
17 juil. 2018 · 6 min
Analyse non standard : dériver x² sans passer par la limite
Dans cet épisode audio, suivez les étapes du calcul : introduire un infiniment petit, former le quotient, puis en retenir la partie standard.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est un plaisir d'accueillir les auditeurs pour cette nouvelle plongée au cœur des mathématiques. Aujourd'hui, on va parler d'un concept qui va plaire à ceux qui ont détesté leurs années lycée.
Intervenant 2
Ah oui, la fameuse
Intervenant 1
limite. Exactement. Imaginez jeter le concept de limite complètement à la poubelle. On explore aujourd'hui un article intitulé « dériver en analyse non standard ». Et la mission de notre exploration, c'est de découvrir comment il est possible de calculer une dérivée sans utiliser aucune limite.
Intervenant 2
Alors même que ce concept est censé être vraiment le pilier absolu de l'analyse mathématique. C'est ça.
Intervenant 1
Mais j'imagine qu'il y a un prix à payer pour contourner cette règle sacro-sante.
Intervenant 2
Oui, pour se débarrasser des limites, il faut accepter de bouleverser un peu nos habitudes. Le prix à payer, c'est le recours aux infiniment petits.
Intervenant 1
Attendez, un nombre infiniment petit ? Ça ressemble fortement à une astuce, voire à une triche mathématique.
Intervenant 2
On pourrait croire, oui.
Intervenant 1
Parce que si on ajoute une quantité qui est plus petite que n'importe quel nombre réel positif, mais qui n'est pas zéro, comment on peut sérieusement faire des calculs avec un truc qui s'évapore de la sorte ?
Intervenant 2
Bah en fait, c'est pas du tout une triche. C'est une véritable extension de notre univers. Dans les années 60, c'est le mathématicien canadien Abraham Robinson qui a formalisé cette idée.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Il a créé ce qu'il a nommé les nombres hyperréels. En gros, on prend nos nombres classiques, la droite des réels que tout le monde connaît, et on y intègre ces entités microscopiques.
Intervenant 1
Ok, décortiquons ça. C'est un peu comme si la droite des réels, c'était un mur de briques.
Intervenant 2
Ouais, on peut très bien le voir comme ça.
Intervenant 1
À l'œil nu, le mur semble de parfaitement lisse. Mais si on utilise un microscope quantique, on s'aperçoit qu'autour de chaque brique, il y a un nuage d'espaces et de particules invisibles à l'échelle normale.
Intervenant 2
C'est une excellente image. Autour de chaque nombre réel standard, il existe tout à halo de nombres hyper réels qui en sont infiniment proches.
Intervenant 1
Et donc ces infiniment petits, c'est un peu ce zoom mathématique absolu ?
Intervenant 2
Tout à fait. Et pour comprendre comment on manipule ce halo sans que le calcul s'effondre, il faut tester la méthode. L'article propose de revenir à l'intuition de Pierre de Fermat.
Intervenant 1
Bien avant le formalisme moderne donc.
Intervenant 2
Voilà. Prenons une fonction basique pour observer le mécanisme, disons f de x égale x².
Intervenant 1
Ok, donc au lieu de faire tendre un écart vers zéro avec une limite, on va introduire notre fameuse particule microscopique.
Intervenant 2
C'est ça, qu'on va appeler epsilon.
Intervenant 1
Epsilon, très bien.
Intervenant 2
On ajoute epsilon à x et on regarde comment la fonction réagit. On calcule donc f de x plus epsilon. En développant le carré, la mécanique algébrique nous donne x² plus 2x multiplié par ε plus ε².
Intervenant 1
Donc, la différence par rapport à notre x² de départ, l'accroissement, c'est simplement 2x ε plus ε².
Intervenant 2
Exactement.
Intervenant 1
Et si je veux trouver la pente de la courbe, je divise cet accroissement par la largeur de notre pas, donc ε. En simplifiant, il me reste 2x plus ε.
Intervenant 2
La logique est parfaite.
Intervenant 1
Oui, mais c'est là que ça devient vraiment intéressant. On a toujours ce epsilon qui traîne. Comment on fait pour retrouver une égalité parfaite ? Il nous reste cette espèce de poussière subatomique accrochée au résultat.
Intervenant 2
Eh bien, à son époque, Fermat esquivait un peu le problème en parlant d'adégalité.
Intervenant 1
D'adégalité ?
Intervenant 2
Oui. Pour lui, 2x et 2x plus epsilon étaient presque égaux. Leur différence n'avait tout simplement pas d'importance.
Intervenant 1
Sauf qu'aujourd'hui, l'analyse non standard ne se contente pas d'à peu près, j'imagine ?
Intervenant 2
Absolument pas. Pour résoudre votre problème de poussière, on utilise l'opération fondamentale de ce système, la prise de la partie standard. C'est vraiment la pièce manquante du puzzle formel.
Intervenant 1
Mais comment ça fonctionne mécaniquement ? On ne veut pas juste décider de gommer le epsilon de l'équation parce qu'il nous dérange ?
Intervenant 2
Non, on ne le gomme pas par magie. La structure des hyperréels garantit un théorème très puissant. Tout nombre hyperréel fini est la somme exacte d'un unique nombre réel classique, sa fameuse partie standard, et d'un infiniment petit.
Intervenant 1
Ah, je vois. Donc prendre la partie standard de 2 fois plus epsilon, c'est reconnaître qu'à notre échelle macroscopique, sur la droite des réels, l'unique point qui correspond à cette coordonnée, c'est 2x.
Intervenant 2
Voilà. Epsilon n'a aucune dimension dans le monde standard. C'est juste l'épaisseur du trait. On efface le halo quantique pour ne garder que la brique solide.
Intervenant 1
Ça change complètement la perspective sur l'apprentissage du calcul. Au lieu de se torturer avec des limites abstraites ou une variable temps vers zéro à l'infini, on manipule concrètement un nombre epsilon bien défini tout au long du calcul.
Intervenant 2
Ouais, et on repasse à l'échelle normale à la toute fin. C'est pour ça qu'il faut s'y intéresser. Ça prouve que les mathématiques ne sont pas figées.
Intervenant 1
C'est clair.
Intervenant 2
Ce langage hyper réel moderne valide et formalise l'intuition ancienne de Fermat. Ça offre un nouveau prisme, élégant et rigoureux pour voir l'analyse.
Intervenant 1
C'est vraiment fascinant et ça clôture de manière chaleureuse notre exploration du jour. Mais ça soulève aussi une réflexion très provocatrice.
Intervenant 2
Laquelle ?
Intervenant 1
Puisque ces nombres hyper réels nous permettent d'éviter les limites pour dériver, on peut laisser quiconque écoute se demander quelles autres opérations mathématiques complexes pourraient soudainement être redéfinies.
Intervenant 2
C'est une excellente question, oui.
Intervenant 1
Surtout celles qui sont historiquement dépendantes des limites, elles pourraient être simplifiées par la magie de cette analyse non standard. Voilà de quoi regarder nos vieux manuels de mathématiques avec un œil neuf.
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