
18 nov. 2022 · 21 min
Tangence en microéconomie : comment les courbes guident les choix
Dans cet épisode, suivez trois étapes graphiques : optimiser un choix, équilibrer un échange, puis éclairer les coûts à long terme.
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Intervenant 1
Bonjour et bienvenue à tous ceux qui nous écoutent aujourd'hui dans le podcast du magazine Tangente. Imaginez un instant qu'on puisse tracer une simple ligne courbe sur une feuille de papier
Intervenant 2
blanc.
Intervenant 1
Et qu'avec ce seul et unique trait de crayon, on détienne le pouvoir de décider de la taille exacte d'une usine de semi-conducteurs à plusieurs milliards d'euros. Ou encore, imaginez que cette même ligne puisse prédire l'issue mathématique parfaite d'une négociation salariale acharnée.
Intervenant 2
Aujourd'hui, notre exploration plonge au cœur de la géométrie cachée de nos décisions économiques.
Intervenant 1
Et c'est un point de départ tout à fait fascinant. L'objectif de notre analyse en profonde œuvre aujourd'hui, ce n'est pas de s'attarder sur des équations arides.
Intervenant 2
Surtout pas, non ?
Intervenant 1
Voilà. L'idée, c'est de comprendre la puissance d'une idée géométrique toute simple, la tangence.
Intervenant 2
La tangence. Ouais, en géométrie, la tangence, c'est ce moment précis, ce point de contact unique où une ligne vient frôler une courbe sans jamais la traverser.
Intervenant 1
Juste un effleurement.
Intervenant 2
C'est exactement ça. Et ce qui est prodigieux, c'est que la résolution graphique des plus grands problèmes d'optimisation en microéconomie repose entièrement sur cet effleurement parfait. C'est en fait la traduction visuelle de la recherche de la meilleure solution possible.
Intervenant 1
Bon, décortiquons tout ça. Pour comprendre comment une simple logique géométrique peut dicter la marche du monde, il faut nécessairement commencer par l'échelle la plus microscopique.
Intervenant 2
Oui, tout à fait.
Intervenant 1
Pas les marchés financiers, pas les multinationales, mais vraiment l'individu isolé face à ses propres désirs et ses propres limites. C'est la théorie fondamentale du consommateur ou du producteur d'ailleurs.
Intervenant 2
Exactement. Le cœur battant de toute l'économie, c'est le problème de la maximisation sous contrainte. En fait, l'être humain est fondamentalement un maximisateur.
Intervenant 1
Il en veut toujours plus quoi.
Intervenant 2
Voilà. D'un côté, le consommateur cherche à obtenir la plus grande satisfaction possible, le plus grand bien-être. Le producteur, lui, veut maximiser son volume de production.
Intervenant 1
Logique.
Intervenant 2
Mais de l'autre côté, l'univers impose une réalité stricte. Les ressources sont limitées. Pour un individu au supermarché, c'est le solde de son compte en banque.
Intervenant 1
C'est sûr.
Intervenant 2
Et pour un industriel, c'est la quantité de machines et d'ouvriers qu'il a de disponibles. Et sur un graphique cartésien, cette limite absolue, ce budget qu'on ne peut absolument pas dépasser, ça se trace sous la forme d'une ligne droite sévère et implacable.
Intervenant 1
C'est un peu le fameux plafond de verre financier en fait. On ne peut pas consommer ce qu'on ne possède pas.
Intervenant 2
C'est ça.
Intervenant 1
Mais alors, comment on représente le désir de l'autre côté de cette droite ?
Intervenant 2
Alors, on le représente par ce qu'on appelle des courbes de niveau. Imaginez un peu une carte topographique avec ses lignes d'altitude.
Intervenant 1
Ouais, je vois très bien.
Intervenant 2
En économie, pour le consommateur, on parle de courbe d'indifférence. Une de ces courbes va relier toutes les combinaisons de biens qui procurent très exactement le même niveau de satisfaction psychologique.
Intervenant 1
D'accord, donc sur toute la ligne, on est aussi heureux.
Intervenant 2
Absolument. Par exemple, une courbe pourrait indiquer que consommer quatre cafés et un croissant, ça procure la même joie que de consommer deux cafés et trois croissants. L'individu est indifférent entre tous les points de cette courbe parce que le plaisir global est identique. Et bien sûr, plus on dessine de nouvelles courbes vers le haut et la droite du graphique, plus le niveau de satisfaction global augmente.
Intervenant 1
Ah, pour bien visualiser, en fait, c'est exactement la même logique qu'une randonnée en montagne.
Intervenant 2
Ah oui, c'est une bonne comparaison.
Intervenant 1
Imaginons un randonneur dont le seul et unique but, c'est d'attendre l'altitude la plus élevée possible pour profiter de la meilleure vue. Cette altitude, ça représente la satisfaction, donc nos fameuses courbes indifférences.
Intervenant 2
Tout à fait.
Intervenant 1
L'instant, c'est de grimper toujours plus haut. Mais voilà, il y a une contrainte physique implacable, une longue barrière rectiligne qui traverse la pente.
Intervenant 2
La fameuse droite de budget.
Intervenant 1
C'est ça. Cette barrière, c'est le budget. Notre randonneur ne peut pas la franchir. Son comportement logique va donc consister à marcher le long de cette barrière pour trouver l'endroit précis où elle touche l'altitude maximale qu'il peut atteindre.
Intervenant 2
C'est une excellente image. Le randonneur va longer la barrière jusqu'à frôler la courbe de niveau la plus haute. Et c'est là que la magie opère. Ce sommet absolu de la satisfaction possible avec un budget donné, il se trouve à l'instant mathématique précis où la courbe de niveau vient toucher la droite de contrainte.
Intervenant 1
Sans la croiser ?
Intervenant 2
Sans la croiser, c'est notre point de tangence, le baiser géométrique parfait entre ce que l'on désire et ce que la réalité nous permet d'avoir.
Intervenant 1
Ouais mais attendez, je me fais l'avocat du diable une seconde. C'est une critique
Intervenant 2
très classique et très pertinente. Évidemment que le calcul n'est pas conscient. Ce que la microéconomie affirme, c'est que ce modèle théorique décrit avec une précision redoutable notre comportement instinctif d'adaptation.
Intervenant 1
Notre intuition en quelque sorte.
Intervenant 2
Voilà. Ce qui est fascinant ici, c'est que ce point de tangence révèle quelque chose de très profond sur notre psychologie. Au point exact de cette tangence, la pente de notre budget rectiligne est rigoureusement identique à la pente de notre courbe de désir.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Or, la pente de ce désir porte un nom fondamental en économie. C'est le taux marginal de substitution.
Intervenant 1
Le taux marginal de substitution, alors ça c'est un terme qu'on entend souvent en économie. Mais qu'est-ce qu'il cache concrètement ?
Intervenant 2
Pour le dire simplement, c'est le taux auquel une personne est intimement prête à échanger un bien contre un autre sans se sentir lésée, sans perdre en satisfaction.
Intervenant 1
D'accord, c'est vraiment un truc personnel.
Intervenant 2
Totalement. C'est une évaluation purement psychologique et interne. Par exemple, si on est prêt à sacrifier 3 pommes pour obtenir une seule orange supplémentaire, notre taux est de 3 pour 1.
Intervenant 1
Ok.
Intervenant 2
Mais attention, le marché, lui, a ses propres prix. Peut-être que le supermarché échange les pommes et les oranges à 1 pour 1.
Intervenant 1
Donc il y a une différence entre ce que je suis prêt à faire dans ma tête et ce que le magasin me demande de faire avec mon portefeuille.
Intervenant 2
Absolument. Et tout le génie de l'optimisation réside dans l'ajustement de ces deux forces.
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