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22 févr. 2023 · 24 min

Somme infinie : pourquoi les signes conduisent-ils à ln(2) ?

Dans cet épisode, suivez les sommes partielles : la série harmonique diverge, puis sa version aux signes alternés converge vers ln(2).

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.

  2. Intervenant 2

    Bonjour Sam.

  3. Intervenant 1

    Imaginez un instant commencer avec le nombre 1. Ensuite vous y ajoutez un demi, puis un tiers, puis un quart, et ainsi de suite.

  4. Intervenant 2

    Une addition sans fin en somme.

  5. Intervenant 1

    Exactement. On continue comme ça en ajoutant des miettes mathématiques de plus en plus minuscules, des vraies poussières qui ne pèsent pratiquement plus rien, et là l'intuition nous hurle que cette addition va fatalement s'arrêter de grandir.

  6. Intervenant 2

    Ah bah oui, qu'elle va plafonner

  7. Intervenant 1

    logiquement ! Voilà. Et pourtant, si on continue assez longtemps, cette petite pile de fractions finira par peser plus lourd que l'univers tout entier. C'est vertigineux ! Comment est-ce possible ? Et bien c'est exactement ce genre de paradoxe qui va nous occuper aujourd'hui. Notre auditoire est invité à nous suivre dans une plongée au cœur de l'infinie mathématique. Une très belle plongée, oui. Nos sources pour cette exploration, qui rassemblent de passionnants dossiers de Tangente, des traités historiques d'analyse et nos propres notes, ont toutes une mission commune. Détortiquer comment les mathématiciens accomplissent l'exploit vertigineux d'additionner une infinité de nombres. Non seulement pour savoir si cette somme donne un résultat fini, mais pour en extraire une valeur d'une précision absolue.

  8. Intervenant 2

    Presque tabou dans l'histoire des sciences, n'est-ce pas ? Elles imposent un cadre La fameuse asymptote qu'une courbe approche sans jamais la toucher Exactement, c'est vraiment l'outil de base. Et pas besoin de replonger dans les définitions un peu laborieuses avec des Epsilon et des grands N de nos années de lycée.

  9. Intervenant 1

    Ah les fameux Epsilon !

  10. Intervenant 2

    Voilà, ça rappelle des souvenirs. Mais l'idée centrale suffit en fait. Une suite converge vers une limite si, peu importe la marge d'erreur microscopique qu'on s'impose, on finit toujours par y rester confiné à partir d'un certain point.

  11. Intervenant 1

    Bon, décortiquons un peu tout ça.

  12. Intervenant 2

    Je vous en prie.

  13. Intervenant 1

    Si je veux vulgariser ça, c'est un peu comme un jeu de fléchettes,

  14. Intervenant 2

    non ? Comment ça ?

  15. Intervenant 1

    Eh bien, imaginons que la cible, qui représente notre fameux epsilon, rétrécisse constamment. D'accord. Mais la règle mathématique stipule qu'à partir d'un certain lancé, qu'on appelle le rang grand N, on a la garantie absolue de toujours toucher le centre. Et ça, pour l'éternité.

  16. Intervenant 2

    Ah, c'est une excellente analogie, c'est exactement cette mécanique. On force la suite de nombres à rester piégés dans la cible.

  17. Intervenant 1

    Voilà, pour la fondation. La cible rétrécit, mais on finit par l'atteindre à coup sûr. Mais, euh, là où notre exploration passe à la vitesse supérieure, c'est qu'on ne regarde pas juste une liste de nombres qui avancent.

  18. Intervenant 2

    Non, en effet.

  19. Intervenant 1

    On prend ces nombres et on les empile. On calcule leurs sommes cumulées étape par étape.

  20. Intervenant 2

    Ce que l'on appelle dans notre jargon la suite des sommes partielles.

  21. Intervenant 1

    C'est ça. Donc si le premier terme est 1, le deuxième 1,5, ma première somme est 1, la deuxième est 1,5, la troisième est environ 1,83. Ça monte doucement. L'objectif ultime, c'est de découvrir si cette montagne en construction, cette série, s'arrête de grandir pour se figer sur une limite exacte.

  22. Intervenant 2

    Somme totale Somme totale Somme totale

  23. Intervenant 1

    le fameux piège de l'intuition que je mentionnais en introduction ?

  24. Intervenant 2

    Tout à fait.

  25. Intervenant 1

    Mais logiquement, une déduction s'impose à quiconque regarde le problème. Pour qu'une montagne arrête de s'élever, il faut impérativement que les rochers qu'on y ajoute deviennent de plus en plus petits

  26. Intervenant 2

    jusqu'à devenir de la simple poussière,

  27. Intervenant 1

    oui. Donc, la condition sine qua non pour qu'une série converge, c'est que le terme général qu'on ajoute à chaque étape tende vers zéro. Jusque-là, on est d'accord.

  28. Intervenant 2

    Le terme ajouté doit s'effacer. C'est impératif. Alors voici ma question. Si j'ajoute des éléments qui deviennent infiniment petits, pourquoi la somme totale ne se stabiliserait-elle pas forcément ?

  29. Intervenant 1

    La montagne ne peut plus s'élever si on ne lui ajoute que des atomes. Prenez la série que j'évoquais tout à l'heure, la célèbre série harmonique.

  30. Intervenant 2

    Celle avec les inverses des entiers ?

  31. Intervenant 1

    C'est ça. Un plus un demi plus un tiers plus un quart. Et on continue. Un centième, un millionième, on ajoute pratiquement du

  32. Intervenant 2

    néant.

  33. Intervenant 1

    Et pourtant, nos sources sont catégoriques là-dessus. Cette série diverge. Elle explose vers l'infini. C'est contre-intuitif au possible, non ?

  34. Intervenant 2

    Elle prouve que notre cerveau n'est pas câblé pour l'infini. En quelque sorte. Elle prouve surtout que tendre vers zéro n'est pas suffisant. En fait, il faut tendre vers zéro suffisamment vite.

  35. Intervenant 1

    D'accord.

  36. Intervenant 2

    Et pour comprendre le pourquoi caché derrière ce paradoxe, on ne peut pas se contenter de regarder les termes un par un. Il faut regarder leur poids collectif.

  37. Intervenant 1

    Leur poids collectif, comment on fait ça ?

  38. Intervenant 2

    Imaginez que nous regroupions les termes de cette édition en petits paquets.

  39. Intervenant 1

    Ok, je vous suis.

  40. Intervenant 2

    Laissez le un et le un demi tranquille de côté. Regardez les deux termes suivants. Un tiers plus un quart.

  41. Intervenant 1

    Oui, un tiers plus un quart.

  42. Intervenant 2

    Un tiers est strictement plus grand qu'un quart, n'est-ce pas ?

  43. Intervenant 1

    Oui, mathématiquement oui. Donc,

  44. Intervenant 2

    la somme un tiers plus un quart est strictement supérieure à un quart plus un quart.

  45. Intervenant 1

    Ah ! Et un quart plus un quart, ça fait deux quarts, donc un demi !

  46. Intervenant 2

    Exactement !

  47. Intervenant 1

    Attendez, je vois la ruse. On regroupe par bloc. Donc le bloc du tiers et du quart vaut, au minimum, plus qu'un demi.

  48. Intervenant 2

    Précisément. Maintenant, prenons le bloc suivant. Les quatre termes qui suivent, un cinquième, un sixième, un septième et un huitième.

  49. Intervenant 1

    Ok.

  50. Intervenant 2

    Chacun d'eux est supérieur ou égal à un huitième. Or, quatre fois un huitième, ça fait encore une fois un demi.

  51. Intervenant 1

    Ouah !

  52. Intervenant 2

    et si on prend les huit termes suivants, jusqu'à un seizième, leur somme dépassera encore un demi ?

  53. Intervenant 1

    Mais c'est brillant et complètement diabolique à la fois ! N'est-ce pas ? En fait, on doit créer une infinité de blocs, de nombres, et chaque bloc, quand on additionne ces termes, pèse au moins un demi.

  54. Intervenant 2

    ? C'est toute la subtilité.

  55. Intervenant 1

    Et comme on a une infinité de blocs qui valent chacun un demi, bah on additionne un demi une infinité de fois.

  56. Intervenant 2

    Ce qui fait que l'explosio est mathématiquement inévitable.

  57. Intervenant 1

    La montagne est faite de poussière, certes, mais le volume de poussière est tel qu'il reconstruit des briques entières d'un demi, pour l'éternité.

  58. Intervenant 2

    Vous venez de formuler de manière très imagée la démonstration historique du savant Nicoloresme, qui date tout de même du XIVe siècle.

  59. Intervenant 1

    Du XIVe siècle. Impressionnant.

  60. Intervenant 2

    Oui.

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