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30 sept. 2016 · 17 min

Comment le mathématicien Cantor distingue-t-il les infinis ?

Dans cet épisode audio, suivez pas à pas la comparaison des tailles d’ensembles, puis l’argument diagonal qui établit une infinité d’infinis différents.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente.

  2. Intervenant 2

    Bonjour, ravie d'être là pour cette discussion.

  3. Intervenant 1

    Imaginons juste un instant une salle d'attente qui ne s'arrête littéralement jamais.

  4. Intervenant 2

    Avec genre une infinité de chaises, c'est ça du

  5. Intervenant 1

    signe ? Oui, exactement. Une salle infinie et toutes ces chaises sont occupées par une infinité de patients.

  6. Intervenant 2

    D'accord.

  7. Intervenant 1

    Et soudain, un nouveau patient entre. Est-ce qu'on peut lui trouver une place ?

  8. Intervenant 2

    Eh bien, étonnamment, oui.

  9. Intervenant 1

    C'est fou quand on y pense ?

  10. Intervenant 2

    Mais du coup, ça devient encore plus fou. Que se passe-t-il si une infinité de bus contenant chacun une infinité de nouveaux patients vient se garer devant cette même salle ?

  11. Intervenant 1

    Là, ça donnait le vertige, quoi.

  12. Intervenant 2

    Complètement.

  13. Intervenant 1

    Comment l'esprit humain peut-il espérer mesurer ou comparer la taille de trucs qui n'ont littéralement aucune fin ?

  14. Intervenant 2

    C'est vraiment le cœur de notre exploration aujourd'hui. On va plonger dans les travaux de Georges Cantor.

  15. Intervenant 1

    Un mathématicien plutôt révolutionnaire ?

  16. Intervenant 2

    Ah bah carrément ! Son intuition, ça a été de proposer une méthode pour mettre de l'ordre dans l'infini.

  17. Intervenant 1

    Et notre mission aujourd'hui, pour les esprits curieux à l'écoute, c'est de décortiquer tout ça.

  18. Intervenant 2

    Voilà. Le défi, c'est de vulgariser ces concepts sans perdre la rigueur mathématique absolue de la démonstration.

  19. Intervenant 1

    Garder les bases solides mais de façon accessible

  20. Intervenant 2

    quoi. Exactement. Et je suis sûre que ça va plaire autant aux néophytes qu'aux passionnaires.

  21. Intervenant 1

    Alors, décortiquons cela. Avant même de s'attaquer à l'infini, il y a un obstacle logique de base.

  22. Intervenant 2

    Ah bon ? Lequel ?

  23. Intervenant 1

    Comment on affirme que deux ensembles ont la même taille ? Ce qu'on appelle le même cardinal en maths.

  24. Intervenant 2

    Ah oui, la question du comptage.

  25. Intervenant 1

    Voilà, dans la vraie vie, on compte. 1, 2, 3. Et on compare le total.

  26. Intervenant 2

    Sauf qu'avec l'infini, le comptage, ça ne s'arrête jamais.

  27. Intervenant 1

    Du coup, on fait comment ?

  28. Intervenant 2

    Le comptage classique devient obsolète, donc on utilise un concept super élégant qui s'appelle la bijection.

  29. Intervenant 1

    La bijection ?

  30. Intervenant 2

    Ouais, c'est une méthode de comparaison directe sans jamais utiliser de nombre.

  31. Intervenant 1

    Attends, comment on compare sans

  32. Intervenant 2

    compter ? Reprends l'exemple des chaises. Si on veut savoir s'il y a autant de chaises que de personnes dans la salle d'attente, on n'a pas besoin de compter toutes les chaises, puis toutes les personnes. Il suffit de demander à tout le monde de s'asseoir.

  33. Intervenant 1

    Ah je vois, et si personne n'est debout et qu'aucune chaise n'est vide, paf, même taille.

  34. Intervenant 2

    C'est ça, c'est le principe de base de la bijection quoi. On associe chaque élément du groupe de départ à un seul élément du groupe d'arrivée. Le logique hyper strict.

  35. Intervenant 1

    Pour que l'outil tienne la route

  36. Intervenant 2

    quoi. Voilà, la réflexivité, la symétrie et la transitivité.

  37. Intervenant 1

    Oula, des grands mots.

  38. Intervenant 2

    En fait c'est super simple, la réflexivité c'est juste dire qu'un ensemble a la même taille que lui-même.

  39. Intervenant 1

    Bah oui, on associe chaque élément à lui-même, logique.

  40. Intervenant 2

    La symétrie, c'est que si tu peux relier le départ à l'arrivée, tu peux juste inverser le sens.

  41. Intervenant 1

    Remonter le lien dans l'autre sens, d'accord.

  42. Intervenant 2

    Et enfin, la transitivité, c'est le fait de créer des ponts. Si un groupe A a la même taille qu'un groupe B, et que B a la même taille que C.

  43. Intervenant 1

    Alors A a la même taille que C. C'est hyper intuitif en fait.

  44. Intervenant 2

    Complètement. La bijection valide tout ça sans effort.

  45. Intervenant 1

    Bon, jusqu'ici, la mécanique est limpide. Mais en parcourant les notes pour cette exploration, j'ai tiqué sur un détail sémantique.

  46. Intervenant 2

    Quel détail ?

  47. Intervenant 1

    Les textes parlent toujours de relations d'équivalence sur la classe des ensembles.

  48. Intervenant 2

    Ah oui, le fameux mot classe.

  49. Intervenant 1

    Oui, pourquoi ils évitent soigneusement de dire l'ensemble de tous les ensembles. C'est troublant.

  50. Intervenant 2

    C'est une excellente question.

  51. Intervenant 1

    C'est comme si on voulait prendre toutes les boîtes de l'univers et les ranger dans une seule boîte géante. Pourquoi on n'a pas le droit de faire ça ?

  52. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant ici, c'est que cette idée de la boîte géante, ça a l'air naturel. Mais c'est un piège mortel pour la logique.

  53. Intervenant 1

    Un piège mortel ? Carrément !

  54. Intervenant 2

    C'est là qu'intervient Bertrand Russell avec son célèbre paradoxe. Il a littéralement fait trembler les fondations des maths avec ça.

  55. Intervenant 1

    Ah ouais, la fameuse crise des fondements ?

  56. Intervenant 2

    Exactement. Russell teste les limites de l'appartenance. Il dit, ok, si l'ensemble de tous les ensembles existe…

  57. Intervenant 1

    Il doit être contenu dans lui-même, puisqu'il est lui-même un ensemble, non ?

  58. Intervenant 2

    Voilà, c'est super contre-intuitif, mais admettons qu'un objet abstrait puisse s'appartenir.

  59. Intervenant 1

    Ok, on l'accepte. Et du coup ?

  60. Intervenant 2

    Russell propose une expérience de pensée diabolique. C'est l'analogie du bibliothécaire.

  61. Intervenant 1

    J'adore cette histoire.

  62. Intervenant 2

    Imaginons un bibliothécaire qui reçoit une mission très spéciale. Il doit créer un catalogue et ce catalogue doit lister exclusivement tous les catalogues qui ne se mentionnent pas eux-mêmes.

  63. Intervenant 1

    D'accord, donc la règle est super stricte. Si un catalogue s'auto-mentionne, on le bannit du nouveau registre.

  64. Intervenant 2

    C'est ça, et s'il ne s'auto-mentionne pas, il y entre.

  65. Intervenant 1

    Le bibliothécaire fait son bolo, il scanne toute la bibliothèque.

  66. Intervenant 2

    Mais à la toute fin, il se retrouve avec son propre nouveau catalogue entre les mains.

  67. Intervenant 1

    Et là, c'est le drame.

  68. Intervenant 2

    Le problème insoluble. Est-ce qu'il doit l'inscrire dans sa propre liste ?

  69. Intervenant 1

    Faisons le test. S'il l'inscrit à l'intérieur, le catalogue se mentionne lui-même, du coup. Oui. Mais la règle dit qu'il ne doit contenir que ceux qui ne s'auto-mentionnent pas eux-mêmes. Donc il doit l'effacer.

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