
21 nov. 2023 · 4 min
Du nuage aux planètes : le modèle de Laplace
Dans cet épisode, suivez comment, dans le modèle de Laplace, un nuage en rotation se condense en disque, en anneaux puis en planètes.
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Intervenant 1
Bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on plonge dans les pages d'un monument absolu de l'astronomie.
Intervenant 2
Ah ça c'est sûr ! On va décortiquer l'exposition du système du monde de Pierre Simon de Laplace, publié et enrichi entre 1796 et 1824 pour être précis.
Intervenant 1
Et notre mission pour cette exploration, c'est de découvrir comment ce savant a modélisé la création et la stabilité du système solaire avec des maths tellement rigoureuses qu'elles résonnent encore aujourd'hui.
Intervenant 2
Tout à fait. C'est un point hyper important parce qu'avant lui, enfin même un génie comme Isaac Newton, doutait de la stabilité de notre système à long terme.
Intervenant 1
Newton pensait vraiment que les planètes allaient finir par se rentrer dedans, nécessitant une sorte de…
Intervenant 2
D'intervention divine pour remettre de l'ordre. Mais Laplace, lui, s'appuie sur la gravitation de Newton pour prouver exactement l'inverse, uniquement par le calcul.
Intervenant 1
Donc, avant de parler de la naissance du système, il prouve sa stabilité actuelle.
Intervenant 2
Exactement. Et il ne regarde pas les astres un par un. Il liste cinq phénomènes clés basés sur des observations très précises. En gros, les planètes et leur Lune tournent dans le même sens, sur le même plan quasiment, et leurs axes sont alignés.
Intervenant 1
Et avec des orbites qui ont une très faible excentricité.
Intervenant 2
Voilà. Elles sont presque circulaires. C'est ce qu'il appelle la preuve par l'ordre.
Intervenant 1
Si on schématise, c'est un peu comme si les planètes étaient des athlètes super disciplinés qui courent tous dans le même couloir d'une piste bien plate.
Intervenant 2
C'est une excellente image. Et à l'inverse, Laplace observe les comètes, qui ont de grandes excentricités et des inclinaisons totalement aléatoires.
Intervenant 1
Des vrais véhicules hors piste qui coupent à travers la piste de nos athlètes quoi.
Intervenant 2
C'est exactement ça. En contrastant ces deux comportements avec ces équations, ils démontrent que les petites perturbations entre les planètes finissent toujours par s'annuler. Donc le système est hyper stable.
Intervenant 1
Mais ce qui est fascinant, c'est que cet ordre si parfait géométriquement, il soulève une autre question. Comment cet ordre peut nous renseigner sur l'origine même du système solaire ?
Intervenant 2
Pour Laplace, cette discipline orbitale prouve que les théories de son époque sont fausses. Il rejette les fameux tourbillons de Descartes. Il écarte aussi l'idée de Buffon qui imaginait une collision entre une comète et le Soleil.
Intervenant 1
Parce qu'un tel choc aurait créé un bazar total, pas un plan d'alignement parfait.
Intervenant 2
Absolument. Du coup, Laplace utilise un principe fondamental, la conservation du moment angulaire.
Intervenant 1
Attends, c'est bien le principe de la patineuse sur glace, celle qui ramène ses bras contre son corps pour tourner plus vite ?
Intervenant 2
C'est le même principe de physique, oui. Laplace théorise qu'au départ, on avait un immense nuage de maquillage en rotation, très lente. En refroidissant, ce nuage s'est condensé sous sa propre gravité.
Intervenant 1
Et comme la patineuse, cette contraction l'a forcé à tourner de plus en plus vite.
Intervenant 2
Voilà. La force centrifuge a augmenté jusqu'à déformer complètement le nuage.
Intervenant 1
C'est là qu'intervient mon analogie préférée, le pizzaiolo. En faisant tournoyer sa patte en l'air, la force centrifuge l'aplatit en un grand disque.
Intervenant 2
C'est très parlant. Le nuage devient effectivement un disque, puis aux extrémités, la force centrifuge finit par équilibrer la gravité. La matière se sépare alors en plusieurs anneaux concentriques.
Intervenant 1
Et ces anneaux s'agglutinent pour former nos planètes. Tout part de cette simple rotation.
Intervenant 2
Une mécanique implacable.
Intervenant 1
Sauf que, et c'est le petit redondissement de notre analyse, ce modèle n'avait pas déjà été imaginé par quelqu'un d'autre.
Intervenant 2
Si, par le philosophe Emmanuel Kant, qui avait eu la même intuition bien avant, en 1755. Mais bon, Laplace l'ignorait totalement.
Intervenant 1
Les joies de l'histoire des sciences. Deux esprits brillants qui arrivent à la même conclusion séparément.
Intervenant 2
C'est pour ça qu'on l'appelle aujourd'hui le modèle de Kant-Laplace. Et sa grande force, c'est qu'il est transposable. On l'utilise pour comprendre les autres systèmes stellaires et même les galaxies.
Intervenant 1
C'est dingue. En appliquant des maths pures, Laplace a transformé l'observation des planètes en véritable machine à remonter le temps.
Intervenant 2
Exactement. Il a percé le secret de la création juste en observant l'ordre actuel.
Intervenant 1
Ce qui m'amène à une réflexion finale pour ceux qui nous écoutent. Puisque cette mécanique de Kant-Laplace s'applique aussi à la formation des galaxies lointaines, braquer nos télescopes via les confins de l'univers, ça ne serait pas le meilleur moyen d'assister, en temps réel, au spectacle de nos propres origines.
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