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26 mars 2019 · 6 min

Bourses Séphora-Berrebi : quatre chercheuses, quatre domaines

Dans cet épisode audio, passez d’une lauréate à l’autre, de la percolation aux interfaces cerveau–machine, entre mathématiques et informatique.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est un grand plaisir d'accueillir celles et ceux qui nous écoutent aujourd'hui pour une nouvelle exploration.

  2. Intervenant 2

    Bonjour Sam.

  3. Intervenant 1

    Oui, une exploration qui s'annonce vraiment passionnante aujourd'hui.

  4. Intervenant 2

    Exactement. On va se demander comment les mathématiques les plus abstraites peuvent nous aider à, disons, lire dans le cerveau humain. Décortiquons un peu tout cela. On va plonger ensemble au cœur du palmarès 2019 des bourses Séphora-Berbi.

  5. Intervenant 1

    Un très beau palmarès

  6. Intervenant 2

    qui soutient des chercheuses d'exception en France et en Israël. C'est bien ça ?

  7. Intervenant 1

    C'est ça. En fait, c'est un sujet qui mêle la plus haute exigence scientifique à une histoire très personnelle. Cette association a été créée en 2017 en mémoire de Séphora-Berbi.

  8. Intervenant 2

    Une étudiante brillante, n'est-ce pas ? Absolument. Elle était vraiment passionnée de mathématiques et d'informatique. Elle est née en 1994, mais son parcours s'est malheureusement arrêté en 2016. Ah

  9. Intervenant 1

    mince !

  10. Intervenant 2

    Oui, après trois ans de lutte acharnée contre une tumeur cérébrale.

  11. Intervenant 1

    C'est une véritable tragédie. Mais j'aime beaucoup l'analogie de dire que cette bourse, c'est comme une graine plantée dans un terreau de mémoire, non ?

  12. Intervenant 2

    C'est une très belle image, oui. L'objectif, c'est vraiment de faire vivre sa passion. De

  13. Intervenant 1

    transformer cette épreuve en un moteur pour l'avenir des sciences.

  14. Intervenant 2

    Exactement. En encourageant activement les jeunes femmes dans la recherche. Concrètement, ces bourses attribuent une dotation de 2000 euros à des doctorantes ou postdoctorantes.

  15. Intervenant 1

    En France ou en Israël, donc ?

  16. Intervenant 2

    Voilà, inscrites dans des institutions de ces pays et ce, sans aucune condition de nationalité.

  17. Intervenant 1

    D'accord. Alors, parlons un peu de ce fameux palmarès 2019. Commençons par les mathématiques avec Barbarine D'un Bain. Elle travaille sur la percolation.

  18. Intervenant 2

    Oui, la percolation.

  19. Intervenant 1

    C'est d'ailleurs un sujet qu'on avait traité dans les numéros 70 et 71 de Tangente Sup. Mais pour notre auditoire, on l'explique comment simplement ? Parce que spontanément, le terme me fait surtout penser à ma machine à café.

  20. Intervenant 2

    La néologie est excellente en fait. Imaginez l'eau qui cherche son chemin à travers les graines café dans un filtre.

  21. Intervenant 1

    Ah, littéralement donc ?

  22. Intervenant 2

    C'est ça. La percolation, c'est l'étude mathématique de ce phénomène. On modélise comment des éléments dans des réseaux complexes finissent par se connecter.

  23. Intervenant 1

    Pour laisser passer quelque chose ?

  24. Intervenant 2

    Tout à fait. Que ce soit un fluide dans un milieu poreux ou de l'information dans un réseau de télécommunications.

  25. Intervenant 1

    D'accord, c'est très visuel, je comprends mieux. Par contre, l'autre lauréate en mathématiques, Radhika Gupta, elle travaille sur la théorie géométrique des groupes. Et là, j'avoue que ça me dépasse un

  26. Intervenant 2

    peu. C'est vrai que c'est un

  27. Intervenant 1

    peu plus ardu. Comment on peut appliquer de la géométrie, donc l'étude de l'espace, à un concept purement abstrait comme un groupe en algèbre ?

  28. Intervenant 2

    C'est là toute la puissance de ce domaine. En algèbre, un groupe, c'est un ensemble d'opérations. Par exemple, les symétries d'un objet. La théorie géométrique, elle, permet de traduire ces propriétés abstraites en espaces géométriques, des formes que l'on peut manipuler.

  29. Intervenant 1

    Ah, on arrive à matérialiser l'abstrait en fait.

  30. Intervenant 2

    Exactement. On utilise la géométrie avec ses distances, ses courbures pour résoudre des problèmes algébriques qui seraient un véritable casse-tête autrement.

  31. Intervenant 1

    C'est fascinant. Et ce qui m'interpelle, c'est que ce prix est l'écompense aussi des chercheuses en informatique, souvent avec des applications très concrètes. On a l'impression de faire un grand écart.

  32. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant ici, c'est que les frontières sont en réalité très poreuses. Prenez Galinotti par exemple, l'une des deux lauréates en informatique. Elle utilise la théorie des jeux,

  33. Intervenant 1

    qui est fondamentalement mathématique pour le coup.

  34. Intervenant 2

    Voilà, et elle utilise pour améliorer l'apprentissage automatique, le fameux machine learning. Elle se sert de l'étude des stratégies et des décisions pour rendre les algorithmes d'intelligence artificielle beaucoup plus performants.

  35. Intervenant 1

    D'accord. Ce qui nous amène à la seconde lauréate en informatique, Jelena Mladenovic. Ses recherches portent sur les interfaces cerveau-machine. C'est ça. Toute cette diversité a d'ailleurs été célébrée lors de la remise des prix à l'Institut Henri Poincaré le 12 février. Mais le point commun entre l'algèbre pur de tout à l'heure et un ordinateur branché sur un cerveau, c'est quoi au final ?

  36. Intervenant 2

    Eh bien, c'est la capacité à structurer la logique, à modéliser des systèmes d'une complexité folle. Cette transversalité, elle était déjà au cœur de la toute première édition en 2017. Ah oui,

  37. Intervenant 1

    c'est vrai.

  38. Intervenant 2

    Le jury avait récompensé Flaviana Iurlano en mathématiques, une spécialiste des équations complexes.

  39. Intervenant 1

    Aux côtés de trois informaticiennes, si je me souviens bien.

  40. Intervenant 2

    Tout à fait. Thalia Eden, Li Liu et Daphna Rothschild. Le fil conducteur, c'est vraiment l'excellence dans la modélisation.

  41. Intervenant 1

    On a donc un véritable réseau de chercheuses d'élite qui se tissent en jetant des ponts très solides entre les disciplines, mais aussi entre la France et Israël.

  42. Intervenant 2

    Absolument. Et vous savez, si on prend un peu de recul, il y a une résonance particulière dans ce palmarès 2019, presque poignante.

  43. Intervenant 1

    De quel point de vue ?

  44. Intervenant 2

    Eh bien, Séphora-Berrebi a lutté contre une maladie du cerveau. Et voilà que Jelena Mladenovic, récompensée par une bourse portant son nom, consacre ses travaux à modéliser et décoder ce même cerveau humain.

  45. Intervenant 1

    Pour le connecter à des machines, c'est vrai ?

  46. Intervenant 2

    C'est une boucle vraiment touchante.

  47. Intervenant 1

    C'est une boucle impressionnante et cela soulève d'ailleurs une réflexion vertigineuse pour notre auditoire. Si l'informatique arrive aujourd'hui à décoder le cerveau, à quel moment nos propres modèles mathématiques et algorithmiques deviendront-ils plus complexes que les cerveaux biologiques qui les ont conçus ?

  48. Intervenant 2

    C'est la grande question de

  49. Intervenant 1

    demain. Une question que l'on vous laisse le soin de méditer. Merci à toutes et tous de nous avoir suivis et à très bientôt pour une nouvelle exploration scientifique.

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