
19 mai 2020 · 16 min
Covid-19 : enquête audio sur les maths face aux inconnues
Cet épisode suit chiffres contradictoires, courbes, tests et modèles pour saisir comment les maths peuvent éclairer une décision malgré l’incertitude.
Collections de cet épisode (5)
Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
Transcription
Afficher la transcriptionMasquer la transcription
Transcription automatique
Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Alors, je suis ravi de vous retrouver pour une nouvelle exploration en profondeur. Et aujourd'hui, on va imaginer un instant une situation un peu terrifiante.
Intervenant 2
Ah oui, le fameux scénario catastrophe.
Intervenant 1
Ouais, exactement. Imaginez un immense feu de forêt, d'accord ? Il fait rage, il menace des villes entières. Mais il y a un problème majeur, un détail qui rend le truc bain complètement cauchemardesque.
Intervenant 2
C'est que la moitié des arbres en feu sont invisibles.
Intervenant 1
Voilà, la moitié des arbres qui propagent l'incendie sont invisibles. C'est impossible de savoir où ils sont, ni à quelle vitesse ils transmettent les flammes. Eh bien, au début de l'année 2020, c'est très exactement ce cauchoir, mais d'un point de vue purement mathématique, qui a frappé les chercheurs du monde entier avec l'émergence du virus SARS-CoV-2.
Intervenant 2
Et c'est un point de départ vraiment fondamental. Parce que quand une crise de cette ampleur éclate, on est tout de suite enfin noyé sous un déluge absolu de statistiques. Ouais,
Intervenant 1
des courbes, des alertes dans tous les sens. C'était la
Intervenant 2
panique. C'est ça. Et le danger, c'est vraiment de confondre le bruit ambiant avec l'information réelle. C'est pour ça que la modélisation mathématique n'est pas juste un exercice abstrait de laboratoire. C'est vraiment la boussole. C'est l'outil qui permet de filtrer ce bruit.
Intervenant 1
Et c'est carrément la mission de notre émission d'aujourd'hui. Comprendre comment les maths ont modélisé cet ennemi invisible. Parce qu'on va vite voir que les mathématiques ne servent pas juste à compter les malades.
Intervenant 2
Non, c'est l'arme principale pour anticiper. Et sans cette grille de lecture géométrique, toute décision de santé publique, c'est ni plus ni moins qu'un lancer de dés.
Intervenant 1
Mais justement, en parlant de l'ANCD, au tout début de la crise, on a presque l'impression que le hasard marchait mieux que les modèles. J'ai vu dans nos sources que dès le 24 janvier 2020, l'équipe de Vitoria Colizza à l'ANSERM, elle essayait déjà de calculer le risque d'importation en Europe, en regardant les flux de passagers depuis la Chine. Oui,
Intervenant 2
tout à fait.
Intervenant 1
Ça paraissait super solide. Et pourtant, face à la réalité du terrain, ces premiers modèles se sont un peu cassés les dents. Qu'est-ce qui a fait dérailler ça ?
Intervenant 2
En fait, le problème ne venait pas de l'équation elle-même. Ça venait vraiment des données qu'on lui fournissait. Un modèle mathématique, c'est comme un moulin. Si on y verse du sable au lieu de grains de blé...
Intervenant 1
On n'aura pas de
Intervenant 2
farine. Exactement. Et dans les premières semaines, il y avait un angle mort gigantesque. On pensait innocemment que toute personne infectée présentait forcément des symptômes. Ah
Intervenant 1
oui, l'idée qu'un malade, ça tousse forcément quoi.
Intervenant 2
Voilà. Et il a fallu pas mal de temps pour piger qu'une énorme proportion de la population, et particulièrement les enfants, pouvaient être porteuses du virus, le transmettre...
Intervenant 1
En silence.
Intervenant 2
C'est ça. Sans jamais avoir le moindre petit pic de fièvre.
Intervenant 1
Les fameux porteurs sains. Donc, les arbres invisibles de notre forêt.
Intervenant 2
Tout juste. Si la base de calcul, donc le nombre réel de personnes infectées, est invisible, votre prédiction finale sera exponentiellement fausse. Les mathématiciens ont dû ajuster le tir en direct pour traquer ces espèces de nœuds de transmission fantômes. Et pour ça, ils se sont mis à scruter la forme même des épidémies, ce qu'on appelle la lecture géométrique, la courbe épidémique.
Intervenant 1
Et c'est là que ça devient vraiment intéressant. Parce que souvent, au JT de 20 heures, on voit une courbe. Bon, elle monte, on se dit aïe, c'est grave. Elle descend, on se dit ouf, ça va mieux. Mais la géométrie de cette courbe, elle raconte une histoire bien plus dingue, en fait. C'est littéralement l'empreinte digitale ou l'ADN de la stratégie du virus.
Intervenant 2
C'est une excellente analogie. En fait, la géométrie trahit complètement le mécanisme. Prenons, je ne sais pas, une intoxication alimentaire lors d'un mariage.
Intervenant 1
D'accord, un truc très localisé.
Intervenant 2
Voilà. Si on trace la courbe des malades sur un graphique, on va observer un petit clic très soudain, très pointu, suivi d'une chute immédiate. Ça, mathématiquement, ça décrit une source ponctuelle.
Intervenant 1
Ben oui, tout le monde a mangé le même plat de fruits de mer pas frais au même moment, et puis c'est fini.
Intervenant 2
Exactement. Mais avec le Covid-19, ce qu'on a vu, ce sont des vagues successives. Et cette géométrie-là, en forme de montagne russe, c'est la signature mathématique indiscutable d'une transmission interhumaine.
Intervenant 1
D'accord. Et il y a aussi un autre mot qui m'a marqué, c'est la forme en plateau. Je me souviens très bien du directeur de la Santé, Jérôme Salomon, en avril 2020. Il parlait d'un très haut plateau en France. Intuitivement, on se dit « super, la courbe ne monte plus, on a gagné la partie ».
Intervenant 2
Mathématiquement, un plateau, c'est tout sauf une victoire.
Intervenant 1
Ah
Intervenant 2
oui ? Ah oui, loin de là. Un plateau parfaitement horizontal, ça signifie que le fameux taux de reproduction, le R, est exactement égal à 1.
Intervenant 1
Ok, ça veut dire quoi concrètement ?
Intervenant 2
Ça veut dire qu'une personne infectée va transmettre le virus à exactement une autre personne, juste avant de guérir ou de malheureusement décéder. Donc le bassin de contamination, il ne se vide pas du tout. Il reste en équilibre parfait.
Intervenant 1
C'est une source persistante, en fait.
La suite de la transcription est réservée aux abonnés.
S’abonnerÀ écouter ensuite
Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.

9 oct. 2025 · 15 min

18 août 2025 · 25 min

11 juin 2025 · 19 min

22 août 2024 · 14 min

14 févr. 2022 · 21 min

22 févr. 2016 · 23 min