiment songeur. Merci pour cet éclairage.
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