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22 mars 2019 · 5 min

Chaînes de Markov : que cachent les lettres de Pouchkine ?

Dans ce podcast, suivez l’étude des lettres du roman en vers Eugène Onéguine de Pouchkine, puis découvrez le principe sans mémoire.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Et c'est un immense plaisir d'accueillir nos auditeurs pour cette nouvelle exploration.

  2. Intervenant 2

    Bonjour. Et oui, une exploration qui s'annonce vraiment passionnante aujourd'hui.

  3. Intervenant 1

    Totalement. Pour démarrer, imaginez un peu la scène. La technologie qui permet à nos smartphones de deviner le prochain mot qu'on va taper, elle trouve ses racines au 19e siècle.

  4. Intervenant 2

    Sous la plume d'un mathématicien russe en train de compter inlassablement les lettres d'un poème, oui.

  5. Intervenant 1

    C'est quand même fou. Et c'est exactement le sujet de nos sources du jour. Un article qui montre que l'assemblage des mots dans un roman, c'est pas du tout chaotique. Notre mission aujourd'hui, c'est de comprendre comment la structure d'un chef-d'œuvre russe a carrément donné naissance à un concept majeur en probabilité.

  6. Intervenant 2

    C'est vrai qu'on a souvent l'impression que le pont entre la rigueur mathématique et l'inspiration littéraire,

  7. Intervenant 1

    c'est impossible.

  8. Intervenant 2

    Voilà, perçu comme impossible. Pourtant, le mathématicien André Markov, qui a vécu entre 1856 et 1922, il a utilisé un texte bien précis. C'est le romain en vers Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine. Et il s'en est servi comme d'un véritable laboratoire pour étayer ses théories sur l'aléatoire.

  9. Intervenant 1

    D'accord, donc il trouve son terrain de jeu dans un poème. Mais concrètement, comment on passe de la lecture d'un texte à une théorie des probabilités ? Enfin, il a fait quoi au juste sur ce livre ?

  10. Intervenant 2

    Eh bien, il a mené une expérience d'une patience folle. Markov a pris les 20 000 premières lettres du poème.

  11. Intervenant 1

    20 000 ?

  12. Intervenant 2

    Oui, et il a éliminé absolument tous les espaces et toute la ponctuation.

  13. Intervenant 1

    Ah oui, le cauchemar à lire du

  14. Intervenant 2

    coup. Exactement. Et ensuite, il a compté, une par une, l'enchaînement des consonnes et des voyelles. Il a alors prouvé une mécanique hyper précise. En gros, si une lettre donnée est une consonne, la probabilité que la lettre d'après soit une voyelle est drastiquement plus élevée.

  15. Intervenant 1

    Ah, logique.

  16. Intervenant 2

    Il démontrait vraiment par les chiffres que l'apparition d'une lettre ne dépendait pas du paragraphe entier, mais uniquement de la nature de la lettre qu'il a précédée immédiatement.

  17. Intervenant 1

    Bon, décortiquons un peu ça. C'est littéralement la mécanique du clavier prédictif de nos téléphones. Le système, il tente de deviner la lettre ou le mot d'après en regardant uniquement la toute dernière frappe.

  18. Intervenant 2

    C'est ça.

  19. Intervenant 1

    On n'a pas besoin d'analyser tout l'historique du message pour que ça marche.

  20. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant ici, c'est que la comparaison est parfaite. Et c'est de cette observation empirique minutieuse sur les caractères cyrilliques de Pouchkine que le terme de chaîne de Markov est né.

  21. Intervenant 1

    D'accord.

  22. Intervenant 2

    Avant de devenir un objet mathématique super abstrait, c'était d'abord une méthode toute simple pour décoder les schémas cachés dans l'enchaînement des lettres d'un texte.

  23. Intervenant 1

    C'est une très belle trouvaille linguistique, c'est sûr. Mais comment une observation sur de simples consonnes et voyelles devient un modèle universel, un truc capable de décrire l'évolution des systèmes en général ?

  24. Intervenant 2

    Parce que Markov a généralisé son idée. Au lieu de parler de lettres, on peut prendre n'importe quel système qui évolue par étapes successives.

  25. Intervenant 1

    Genre

  26. Intervenant 2

    quoi ? Ça peut être la météo qui passe d'un jour de pluie à un jour de soleil. Ou bien le cours de la bourse d'une minute à l'autre. Le passage d'un état à un autre se fait toujours avec une probabilité précise.

  27. Intervenant 1

    Ah, je vois.

  28. Intervenant 2

    Et la règle d'or de ce modèle, c'est qu'il décrit un processus totalement sans mémoire.

  29. Intervenant 1

    Alors, qu'est-ce que tout cela signifie concrètement ? Parce que là, il y a de quoi être un peu sceptique.

  30. Intervenant 2

    C'est sûr que c'est contre-intuitif.

  31. Intervenant 1

    Bah oui, pour anticiper demain, on a plutôt l'habitude de se dire qu'il faut absolument connaître hier. La meilleure prévision possible peut-elle vraiment faire l'impasse sur l'historique ?

  32. Intervenant 2

    Si on relie ça à une perspective plus large, c'est précisément le caractère vertigineux de ce processus markovien. C'est ce qu'on appelle une distribution de probabilités conditionnelles.

  33. Intervenant 1

    Oula, le grand mot.

  34. Intervenant 2

    Oui. Mais en langage clair, ça veut tout simplement dire que les chances que l'événement de demain se produise dépendent uniquement de la situation d'aujourd'hui.

  35. Intervenant 1

    Donc le passé ne compte plus.

  36. Intervenant 2

    Voilà. Connaître la météo des dix derniers jours, ça n'améliore absolument pas la prévision du temps de demain, du moment qu'on connaît déjà parfaitement le temps d'aujourd'hui. L'état présent contient à lui seul toute l'information nécessaire.

  37. Intervenant 1

    C'est un changement de paradigme assez radical quand on y pense. Ça simplifiait la modélisation à l'extrême puisqu'on n'a plus besoin de stocker des montagnes de données passées pour deviner la suite immédiate.

  38. Intervenant 2

    Exactement. Et c'est d'ailleurs pour cette raison que ces processus sans mémoire sont aujourd'hui en plein cœur des sciences modernes. Des algorithmes de navigation aux modèles épidémiologiques, cette structure permet de modéliser des myriades de systèmes aléatoires qui façonnent notre quotidien.

  39. Intervenant 1

    Et tout ça est né d'une simple observation de grammaire. On part d'un vers de Pouchkine pour bâtir les fondations des mathématiques appliquées contemporaines. Ce qui soulève une interrogation finale plutôt troublante pour ceux qui nous écoutent.

  40. Intervenant 2

    Laquelle ?

  41. Intervenant 1

    Si la structure intime d'un chef-d'œuvre de la poésie peut finalement être modélisée par un système purement probabiliste et totalement dénudé de mémoire, on peut se poser la question, la création artistique ou même le flux de la pensée humaine ne serait-elle au fond qu'une immense chaîne de probabilités ?

  42. Intervenant 2

    De quoi nourrir de longues réflexions, c'est certain.

  43. Intervenant 1

    Absolument. Merci d'avoir suivi cette exploration du magazine Tangente et on se dit à très bientôt pour de nouvelles découvertes.

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