
10 avr. 2024 · 17 min
Décathlon : comment les barèmes hongrois classent-ils les athlètes ?
Dans cet épisode, suivez la conversion des courses, sauts et lancers en points comparables, puis les limites de ces barèmes statistiques.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est vraiment un énorme plaisir d'accueillir toutes les personnes à l'écoute aujourd'hui pour une toute nouvelle exploration de nos sources.
Intervenant 2
Ouais, bonjour à tous. Et je dois dire que le sujet du jour est particulièrement fascinant.
Intervenant 1
Ah, ça c'est clair. Au programme, on fait une plongée au cœur d'un dilemme qui semble à première vue complètement insoluble. En fait, la question c'est comment comparer l'incomparable ?
Intervenant 2
Vaste programme,
Intervenant 1
n'est-ce pas ? L'article qu'on décortique aujourd'hui, les tables hongroises, met vraiment en lumière une collision spectaculaire entre la sueur des stades d'athlétisme et la froideur rigoureuse des équations mathématiques.
Intervenant 2
Exactement. L'idée de base est redoutable. Comment prouver avec une certitude absolue qu'un saut en longueur de 8 mètres, c'est intrinsèquement une meilleure performance qu'un lancer de jaloux à 70 mètres ?
Intervenant 1
C'est tout le défi de l'heptathlon ou du décathlon en fait. C'est littéralement comme essayer d'évaluer des pommes et des tracteurs avec la même unité de mesure.
Intervenant 2
C'est ça. Et la question paraît totalement absurde posée comme ça. Mais l'athlétisme a vraiment été contraint d'y répondre.
Intervenant 1
Il le fallait bien pour avoir un vainqueur.
Intervenant 2
Bah oui. Et derrière le spectacle des épreuves combinées, derrière l'effort physique brut, il y a des décennies de tâtonnements et de batailles statistiques insoupçonnées.
Intervenant 1
Des batailles de statisticiens, c'est génial.
Intervenant 2
Ouais. Ce sont finalement les mathématiques qui ont dû se plier en quatre pour traduire la contraction musculaire, l'élan et la force en une vérité universée chiffrée.
Intervenant 1
Et pour bien comprendre l'origine de ce casse-tête, je pense qu'un petit retour en arrière s'impose. La volonté de créer un genre d'athlète ultime, capable de tout faire, bah ça date pas
Intervenant 2
d'hier. Du tout ! Les sources nous ramènent carrément en 708 avant notre
Intervenant 1
ère. Rien que ça.
Intervenant 2
Oui. Lors de la 18ème Olympiade des Jeux Panhéléniques en Grèce antique. Parce qu'avant cette date, l'épreuve reine c'était le stadion. En gros, une simple course d'environ 200 mètres.
Intervenant 1
D'accord, donc on testait juste la vitesse pure.
Intervenant 2
C'est ça. Et puis, subitement, bam, on introduit le pentathlon. On demande aux athlètes de maîtriser le son en longueur, le disque, le javelot, la lutte et la course.
Intervenant 1
C'est hyper varié. C'est des disciplines qui exigent des qualités physiologiques totalement opposées. L'explosivité, la technique, la force brute, l'endurance.
Intervenant 2
Complètement. Cette introduction du pentathlon, c'est une vraie rupture philosophique. L'objectif, c'est plus de trouver le coureur le plus rapide, mais le guerrier le plus complet.
Intervenant 1
Par contre, le système de classement de l'époque antique, on l'a perdu après la disparition de ces jeux vers l'an 390. Oui,
Intervenant 2
ça s'est perdu dans les méandres de l'histoire. Et il a fallu attendre le milieu du XIXe siècle pour voir renaître cette étrange ambition.
Intervenant 1
Et quelle renaissance ! L'article mentionne un événement en 1851, en Angleterre, les Wenlock Olympian Games. C'est un peu considéré comme le brouillon expérimental des Jeux Olympiques modernes.
Intervenant 2
Et c'était quelque chose.
Intervenant 1
Ah bah c'était l'extravagance absolue. Au menu, t'avais du saut en longueur, du saut en hauteur, une course d'un demi-mile et alors mon préféré, une épreuve de lancée de poids de 36 livres.
Intervenant 2
36 livres, oui, c'est monumental.
Intervenant 1
Mais pour donner une idée, ça représente plus de 16 kilos. C'est genre le poids d'un énorme pneu de voiture ou d'une enclume de forgeron.
Intervenant 2
C'est un défi de force brute pure. Ça s'éloigne drastiquement de la norme actuelle qui est fixée à un peu plus de 7 kilos.
Intervenant 1
Ah oui, c'est plus du double !
Intervenant 2
Les organisateurs de l'époque testaient vraiment les limites du corps humain de manière totalement empirique.
Intervenant 1
Et le pire, c'est que le niveau de difficulté ne s'arrêtait pas là. Ils imposaient aussi un grimpé de cordes de 55 pieds.
Intervenant 2
Ah oui, c'est ahurissant.
Intervenant 1
C'est l'équivalent d'un immeuble de 5 étages. À gravir à la seule force des bras. Le spectacle devait être incroyable, mais ça soulève un problème logistique énorme. Face à un chaos pareil, comment on déclare un vainqueur ?
Intervenant 2
Et c'est là que ça coince. Jusqu'en 1928, la réponse des fédérations était, disons, d'une naïveté confondante. Il n'y avait pas de
Intervenant 1
science
Intervenant 2
du tout ? Aucune. Le classement était purement relatif. En fait, la méthode consistait juste à additionner les places d'arrivée de chaque participant dans chaque épreuve.
Intervenant 1
Attends, donc le premier avait un point, le deuxième deux points, c'est ça ?
Intervenant 2
Exactement. Et à la fin, le plus petit total déterminait le vainqueur général.
Intervenant 1
Mais c'est une faille logique gigantesque. En fait, c'est comme si on évaluait le niveau de toute une classe d'étudiants en additionnant juste leur rang, sans jamais regarder leur vraie note sur 20.
Intervenant 2
C'est une excellente analogie.
Intervenant 1
Bah oui, parce que si le premier a rendu une copie parfaite de 20 sur 20, ou s'il a péniblement eu un 10 sur 20 face à une classe médiocre, son rang de premier reste le même.
Intervenant 2
Exactement.
Intervenant 1
Son point au classement ne reflète absolument pas l'intensité de son espoir. L'effort surhumain pour mettre 10 secondes de vue à ses adversaires devenait invisible.
Intervenant 2
C'est ça. Ce nivellement par le rang a fini par poser de lourds problèmes d'équité. Avec la professionnalisation au début du XXe siècle, ce système relatif est vite devenu obsolète.
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