
21 avr. 2023 · 21 min
Entrelacs : du motif entrecroisé au graphe, puis retour
Dans cet épisode, suivez l’aller-retour : un entrelacs, motif de courbes entrecroisées, devient un graphe qui permet ensuite de le redessiner.
Collections de cet épisode (7)
Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
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Intervenant 1
Bonjour tout le monde et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.
Intervenant 2
Salut à tous !
Intervenant 1
On a tous en tête cette fameuse image du nœud celte, non ?
Intervenant 2
Ah ouais, le fameux enchevêtement.
Intervenant 1
Exactement, ce chaos de lignes millénaire avec ses courbes qui n'en finissent pas.
Intervenant 2
C'est vrai que c'est captivant.
Intervenant 1
C'est d'une complexité qui donne presque le vertige quand on essaye de la suivre des yeux. Mais si on disait que derrière ce chaos visuel, derrière cette beauté hypnotique qui semble indéchiffrable,
Intervenant 2
il se cache autre chose.
Intervenant 1
Voilà, il se cache en réalité un simple squelette géométrique, totalement plat et épuré.
Intervenant 2
C'est assez contre-intuitif quand on regarde le dessin de base, c'est clair.
Intervenant 1
Complètement. Du coup, notre exploration d'aujourd'hui a une mission très claire. On va révéler le lien secret, et surtout réciproque, entre l'art visuel de ces ornements antiques et les mathématiques pures.
Intervenant 2
Les graphes planaires, pour être précis.
Intervenant 1
C'est ça. Et je suis vraiment impatiente de décortiquer tout ça avec toi.
Intervenant 2
Je suis ravi d'être là. Et ce qui est véritablement stupéfiant dans les sources qu'on explore aujourd'hui, c'est que cette connexion mathématique ne sert pas uniquement à analyser des œuvres d'art qui existent déjà.
Intervenant 1
C'est pas juste de l'observation historique, quoi.
Intervenant 2
Non, pas du tout. Elle offre un vrai pouvoir de transformation. En fait, elle permet de prendre un dessin d'apparence insurmontable et de le réduire à un schéma simplice.
Intervenant 1
Wow !
Intervenant 2
Et mieux encore, la réciproque est vraie.
Intervenant 1
C'est-à-dire qu'à partir de quelques points et de quelques traits jetés sur une feuille,
Intervenant 2
le système mathématique génère de lui-même une complexité artistique vertigineuse. C'est littéralement posséder une clé de déchiffrement universelle.
Intervenant 1
C'est un truc de fou. Bon, pour que tout le monde comprenne bien comment cette clé magique fonctionne, je pense qu'il faut qu'on définisse nos deux acteurs principaux.
Intervenant 2
Ouais, c'est essentiel.
Intervenant 1
On a d'un côté l'art et de l'autre la géométrie abstraite. Commençons par la figure artistique, donc les entrelacs.
Intervenant 2
Très
Intervenant 1
bien. Concrètement, si on retire le côté purement décoratif, genre les fioritures ou les têtes d'animaux typiques qu'on voit dans les enluminures, qu'est-ce qu'on regarde d'un point de vue purement structurel ?
Intervenant 2
Mathématiquement parlant, un entrelac se définit comme un ensemble fini de courbes fermées. On appelle ces courbes des brins. Et ces brins s'enchevêtrent en passant les uns au-dessus ou en dessous des autres.
Intervenant 1
Donc il y a une notion de profondeur ?
Intervenant 2
Exactement. Mais la règle fondamentale, absolue, c'est qu'ils ne se coupent jamais. Il n'y a pas d'intersection physique, pas de collision.
Intervenant 1
Du coup, sur un dessin en 2D, genre sur une feuille de papier, on est obligé de tricher un peu pour simuler la 3D, non ?
Intervenant 2
C'est exactement ça. L'astuce visuelle consiste à effacer un tout petit segment du trait qui est censé passer en dessous, juste au niveau du croisement.
Intervenant 1
Ah ouais, c'est ce petit vide qui trompe notre cerveau.
Intervenant 2
Voilà, ça donne cette illusion de tressage d'épaisseur.
Intervenant 1
J'aime bien visualiser ça comme un immense échangeur d'autoroutes, tu sais, en plein centre-ville.
Intervenant 2
C'est une super analogie.
Intervenant 1
On a des ponts qui engendrent d'autres voies, des tunnels qui plongent sous le béton. Enfin, c'est un réseau hyper complexe où la règle d'or, c'est le chevauchement en 3D en permanence.
Intervenant 2
Sans jamais d'accident au croisement.
Intervenant 1
Exactement. Et de l'autre côté du ring, on a notre deuxième acteur, le fameux graphe planaire.
Intervenant 2
Ouais, alors le graphe planaire, lui, il appartient au domaine de la topologie et de la théorie des graphes.
Intervenant 1
Ça sonne très abstrait dit comme ça.
Intervenant 2
Pour faire simple, un graphe, c'est juste une collection de points. On nomme ces points les sommets.
Intervenant 1
OK, des points.
Intervenant 2
Et ces sommets sont reliés entre eux par des lignes qu'on appelle les arêtes.
Intervenant 1
Jusque là, je suis. Mais la partie planaire, c'est quoi ?
Intervenant 2
C'est la spécificité cruciale. Un graphe planaire a une grosse contrainte d'espace. C'est un schéma qui doit pouvoir être dessiné sur une surface complètement plate, de telle sorte qu'absolument aucune de ses arêtes n'en croise une autre.
Intervenant 1
Aucune arête ne se touche ?
Intervenant 2
Jamais en dehors des sommets. Tout doit rester à plat sur le plan, sans aucun empilement.
Intervenant 1
Donc, pour garder nos petites images, ce graphe planaire ressemblerait plutôt à, disons, une constellation d'étoiles dessinée sur une immense carte de navigation ? C'est
Intervenant 2
ça.
Intervenant 1
On a le droit de relier certaines étoiles par des lignes droites, mais la loi interdit formellement que deux lignes se superposent ou se croisent en plein milieu du vide spatial.
Intervenant 2
C'est l'idée, oui.
Intervenant 1
Mais du coup, en posant ces deux définitions, il y a un énorme problème de logique qui me saute aux yeux.
Intervenant 2
Ah, lequel ?
Intervenant 1
Mais comment est-ce qu'on peut lier intimement une structure en 3D, dont l'essence même est le chevauchement continu, notre échangeur d'autoroute, avec une structure totalement plate, la constellation, dont la règle fondatrice est l'interdiction totale de se croiser ?
Intervenant 2
Les deux concepts semblent mathématiquement incompatibles, en effet.
Intervenant 1
C'est un paradoxe total.
Intervenant 2
C'est un paradoxe géométrique, tout à fait légitime. Et pour comprendre comment ce fossé était comblé, il faut qu'on fasse un petit saut dans le temps.
Intervenant 1
On part quand ?
Intervenant 2
À la fin du XIXe siècle. Et plus précisément, il faut se pencher sur les conséquences d'une erreur historique assez fascinante.
Intervenant 1
Oh, je vois ça. Une erreur qui fait avancer la science. C'est toujours les meilleures histoires.
Intervenant 2
Ah bah là, c'est un cas d'école.
Intervenant 1
Raconte, que c'est-il PC ?
Intervenant 2
Nous sommes en 1880. Le physicien et mathématicien écossais Peter Guffry Tate travaille d'arrache-pied sur un énorme dossier.
Intervenant 1
Lequel ?
Intervenant 2
Ce qui est alors l'un des plus grands mystères de son temps, le théorème des quatre couleurs.
Intervenant 1
Ah oui, le truc avec les cartes de géographie.
Intervenant 2
Exactement. Ce théorème postule qu'il suffit d'un maximum de quatre couleurs pour colorier n'importe quelle carte plane, de façon à ce que deux pays qui partagent une frontière n'aient jamais la même couleur.
Intervenant 1
Et Tate pensait avoir trouvé la démonstration absolue.
Intervenant 2
Ouais. Sauf que sa démonstration ne tenait pas la route du tout. Elle était fausse.
Intervenant 1
Ah mince !
Intervenant 2
La véritable preuve ne sera trouvée qu'un siècle plus tard d'ailleurs, grâce à l'informatique. Mais le truc fou, c'est que dans sa tentative, Tate cherchait à simplifier la notion même de carte pour l'étudier plus facilement. Et
Intervenant 1
il a fait
Intervenant 2
comment ? Il s'est dit qu'il pouvait utiliser les nœuds et les entrelacs comme des modèles de cartes. Il a imaginé qu'on projetait l'ombre d'un entrelac à plat sur une table.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Et en regardant cette projection, il a cessé d'y voir des cordes entremêlées. À la place, il a décidé d'y voir des frontières.
Intervenant 1
Je ne suis pas sûre de suivre la logique de Tate là. Comment l'ombre écrasée d'une grosse corde devient une frontière politique ?
Intervenant 2
C'est une question de point de vue.
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