
20 sept. 2019 · 20 min
Dendrochronologie : l’enquête menée cerne par cerne
Dans cet épisode audio, suivez la dendrochronologie du prélèvement des cernes à leur comparaison avec des références, jusqu’au choix de la date.
Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
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Intervenant 1
Bienvenue dans cette nouvelle exploration, le podcast du magazine Tangente. Alors aujourd'hui, imaginons un instant la Seine. Des archéologues mettent au jour les vestiges d'un ancien port romain enfoui sous des mètres de sédiments. Ou bien un luthier se retrouve face à un violon d'une rareté absolue. Ou encore, on découvre l'infrastructure en bois d'une mine antique.
Intervenant 2
Ouais, des situations assez classiques en archéologie au final.
Intervenant 1
C'est ça. Et la question qui brûle les lèvres de tout le monde, c'est toujours la même de quand ça date exactement. Et pour trouver la réponse, on ne va pas regarder dans de vieux grimoires poussiéreux, on va carrément regarder à l'intérieur du bois.
Intervenant 2
Exactement. Et l'outil le plus précis pour répondre à cette question, il se cache même directement dans le nom de la discipline. L'étymologie nous donne d'emblée le mode d'emploi en fait. On parle de dendrochronologie.
Intervenant 1
Dendro pour l'arbre, c'est ça ?
Intervenant 2
Ouais. C'est un terme forgé sur le grec ancien. Donc on a dendron, l'arbre, chronos, pour le temps, et logos, l'étude. C'est littéralement la lecture du temps qui passe, mais figée dans la matière végétale quoi.
Intervenant 1
Eh bien, si on décortique ça, cette analyse du jour va nous faire voyager à la croisée de deux mondes qui d'habitude s'ignorent un peu.
Intervenant 2
C'est le moins qu'on puisse dire,
Intervenant 1
oui. D'un côté, on a la biologie végétale, avec la mécanique interne d'un organisme qui s'adapte à son climat, et de l'autre, la rigueur implacable des mathématiques appliquées et des statistiques. Parce que pour lire une date précise dans un morceau de bois mort depuis des siècles, il faut d'abord comprendre comment cette horloge se construit de l'intérieur, je veux dire au niveau cellulaire, année après année.
Intervenant 2
Alors, le point de départ de tout ça, c'est la croissance radiale de l'arbre. Sous nos latitudes tempérées, un arbre se ne ferait pas que grandir vers le ciel, ça s'épaissit aussi.
Intervenant 1
En largeur, oui.
Intervenant 2
Voilà. Et cette prise de volume, elle se traduit par la création d'un nouveau cerne, ou un anneau de croissance si tu préfères, chaque année. Et toute cette usine de production, elle se concentre dans une couche extrêmement fine, d'à peine quelques cellules d'épaisseur, qui est située juste sous l'écorce. Ce
Intervenant 1
qu'on appelle le cambium, c'est
Intervenant 2
ça ? Exactement, le cambium.
Intervenant 1
Pour donner une image un peu visuelle à ceux qui nous écoutent, on peut se représenter cette partie vivante du tronc comme un réseau hyper dense de pailles géantes. Ces pailles ont une fonction hydraulique cruciale. Elles doivent aspirer l'eau et les minéraux depuis les racines pour les acheminer sous pression jusqu'au sommet, parfois à des dizaines de mètres de hauteur. Or, la construction de ces fameuses pailles varie drastiquement selon la saison.
Intervenant 2
C'est ça. La biologie dédicte son rythme en fonction des besoins énergétiques de l'instant. Au printemps, l'arbre sort de sa torpeur hivernale. Il a besoin d'un afflux massif de sève pour déployer ses feuilles. Donc, il lui faut du gros débit. Oui, le cambium va donc fabriquer de très grosses cellules très larges avec des parois très fines pour maximiser ce débit veau. Visuellement, si on regarde une souche de bois coupée, c'est la partie claire du cerne. C'est ce qu'on appelle le bois initial.
Intervenant 1
Donc le besoin premier à ce moment-là, c'est vraiment le volume, pas du tout la solidité.
Intervenant 2
Tout à
Intervenant 1
fait. Sauf qu'ensuite, l'été s'installe, les feuilles sont formées et là, la donne change complètement.
Intervenant 2
Bah oui, parce que les réserves d'eau diminuent avec la chaleur de l'été et l'arbre ralentit sa croissance. La stratégie s'inverse carrément. Les nouvelles cellules produites par le cambium rapetissent et surtout, leurs parois s'épaississent fortement.
Intervenant 1
Pour faire face au stress hydrique.
Intervenant 2
Entre autres, le but n'est plus de transporter massivement la sève, mais plutôt d'assurer le soutien mécanique du tronc face au vent, au poids des branches. Cette zone, qu'on appelle le bois final, devient très dense et visuellement très sombre.
Intervenant 1
Et ensuite, l'hiver arrive.
Intervenant 2
Voilà. Et quand l'hiver arrive, avec le gel, l'eau ne circule plus du tout. L'arbre entre en dormance. La production s'arrête nette. Et cette pause, c'est super important, elle crée une ligne de démarcation ultra nette qui va marquer la fin de l'année biologique, juste avant la reprise du printemps suivant.
Intervenant 1
Donc chaque cerne est en fait le récit physiologique d'une seule année. Mais ce que je trouve fou dans les sources de notre exploration, c'est qu'elles mettent en lumière une complexité anatomique supplémentaire. Le récit ne s'écrit pas avec la même encre selon les espèces d'arbres.
Intervenant 2
Ah oui, l'anatomie du bois varie radicalement. Si on prend un feuillu, comme le chêne par exemple, son cerne annuel est d'une architecture très hétérogène.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Eh bien, ça débute par une rangée de vaisseaux immenses formés au printemps, qui sont même visibles à l'œil nu. Puis ça continue avec une zone estivale très dense, pleine de fibres de soutien. Le bois est poreux, complexe. Mais à l'inverse, si on prend un conifère, le dossier mentionne d'ailleurs une section de tronc d'épicéa y ont poussé à Fribourg, en Suisse. L'épicéa est d'une simplicité d'ingénierie fascinante.
Intervenant 1
Il fait les choses plus simplement, quoi.
Intervenant 2
Oui, il ne produit qu'un seul et unique type de cellules, ce qu'on appelle les trachéides.
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