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15 avr. 2020 · 23 min

Cycloïde : de la roue au pendule et à la descente rapide

Dans cet épisode audio, suivez la cycloïde du paradoxe de la roue aux tangentes, puis au pendule isochrone et à la courbe de descente la plus rapide.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est vraiment un immense plaisir de lancer cette nouvelle exploration en profondeur aujourd'hui.

  2. Intervenant 2

    Bonjour et oui, je suis ravi d'être là pour cette plongée assez vertigineuse, il faut le dire.

  3. Intervenant 1

    Absolument. Alors, notre mission du jour s'articule autour d'un document captivant. C'est un article intitulé « Les débuts de la cycloïde » et l'objectif c'est de comprendre comment une observation d'une banalité absolue au XVIIe siècle, enfin simplement le fait de suivre du regard la trajectoire d'un clou planté sur une roue de chariot en mouvement, et bien comment ça a déclenché des guerres d'égo monumentales entre les plus grands génies d'Europe.

  4. Intervenant 2

    Ouah, ça a littéralement bouleversé l'histoire des mathématiques et de la physique, c'est pas peu dire.

  5. Intervenant 1

    C'est tout de même fascinant d'imaginer ces esprits brillants se déchirer pour la simple trace laissée par une

  6. Intervenant 2

    roue. C'est le pouvoir des mathématiques, tiré des lois universelles d'observations hyper quotidiennes. Et le contraste entre cette image très terre-à-terre, la roue de chariot sur un chemin de terre et la révolution conceptuelle qui en découle dans les années 1630, c'est vraiment saisissant. Pour bien saisir l'enjeu, il faut se replonger dans le paradigme scientifique de l'époque. Avant cette période, la géométrie était étudiée de manière presque exclusivement statique. D'accord,

  7. Intervenant 1

    donc on ne prenait pas en compte le mouvement.

  8. Intervenant 2

    C'est ça. Prenez Archimède, dans l'Antiquité par exemple. Il définissait sa fameuse spirale comme une forme figée. C'était un objet géométrique pur, dessiné une fois pour toutes sur le sable quoi.

  9. Intervenant 1

    Ok, je vois.

  10. Intervenant 2

    Le grand basculement de la Renaissance et surtout du XVIIe siècle, c'est l'introduction du temps. Les savants commencent à observer les courbes sous un prisme cinématique. Donc une courbe, c'est plus seulement une forme, c'est l'empreinte d'un mouvement. C'est le fantôme d'une trajectoire dans l'espace, si vous voulez.

  11. Intervenant 1

    Et le coup d'envoi de cette révolution, on le doit en grande partie au père marin Mersenne dans les années 1620. C'est un personnage fascinant. Il s'intéresse à un vieux casse-tête qu'on appelle le paradoxe de la roue du pseudo-Aristote.

  12. Intervenant 2

    Ah oui, ce fameux paradoxe.

  13. Intervenant 1

    Voilà. En fait, ça mettait en évidence une bizarrerie géométrique. Sur une roue un peu épaisse, le moyeu central et le pneu extérieur, donc le bord, parcourent exactement la même distance linéaire quand la roue avance d'un tour complet sur la route. Pour Toll, leurs circonférences respectives sont très différentes.

  14. Intervenant 2

    Et c'est ça qui bloque les esprits de l'époque.

  15. Intervenant 1

    Exactement. Et Mersenne, en 1634, décide d'aller plus loin. Il se concentre sur un seul point, situé tout au bord de cette roue. Et il se demande quelle forme exacte ce point dessine dans les airs quand la roue roule. Son intuition, sur le moment, le pousse à dire que c'est, je cite, « la moitié d'une ellipse ».

  16. Intervenant 2

    Sauf qu'il n'en est pas certain du tout, le bougre.

  17. Intervenant 1

    Non, c'est ça. Il confie donc le problème à un géomètre redoutable, Gilles de Robertval.

  18. Intervenant 2

    Robertval va prendre ce problème à bras-le-corps. En 1637, il parvient à construire rigoureusement cette courbe, vraiment point par point. Et son verdict, tonde implacable, ce n'est absolument pas une ellipse. Et c'est là que c'est troublant pour les mathématiciens de l'époque. Cette courbe ne correspond à aucune des figures répertoriées dans les traités de géométrie depuis l'Antiquité. Rien du tout.

  19. Intervenant 1

    C'est un ovni géométrique en fait.

  20. Intervenant 2

    Totalement. Elle possède ses propres lois, ses propriétés inédites. Mais parce qu'il y a un mais, affirmer cela, ça ne suffit pas. Il faut le prouver. Et la preuve ultime à l'époque, c'est de réussir à tracer la tangente à cette courbe.

  21. Intervenant 1

    D'accord.

  22. Intervenant 2

    Et trouver la tangente, c'est trouver la droite qui frôle la courbe en un point donné. Ce qui revient, en termes cinématiques, à déterminer la direction exacte vers laquelle le point se dirige à une fraction de seconde bien précise.

  23. Intervenant 1

    Bon, on va décortiquer tout ça parce que la méthode trouvée par Robert Wall pour tracer cette tangente, elle marque une rupture brillante, mais elle demande un peu d'imagination pour les personnes qui nous écoutent.

  24. Intervenant 2

    Allez-y.

  25. Intervenant 1

    Au lieu de voir la courbe comme une entité figée, il faut imaginer, disons, marcher sur un tapis roulant tout en tournant sur soi-même. Ou lancer une balle depuis un train en marche. La balle a sa propre vitesse de lancer, mais elle hérite aussi de la vitesse globale du train. Sa trajectoire réelle dans les airs, c'est la somme de ces deux élans.

  26. Intervenant 2

    C'est une excellente analogie.

  27. Intervenant 1

    Merci ! Robert Val comprend que le point sur la roue fait exactement la même chose. Il subit un mouvement horizontal puisqu'il est entraîné par la roue qui avance sur la route et simultanément, il subit un mouvement de rotation autour de cette même roue. L'intuition géniale de Robert Val, c'est de dire que la direction finale du clou est le résultat de ces deux mouvements qui opèrent en même temps.

  28. Intervenant 2

    Et ce qui est fascinant les skis, c'est l'élégance absolue, vraiment la pureté logique de cette approche. Robert Waal invente ce qu'on appelle la composition des mouvements. Il fait un constat mathématique imparable. Lorsqu'une roue fait un tour complet sans glisser, elle avance sur la route d'une distance strictement égale à sa circonférence.

  29. Intervenant 1

    Logique, oui.

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