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25 avr. 2016 · 21 min

Du tableau à l’infini : découvrir la droite projective

Dans cet épisode audio, suivez la projection du peintre, l’ajout du point à l’infini puis le birapport, jusqu’aux cercles de la géométrie complexe.

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  1. Intervenant 1

    Imaginons un instant un peintre de la Renaissance, figé devant son chevalet. Il fait face à un problème mathématique qui, à première vue, semble complètement insoluble.

  2. Intervenant 2

    Totalement insoluble,

  3. Intervenant 1

    oui. Comment peindre deux lignes parallèles, disons, comme des rails de chemin de fer ou les bords d'un très long couloir, de manière parfaitement réaliste sur une toile qui est toute plate ?

  4. Intervenant 2

    C'est le grand défi de la perspective en fait.

  5. Intervenant 1

    Exactement. Bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on se lance dans une exploration au cœur de la géométrie pour comprendre comment une simple astuce, l'ajout d'un point un peu magique, le fameux point à l'infini, a pu bouleverser toute notre compréhension de l'espace.

  6. Intervenant 2

    Et résoudre des problèmes géométriques effroyables avec une élégance folle pour le coup.

  7. Intervenant 1

    C'est clair ! On a très souvent cette image de la géométrie comme d'une chose hyper figée, tu sais. On trace une droite sur une feuille, on sort une règle, on compas, enfin les choses sont à leur place de manière définitive.

  8. Intervenant 2

    Ouais, une droite est une droite, un cercle est un cercle, c'est propre, c'est rigide, c'est la géométrie classique euclidienne quoi.

  9. Intervenant 1

    Mais en tant que passionnée de ces questions, je suis très heureuse de voir qu'aujourd'hui, on va un peu casser cette rigidité.

  10. Intervenant 2

    Cette certitude classique, elle masque une réalité beaucoup plus mouvante. La géométrie, ça ne se limite vraiment pas à ce qu'on dessine à plat sur un bureau. En fait, c'est avant tout une question d'observation. C'est une question de point de vue.

  11. Intervenant 1

    D'accord.

  12. Intervenant 2

    Et lorsqu'on accepte de décaler ce point de vue, de changer les règles fondamentales de l'espace dans lequel on réfléchit, Les frontières rigides s'effondrent. On peut soudainement réaliser qu'une droite infinie, fondamentalement, c'est juste une sphère qui s'ignore.

  13. Intervenant 1

    Une sphère qui s'ignore, j'adore l'image. Et c'est la mission de notre plongée d'aujourd'hui. Mais avant de manipuler des équations complexes sur cette fameuse droite projective, revenons à notre peintre du XVe siècle. C'est quand même son regard qui a forcé les mathématiciens à repenser l'espace.

  14. Intervenant 2

    C'est tout à fait ça. Le travail du peintre, qui cherche la perspective parfaite, c'est vraiment la genèse de la théorie. Si on essaie de modéliser la scène mathématiquement, l'œil du peintre, c'est l'origine de notre repère.

  15. Intervenant 1

    Le point zéro en gros.

  16. Intervenant 2

    Voilà, le point haut. Et sa toile, qui est posée verticalement juste devant lui, ça agit comme un écran de projection. On peut imaginer cette toile comme une simple droite verticale, disons située à un mètre de lui, d'équation x égale 1.

  17. Intervenant 1

    Le principe optique de base, il est assez intuitif. Chaque objet dans la pièce est relié à l'œil du peintre par un rayon lumineux, donc il unit une droite.

  18. Intervenant 2

    C'est ça. Le rayon part de l'objet, il traverse la toile verticale et paf, il arrive dans l'œil.

  19. Intervenant 1

    Et le point d'intersection exact entre ce rayon et la toile, ça indique au peintre où déposer sa touche de couleur. Donc toute ligne droite qui passe par l'origine, par l'œil, va forcément frapper la toile en un point unique.

  20. Intervenant 2

    Sauf que ce système si bien huilé a une faille majeure. Il y a un angle mort absolu. Il existe une ligne droite, et une seule, qui passe par l'œil du peintre, mais qui ne touchera jamais au grand jamais la toile.

  21. Intervenant 1

    Laisse-moi deviner. C'est la ligne qui est parfaitement verticale, celle qui est parallèle au plan de la toile.

  22. Intervenant 2

    Exactement. Puisque la toile est elle-même verticale, ces deux lignes sont strictement parallèles. Et on le sait très bien, dans la géométrie classique euclidienne, deux lignes parallèles, ça ne se croise pas.

  23. Intervenant 1

    Donc l'œil regarde droit vers le haut, parallèlement à la toile, et le rayon lumineux ne croise jamais l'écran de projection. C'est là que l'idée fondatrice intervient, si je suis bien. Pour réparer cette espèce de perspective brisée, on décide de rajouter, de créer de toutes pièces, un nouveau point sur notre toile. Le

  24. Intervenant 2

    fameux point à l'infini.

  25. Intervenant 1

    Voilà, un point censé capturer cette direction verticale fuyante. Mais attends, décortiquons un peu ça. On se contente d'inventer un point magique, juste parce que les droites parallèles refusent de coopérer. N'est-ce pas un tout petit peu tricher avec les règles de la géométrie ?

  26. Intervenant 2

    Alors, ça y ressemble, c'est vrai. Ça ressemble à un gros tour de passe-passe. Mais c'est en réalité une généralisation d'une rigueur absolue. En fait, au lieu de considérer la toile comme un simple alignement de points physiques, il faut complètement changer de dimension. Les mathématiciens formalisent ça en définissant la droite projective non pas à partir de points, mais à partir de directions.

  27. Intervenant 1

    De directions, d'accord.

  28. Intervenant 2

    Si on prend l'espace vectoriel en deux dimensions, la droite projective, c'est tout simplement l'ensemble de toutes les droites vectorielles, c'est-à-dire toutes les lignes qui passent par l'origine du plan.

  29. Intervenant 1

    Ok, donc un point dans ce nouvel espace projectif, c'est en fait un rayon lumineux tout entier. On regroupe ensemble tous les vecteurs qui pointent dans la même direction, c'est ça ?

  30. Intervenant 2

    C'est exactement le concept de classe d'équivalence.

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