tangenteAudio

17 févr. 2022 · 6 min

1871-1872 : la naissance de la Société mathématique de France

Cet épisode audio remonte à 1871 pour suivre la naissance de la SMF, association de promotion des mathématiques et de la recherche, puis ses 150 ans.

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bienvenue à tous ceux qui nous écoutent dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on se lance dans une exploration en profondeur de la naissance et bien sûr de l'évolution d'une institution vraiment prestigieuse, à savoir la Société mathématique de France.

  2. Intervenant 2

    Oui, la fameuse SMF qui vient tout juste de fêter ses 150 ans.

  3. Intervenant 1

    Exactement. Et en général, on s'imagine toujours que ce genre de société savante naît très calmement au cours de longues discussions dans des salons parisiens feutrés. C'est

  4. Intervenant 2

    très souvent l'image qu'on en

  5. Intervenant 1

    a, oui. Sauf que là, l'histoire est tout autre. On est en 1871 et la France vient de subir une défaite militaire absolument cuisante contre l'Allemagne.

  6. Intervenant 2

    Une vraie claque historique, on peut le dire.

  7. Intervenant 1

    Ah bah ça c'est sûr ! Et la réaction immédiate du pays, ce n'est pas uniquement de fondre de nouveaux canons, mais curieusement de fonder une société de mathématiques. Bon, décortiquons un peu tout ça, parce que c'est quand même profondément contre-intuitif.

  8. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant ici, c'est que cette défaite militaire provoque un électrochoc intellectuel assez brutal. En fait, le pays prend soudainement conscience de son immense retard sur le plan technologique et scientifique.

  9. Intervenant 1

    Donc c'est vraiment comme si une crise nationale absolue forçait l'État à créer en urgence une sorte d'incubateur de recherche pour sauver la nation.

  10. Intervenant 2

    C'est une super analogie, oui. Parce qu'à l'époque, attention, le problème ce n'est pas le manque de talent en France.

  11. Intervenant 1

    Les mathématiciens étaient toujours aussi bons, j'imagine ?

  12. Intervenant 2

    Tout à fait. Mais le souci, c'est que les savants travaillaient chacun dans leur coin, de manière ultra fragmentée. Alors qu'en face, l'Allemagne avait déjà compris que pour bâtir une industrie vraiment puissante, il fallait structurer la recherche fondamentale.

  13. Intervenant 1

    Du coup, le gouvernement français a dû réagir très vite.

  14. Intervenant 2

    C'est ça. La jeune Troisième République saisit l'urgence absolue de cette coordination. Et le résultat direct, c'est la fondation de la SMF en 1872.

  15. Intervenant 1

    Suivi presque immédiatement, si on s'en souvient bien, par la création de la Société française de physique l'année d'après, en 73. Exactement. C'est

  16. Intervenant 2

    un vrai mouvement d'ensemble pour structurer les sciences.

  17. Intervenant 1

    Mais là où je m'interroge, c'est sur la suite. Comment cette réponse qui est disons très militaire et politique a fini par se transformer en un pilier durable de la culture scientifique ? Parce que bon, une société savante, ça ne gagne pas des guerres sur le très long terme.

  18. Intervenant 2

    Eh bien, c'est là toute l'astuce des dirigeants de l'époque. Ils ont très vite saisi que le développement des mathématiques, ça irriguait directement l'innovation industrielle. Ah,

  19. Intervenant 1

    l'ingénierie, l'artillerie, ce genre de choses.

  20. Intervenant 2

    Voilà, les ponts et chaussées, la mécanique, tout ça en deux pans. Et c'est pour ça que la SMF est reconnue d'utilité publique très rapidement, dès 1888. L'idée, ce n'est plus juste de répondre à une crise, mais d'ancrer la science dans le développement du pays.

  21. Intervenant 1

    Et on voit bien que cet ancrage a tenu bon. Aujourd'hui, la SMF, c'est quand même plus de 1800 adhérents. Ce qui marque particulièrement, c'est cet équilibre qu'ils ont trouvé.

  22. Intervenant 2

    C'est-à-dire ?

  23. Intervenant 1

    Ben, d'un côté, ils éditent des revues de recherche d'une extrême rigueur, hyper prestigieuses, mais de l'autre, ils font un effort incroyable pour s'ouvrir au grand public. On sait bien que les mathématiques, ça peut vite paraître intimidant pour beaucoup de gens.

  24. Intervenant 2

    Ah oui, très intimidant. Mais l'institution déploie de superbes initiatives pour casser cette barrière.

  25. Intervenant 1

    Ouais, comme le fameux cycle de conférences « un texte, un mathématicien ». Et d'ailleurs, rappelons que le magazine Tangente en est l'un des partenaires. Il y a aussi des projets comme « Mathématiques étonnantes » ou encore les stages « Maths et de plus » pour les jeunes.

  26. Intervenant 2

    Exactement. Le but, ce n'est pas de jeter des équations complexes au visage du public. C'est plutôt d'expliquer comment la pensée mathématique se construit. D'encourager la curiosité, quoi.

  27. Intervenant 1

    C'est clair. Et c'est justement ce refus de rester enfermé dans une tour d'ivoire qui a donné le ton de leur 150e anniversaire organisé à l'Institut Henri Poincaré à Paris. C'était en mars 2022, c'est bien ça ?

  28. Intervenant 2

    Oui, les 16, 17 et 18 mars. Et si on relie cet événement à la vision globale de la SMF, c'est la synthèse parfaite de leur identité moderne.

  29. Intervenant 1

    Il y avait un mélange de genres assez inédit au programme, non ?

  30. Intervenant 2

    Tout à fait. Bien sûr, pour célébrer la recherche pure, il y a eu neuf exposés mathématiques très pointus. Mais ce qui marque le plus, ce sont les trois tables rondes qui étaient pour le coup totalement connectées à des enjeux de société.

  31. Intervenant 1

    Ah, sur quel thème par exemple ?

  32. Intervenant 2

    L'enseignement, l'édition scientifique et de manière plus inattendue, les droits humains.

  33. Intervenant 1

    Attends, les mathématiques et les droits humains, ça, ça m'intrigue vraiment. Quel est le rapport ?

  34. Intervenant 2

    En réalité, c'est très concret aujourd'hui. Ces discussions explorent l'impact des algorithmes, des statistiques ou des modèles prédictifs. Selon la façon dont on les conçoit et on les utilise, ils peuvent protéger nos libertés fondamentales ou au contraire renforcer des biais sociaux et des discriminations.

  35. Intervenant 1

    Ah oui, vu comme ça, l'impact sociétal est direct. Ça rend la discipline tellement plus palpable et ancrée dans le réel. Mais il y a un autre détail de ce congrès qui m'a vraiment interpellée. Un choix très créatif pour désacraliser le domaine.

  36. Intervenant 2

    Ah oui ? Quoi donc ?

  37. Intervenant 1

    Eh bien, chaque journée du congrès se prolongeait par un spectacle ou une pièce de théâtre autour des sciences. Franchement, utiliser l'art dramatique pour incarner l'abstraction mathématique, c'est fabuleux, pour montrer que la discipline est vivante, portée par des histoires humaines.

  38. Intervenant 2

    C'est une excellente façon de faire le lien, oui. Et en fin de compte, c'est l'idée maîtresse qu'il faut retenir. La SMF prouve, un siècle et demi après sa création, que la rigueur scientifique la plus stricte s'accorde naturellement avec un engagement culturel et citoyen très fort.

  39. Intervenant 1

    Ce qui nous ramène de façon assez vertigineuse à notre point de départ. Si une défaite cuisante, une crise nationale absolue en 1871 a pu jeter les bases d'une structuration scientifique qui rassemble et rayonne encore 150 ans plus tard, on peut légitimement se demander quelles crises mondiales contemporaines sont, peut-être secrètement, en train de forger les grandes institutions demain.

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.