
16 avr. 2020 · 6 min
Dévier un astéroïde : impact, puis enquête sur le cratère
Dans cet épisode audio, suivez les deux étapes du test : DART devrait percuter Didymoon, le petit astre autour de Didymos, puis Hera devra étudier le cratère.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. À toutes et à tous, installez-vous bien parce qu'aujourd'hui, on plonge dans une analyse approfondie d'une pile de rapports de missions spatiales et de balistiques.
Intervenant 2
Oui, des documents vraiment fascinants d'ailleurs.
Intervenant 1
Tout à fait. Et on part de défense planétaire. Alors généralement, quand on pense aux menaces pour notre planète, on s'inquiète surtout des virus ou des climats. Mais la documentation qu'on explore aujourd'hui aborde un danger qui vient d'en haut. Les astéroïdes géocroiseurs.
Intervenant 2
C'est ça, ces immenses blocs de roches géants dont l'orbite croise tout simplement celle de la Terre.
Intervenant 1
Et c'est un vrai défi !
Intervenant 2
Absolument ! Les dossiers qu'on a épluchés détaillent un programme international littéralement inédit. En fait, l'humanité ne se contente plus de juste scruter le ciel en espérant éviter l'impact.
Intervenant 1
On passe à l'offensive du coup ?
Intervenant 2
Exactement ! L'objectif affiché par les agences spatiales, c'est de tester en grandeur nature notre capacité à dévier physiquement un de ces bolides cosmiques.
Intervenant 1
Mais pour tester cette déviation, les ingénieurs n'ont pas juste ciblé un simple caillou flottant au hasard. Ils ont visé un duo géométrique, Didymos, un astéroïde massif de 780 mètres de diamètre, et sa petite lune Didymoon, qui mesure environ 160 mètres.
Intervenant 2
Un ensemble qui a d'ailleurs frôlé notre voisinage, puisqu'il est passé à seulement 8 millions de kilomètres de la Terre en novembre 2003.
Intervenant 1
Voilà. Et je me pose la question, pourquoi s'embêter avec un système binaire plutôt que de viser une cible isolée ? Ça semble rendre l'équation beaucoup plus complexe, comme une sorte de partie de billard cosmique ultra exigeante.
Intervenant 2
Bah, ça paraît contre-intuitif, mais c'est tout le contraire. Ça résout le plus grand défi de la mission, à savoir la mesure du résultat.
Intervenant 1
Ah bon ? Comment ça ?
Intervenant 2
En fait, si on frappe un astéroïde solitaire, modifier son immense orbite autour du Soleil, ça prendrait des années à observer. Et avec une marge d'erreur colossale. Alors qu'en ciblant la petite Lune d'Idi Moon, on cherche à altérer son orbite locale, autour de son astéroïde principal.
Intervenant 1
D'accord, je vois.
Intervenant 2
Et ce changement d'horlogerie céleste, nos télescopes terrestres peuvent le mesurer en quelques jours seulement.
Intervenant 1
C'est hyper astucieux. On crée une perturbation à une échelle que l'on peut vérifier presque immédiatement. Ce qui nous amène d'ailleurs à la méthode utilisée par la NASA lors de la première phase de ce programme, la mission DART.
Intervenant 2
Oui, le fameux lancement de 2021.
Intervenant 1
C'est ça. Nos sources décrivent un engin qui fonce sur cette fameuse Lune avec un impact prévu en octobre 2022 à la vitesse fulgurante de 21 600 km par heure. L'engin agit vraiment comme la boule blanche au billard. Il utilise son énergie cinétique pour modifier la trajectoire de la cible.
Intervenant 2
Le terme technique ici, c'est le transfert de quantité de mouvement. Faut bien s'imaginer que l'engin spatial ne transporte aucun explosif.
Intervenant 1
Juste du métal et de la vitesse.
Intervenant 2
C'est purement sa masse, communée à cette vitesse phénoménale, qui génère l'énergie de l'impact. En percutant la petite Lune de face, en opposition à son sens de rotation, on la freine net.
Intervenant 1
Et c'est ça qui change son orbite ?
Intervenant 2
Tout à fait. Ce freinage la fait légèrement « tomber » vers l'astéroïde principal, ce qui raccourcit instantanément son temps de révolution.
Intervenant 1
N'empêche, je bloque quand même sur la navigation. À 21 600 km par heure, dans un espace soumis à des forces multiples, une erreur d'un millième de degré au départ garantit qu'on rate complètement une cible d'à peine 160 mètres à l'arrivée.
Intervenant 2
C'est une certitude.
Intervenant 1
Et avec l'impact prévu à 17 millions de kilomètres de la Terre, il y a le délai de transmission, donc personne ne pilote ça en direct avec un joystick.
Intervenant 2
Ah non, le pilotage manuel est impossible. C'est un pur triomphe algorithmique. L'engin embarque des systèmes de navigation autonomes. Les capteurs calculent la position de la cible en temps réel.
Intervenant 1
C'est fou ça !
Intervenant 2
Oui, ils intègrent des variables extrêmement complexes, comme la traction gravitationnelle des autres corps ou la pression des radiations solaires, et ils ajustent les propulseurs à la milliseconde près. Les mathématiques corrigent la géométrie de la trajectoire jusqu'à la fraction de seconde précédant l'impact.
Intervenant 1
Donc l'algorithme trouve la cible et le choc a lieu. Mais sur le plan scientifique, frapper fort n'a aucun intérêt si on ne peut pas prouver avec exactitude que la trajectoire a vraiment changé.
Intervenant 2
Exactement. C'est pour cela que le programme comporte une phase 2, gérée cette fois par l'Agence Spatiale Européenne. C'est la mission ERA qui est lancée en 2024 et supervisée par le chercheur français Patrick Michel.
Intervenant 1
Son rôle, c'est d'arriver après l'impact pour analyser la scène, en gros.
Intervenant 2
C'est l'idée. Et l'instrumentation est fascinante. Ils utilisent des nanosatellites, des modules de quelques dizaines de centimètres à peine, qui sont largués à proximité immédiate pour étudier la topologie du cratère formé par l'engin américain.
Intervenant 1
Attendez, comment des cubes de la taille d'une boîte à chaussures peuvent cartographier le champ de gravité d'un astéroïde ? Sans sismographe massif, c'est pas évident à concevoir.
Intervenant 2
Ils utilisent leur propre trajectoire comme instrument de mesure. En volant en formation très près de la surface, ces minuscules modules subissent directement les anomalies gravitationnelles causées par le cratère.
Intervenant 1
Ah, je comprends.
Intervenant 2
En mesurant les infimes variations dans les ondes radio qui s'échangent avec la sonde principale, les chercheurs peuvent déduire la nouvelle répartition de la masse à l'intérieur même de Didymoon.
Intervenant 1
C'est vraiment une chorégraphie en deux actes assez spectaculaire. Une frappe chirurgicale automatisée pour modifier l'orbite d'un côté, et une analyse gravitationnelle microscopique pour valider notre bouclier planétaire de l'autre.
Intervenant 2
Oui, on voit bien que les mathématiques et la physique offrent des solutions concrètes de défense, à condition bien sûr que la rigueur de l'exécution soit absolue.
Intervenant 1
Tout cela laisse cependant place à une interrogation plus vertigineuse pour clore notre analyse.
Intervenant 2
Ah, la fameuse question finale !
Intervenant 1
Eh oui ! Si la modification, même infime, d'une trajectoire géométrique réussit aujourd'hui sur Didy Moon, est-ce qu'il est possible que ces légères interventions humaines provoquent, à très très long terme, un effet domino imprévisible sur la mécanique orbitale d'autres objets du système solaire ?
Intervenant 2
Hum, une résonance que nous aurions nous-mêmes enclenchée.
Intervenant 1
C'est ça, une perturbation laissée à la dérive dans l'immensité spatiale. C'est une réflexion qu'on laisse en suspens pour chacun aujourd'hui. Merci de nous avoir écoutés et à très bientôt pour une nouvelle exploration.
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