
23 août 2021 · 4 min
Anna Kiesenhofer, mathématicienne : l’or en équipe non pro
Dans ce podcast, suivez le parcours d’Anna Kiesenhofer, de sa reconversion au cyclisme à son or olympique, après une préparation gérée seule.
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Intervenant 1
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on va se plonger dans une histoire vraiment fascinante.
Intervenant 2
Oui, bonjour. C'est une plongée qui mélange le très haut niveau sportif et la rigueur mathématique pure.
Intervenant 1
Exactement. Parce que battre cinq superstars mondiales avec plus de deux minutes d'avance quand on est amateur, c'est un peu comme résoudre une équation qu'on croyait impossible. On va parler de l'exploit d'Anna Kiesenhofer aux Jeux de Tokyo.
Intervenant 2
C'est un cas d'étude assez incroyable. Mais pour vraiment comprendre cette victoire, nos sources expliquent qu'il faut d'abord regarder le profil de la championne.
Intervenant 1
Oui, ce n'est pas un profil classique du tout.
Intervenant 2
Ah bah non, c'est une Autrichienne de 30 ans qui était alors en postdoctorat en Suisse à l'EPFL. Son domaine d'étude, c'est la théorie Kamm.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Elle travaille plus particulièrement sur ce qu'on appelle les équations aux dérivés partiels et les systèmes dynamiques.
Intervenant 1
Attends, on va peut-être vulgariser un tout petit peu là. Parce que équation au dérivé partiel, c'est pas forcément très parlant. Dans la vraie vie, ça sert à quoi au final ?
Intervenant 2
Imagine que tu essaies de prédire comment la chaleur se diffuse dans une pièce fermée. Ces équations permettent de modéliser des phénomènes complexes qui changent selon plusieurs variables à la fois, comme le temps et l'espace, par exemple. Et la théorie Kamm, plus spécifiquement, s'intéresse à la stabilité de ces systèmes quand on y introduit du chaos. L'exemple classique, c'est le système solaire, qui reste stable malgré les petites perturbations de chaque planète.
Intervenant 1
D'accord, donc c'est vraiment l'étude du chaos et de la stabilité. Et ce qui est fou, c'est qu'elle a appliqué cette logique à sa propre vie sportive. C'est-à-dire ? À l'origine, elle faisait du triathlon. Et puis elle se blesse gravement aux genoux, donc impossible de courir. Au lieu d'abandonner, elle recalcule. La variable course à pied est effaillante, elle l'isole et trouve une nouvelle trajectoire vers le cyclisme pur.
Intervenant 2
Ouais, c'est exactement ça. Elle a vraiment théorisé son propre retour. Et elle a poussé cette maîtrise de la complexité à l'extrême pour préparer les Jeux olympiques.
Intervenant 1
Pendant 18 mois, elle a tout géré toute seule, c'est ça ?
Intervenant 2
Absolument. Sans entraîneur ni contrat professionnel. Elle a géré sa préparation physique, sa diététique et même son matériel. Elle disait d'ailleurs qu'elle n'était pas le genre de cycliste qui se contente d'appuyer sur les pédales.
Intervenant 1
Mais c'est là que j'ai un petit doute. Vouloir contrôler chaque paramètre sans l'aide de professionnels du sport, ce n'est pas un risque énorme de se noyer complètement dans les données ?
Intervenant 2
C'est là toute la différence. Elle n'a pas subi les données, elle les a modélisées. Les pros ont des capteurs partout, oui, mais sur le terrain, beaucoup courent encore à l'instinct.
Intervenant 1
En réagissant aux autres en fait.
Intervenant 2
Voilà. Kiesenhofer, elle a abordé les 137 km de la course sur route, presque comme un algorithme struct pour optimiser chaque effort.
Intervenant 1
Donc elle a littéralement cartographié la puissance exacte en watts qu'elle devait fournir sur chaque segment du parcours japonais. C'est un peu comme programmer une voiture autonome en fait.
Intervenant 2
Ouais, c'est une super métaphore. Pendant que les autres s'épuisent à réagir dans le peloton, elle, elle exécute son script calmement. C'est fascinant. Elle avait même calculé des courbes d'acclimatation à la chaleur pour gérer la température du Japon. Chaque calorie brûlée est une variable de son modèle.
Intervenant 1
Du coup, le 25 juillet, c'est plus vraiment une course. C'est la validation d'une hypothèse scientifique grandeur nature. Surtout que son objectif de départ, c'était hyper modeste. Elle voulait juste finir dans les 25 premières.
Intervenant 2
Et le résultat a validé son modèle de façon magistrale. Une victoire absolue face aux cinq vedettes de la discipline. L'intellect et la méthode scientifique ont totalement surclassé les structures professionnelles.
Intervenant 1
C'est fou quand on relie ça à la théorie CAM. Au fond, elle a traité le peloton, ses adversaires et la météo comme les perturbations d'un immense système dynamique.
Intervenant 2
Et elle a calculé la seule et unique trajectoire qui menait vers la stabilité. Et vers l'or, ouais.
Intervenant 1
Ce qui prouve bien que les mathématiques ne sont pas qu'abstraites, elles peuvent vraiment optimiser le réel.
Intervenant 2
C'est clair.
Intervenant 1
Et d'ailleurs, ça soulève une question vertigineuse pour clore cette exploration. Si une seule chercheuse avec sa méthode peut concevoir la victoire parfaite face à l'élite, est-ce que les modèles mathématiques purs ne finiront pas un jour par rendre les entraîneurs sportifs traditionnels totalement obsolètes ?
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