
17 juil. 2018 · 5 min
Des problèmes non résolus au tournoi des jeunes mathématiciens
Dans cet épisode audio, suivez douze équipes de lycéens, après trois mois de travail, présenter leurs résultats et en débattre lors de joutes.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Bonjour à toutes et à tous pour cette nouvelle exploration. D'habitude, l'été, ça rime avec le sable, la plage, la déconnexion totale. Mais bon, en fait, Paris vient de se transformer en une vraie plaque tournante estivale pour la recherche mathématique pour les lycéens.
Intervenant 2
Ah oui, le contraste est complètement fou. Le calendrier de cette année est vraiment d'une densité incroyable pour les maths.
Intervenant 1
Oui, c'est
Intervenant 2
clair. On a enchaîné les trophées du kangourou, la remise des prix des Olympiades nationales. Et puis la ville se prépare même à accueillir le championnat international des jeux mathématiques en août.
Intervenant 1
Alors du coup, on va décortiquer tout ça. Parce qu'au tout début du mois de juillet, pendant que la plupart des esprits étaient tournés vers les valises et les crèmes solaires, il y avait quand même 12 équipes internationales carrément barricadées en plein Paris.
Intervenant 2
Pour s'affronter lors de l'ITIM, c'est ça ?
Intervenant 1
L'International Tournament of Young Mathematicians, voilà.
Intervenant 2
Et attention, parce qu'on parle d'un niveau d'exigence vraiment redoutable. En gros, c'est l'élite lycéenne mondiale qui se rassemble.
Intervenant 1
Oui, on y croise des équipes d'Allemagne ou...
Intervenant 2
D'Allemagne, d'Inde, exactement. Ou encore de Biélorussie. Et c'est d'ailleurs l'équipe Belarus 1 qui a remporté cette édition.
Intervenant 1
Mais attends, j'ai une question de pure logique là. On rassemble les meilleurs cerveaux mondiaux de 16 ou 17 ans, ok, très bien. Mais comment on fait pour les départager concrètement ? On leur donne juste des équations interminables à finir ou...
Intervenant 2
Non, pas du tout. Et c'est là que l'organisation du tournoi a une approche vraiment stupéfiante.
Intervenant 1
D'accord. Ce tournoi qui est né à Paris en 2003, c'est bien ça ?
Intervenant 2
C'est ça, oui. Porté par l'association Animate, avec le soutien de la Société Générale. Et la particularité, c'est que les problèmes qu'ils soumettent aux participants sont tout simplement non résolus.
Intervenant 1
Pardon ? Non résolus par qui ?
Intervenant 2
Par personne, en fait.
Intervenant 1
Ah oui ? J'imagine quand même qu'un chercheur avec un doctorat ne va pas se faire doubler par un groupe de lycéens en un simple week-end de compétition, quoi.
Intervenant 2
Ah mais c'est justement tout l'enjeu. Ce sont ce qu'on appelle des problèmes ouverts. Donc la communauté scientifique actuelle n'a tout simplement pas de réponse définitive.
Intervenant 1
Ok, je vois le genre.
Intervenant 2
Et puis, lycéens ne découvrent pas le sujet sur place. Ils ont trois mois de travail en amont pour explorer toutes ces questions.
Intervenant 1
Attends, prenons juste une seconde pour bien visualiser la situation.
Intervenant 2
Vas-y.
Intervenant 1
À l'école, le modèle classique, il est ultra rassurant. Le professeur distribue un exercice et puis il a toujours le corrigé bien rangé dans son tiroir.
Intervenant 2
Exactement,
Intervenant 1
oui. Sauf que là, le tiroir, il est vide. Il n'y a pas de corrigé du tout. Du coup, comment un jury peut évaluer la qualité d'un travail, ou même mettre une note, s'il n'existe aucune réponse exacte connue à l'avance ?
Intervenant 2
Eh bien, face à cette absence de solution, forcément, la copie écrite classique devient obsolète.
Intervenant 1
Bah oui, logique.
Intervenant 2
Puisqu'on ne juge pas un résultat final, on doit juger la démarche. L'évaluation prend donc la forme de véritables joutes mathématiques orales.
Intervenant 1
Ah, donc on évalue la façon dont ils pensent, en quelque sorte.
Intervenant 2
Tout à fait. Prenons par exemple les deux équipes françaises qui étaient en lice et qui s'étaient qualifiées en mai lors du TFJM de...
Intervenant 1
De tournoi français des jeunes mathématiciennes et mathématiciens.
Intervenant 2
Voilà. Eh bien, quand elles arrivent à l'international, la dynamique change. Une équipe va monter à la tribune, non pas pour donner la bonne réponse, mais plutôt pour exposer ses pistes, sa modélisation, ses tentatives de démonstration.
Intervenant 1
Et pendant ce temps-là, les autres équipes écoutent passivement dans la salle.
Intervenant 2
Oh que non, loin de là ! C'est vraiment là que la joute commence, en fait. Une autre équipe va jouer le rôle d'opposant.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Son but, c'est d'écouter la théorie, puis de trouver les failles. Genre, est-ce qu'une hypothèse a été oubliée ? Est-ce que la logique de la démonstration est vraiment solide ?
Intervenant 1
Ah, c'est super intense.
Intervenant 2
Ah oui. Et une troisième équipe peut même intervenir pour synthétiser un peu le débat.
Intervenant 1
Mais c'est un véritable tribunal scientifique en direct, en fait. Mais du coup, le jury, il regarde quoi, là-dedans ?
Intervenant 2
Ce qui est fascinant ici, c'est l'exigence de la méthode. Le jury est composé de mathématiciens et mathématiciennes professionnels.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Et ils observent surtout la rigueur de l'argumentation. Ils évaluent la capacité d'une équipe à défendre ses idées.
Intervenant 1
Ouais, la rhétorique scientifique, quoi.
Intervenant 2
C'est ça, mais aussi leur honnêteté intellectuelle. Par exemple, sont-ils capables d'admettre qu'une de leurs pistes est incomplète face aux critiques de l'opposant ?
Intervenant 1
Ah oui, il faut mettre son égo de côté.
Intervenant 2
Complètement. Et ce processus intense se déroule sur deux tours, avant de culminer lors d'une grande finale.
Intervenant 1
C'est vraiment une plongée sans filet dans la réalité du métier de chercheur, ça.
Intervenant 2
Bah oui, si l'on relie cela au contexte global de la discipline, on voit bien que ce format transforme de jeunes élèves en de véritables petits chercheurs.
Intervenant 1
C'est clair.
Intervenant 2
On quitte complètement l'application mécanique des théorèmes pour valoriser le débat critique, la remise en question et surtout l'argumentation rigoureuse face à l'incertitude.
Intervenant 1
Eh bien, voilà qui clôture parfaitement cette analyse. Et d'ailleurs, ça laisse une réflexion majeure en suspens.
Intervenant 2
Laquelle ?
Intervenant 1
Si des lycéens sont capables de passer trois mois entiers à débattre de problèmes mathématiques non résolus avec la plus grande rigueur, est-ce que le système éducatif traditionnel ne sous-estime pas massivement la capacité des jeunes cerveaux à affronter l'inconnu absolu ? C'est une excellente
Intervenant 2
question. Vraiment.
Intervenant 1
Une pensée à garder en tête, en tout cas. Merci d'avoir partagé ce moment de curiosité aujourd'hui. Et à très vite pour une nouvelle exploration.
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