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11 janv. 2016 · 7 min

Triche sportive : quand les probabilités éveillent le soupçon

Cet épisode suit les indices probabilistes, du cyclisme au bridge, puis l’étude des parties qui a prouvé des communications illicites entre partenaires.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans cette nouvelle plongée au cœur de nos sources, aujourd'hui en partenariat avec le magazine Tangente. On a souvent tendance à imaginer le sport uniquement sous le prisme de la sueur, de l'instinct.

  2. Intervenant 2

    Ouais, le côté pur et fort quoi.

  3. Intervenant 1

    Voilà. Mais on va voir que les mathématiques ne servent pas du tout qu'à compter les points. Elles déchiffrent littéralement l'ADN de la compétition.

  4. Intervenant 2

    C'est clair. Et enfin, le cas du bridge est redoutable pour illustrer ça. Récemment, le monde de ce sport de l'esprit, il a été complètement secoué.

  5. Intervenant 1

    Ouais, par cette histoire de triche, c'est ça ?

  6. Intervenant 2

    Exactement. Les numéros 1 et 2 mondiaux, donc les Italiens Fantoni et Nunez, et aussi les Israéliens Fischer et Schwartz, ils ont été confondus. Et ça, juste par des pures analyses de données.

  7. Intervenant 1

    C'est quand même fou de se dire que la supercherie n'a pas été détectée par un arbitre physique, mais par des statistiques. J'ai vu dans les notes qu'on parlait de l'optimisation de l'espérance de gain. Mais comment ça marche concrètement au bridge ?

  8. Intervenant 2

    Le bridge, c'est ce qu'on appelle un jeu à information incomplète. Tu ne vois pas les cartes de tes adversaires.

  9. Intervenant 1

    Logique.

  10. Intervenant 2

    Donc, l'espérance de gain, c'est le calcul mathématique qui te dicte la décision la plus rentable sur le long terme. Et un champion du monde, il va logiquement toujours choisir l'action qui maximise cette espérance.

  11. Intervenant 1

    D'accord.

  12. Intervenant 2

    Parce que c'est vraiment la seule stratégie viable.

  13. Intervenant 1

    Bon, attends, décortiquons ça. C'est un peu comme si un joueur misait toujours sur les pires chevaux, mais gagnait le jackpot à chaque fois. Mathématiquement, ça sonne faux. C'est comme au poker. Si un joueur se couche avec une paire d'As en main avant même que les autres cartes soient dévoilées.

  14. Intervenant 2

    C'est exactement ça.

  15. Intervenant 1

    C'est une décision complètement catastrophique. À moins d'avoir des lunettes à rayon X et de savoir ce qui va sortir.

  16. Intervenant 2

    Voilà ! Le cœur de l'anomérie est là. Ces champions prenaient soudainement des décisions sous-optimales. Des choix qui allaient contre toutes les lois de probabilité du bridge, mais qui, par miracle, s'avéraient victorieux.

  17. Intervenant 1

    Parce que ça répondait exactement à la vraie répartition des cartes.

  18. Intervenant 2

    C'est ça. Quand un tel miracle statistique se répète trop souvent, l'équation prouve qu'il y a une asymétrie d'informations. En clair, ils savaient quelque chose qu'ils ne devaient pas savoir.

  19. Intervenant 1

    Ce qui a poussé les instances à scruter les vidéos à la loupe. Et c'est là qu'ils ont découvert ce fameux code binaire.

  20. Intervenant 2

    Ouais, avec la toux.

  21. Intervenant 1

    C'est ça. Ils utilisaient des quintes de toux très spécifiques ou l'orientation des cartes sur la table pour se parler. Les maths ont vraiment levé l'ièvre en fait.

  22. Intervenant 2

    Ah oui, complètement.

  23. Intervenant 1

    D'ailleurs, cette logique des anomalies, des anomalies probabilistes, ça avait déjà servi contre Lance Ramstrang en cyclisme, bien avant ses

  24. Intervenant 2

    aveux.

  25. Intervenant 1

    Mais du coup, ça m'amène à une autre réflexion. Si les mathématiques modélisent en tricheurs, elles modélisent aussi un joueur honnête. Dans le hors-série numéro 19 de Tangente, il parle de la théorie des jeux appliquée au tennis. Est-ce que ça veut dire qu'un joueur calcule ses coups comme un ordinateur en plein match ?

  26. Intervenant 2

    Pas consciemment sur le court, évidemment. Mais la théorie des jeux, elle explique comment minimiser sa propre prévisibilité.

  27. Intervenant 1

    D'accord, pour ne pas être lue par l'adversaire ?

  28. Intervenant 2

    Exactement. Au tennis, si tu serres toujours sur le point faible de ton adversaire, il va finir par s'y attendre. Ouais,

  29. Intervenant 1

    il va anticiper le coup.

  30. Intervenant 2

    Donc, mathématiquement, pour maximiser tes chances de gagner le match, tu dois intégrer un pourcentage très précis de service sur son point fort. Juste pour maintenir l'effet de surprise, c'est l'équilibre de Nash.

  31. Intervenant 1

    C'est fascinant de voir que l'intuition tactique a une vraie traduction mathématique. Et ce qui m'a surpris aussi dans ce hors-série, c'est quand les maths pointent les absurdités de nos règles sportives.

  32. Intervenant 2

    Ah oui !

  33. Intervenant 1

    Des trucs qu'on accepte tous par habitude, genre le système de victoire à trois points dans les championnats de foot.

  34. Intervenant 2

    Oui.

  35. Intervenant 1

    En quoi c'est une absurdité mathématique, ça ?

  36. Intervenant 2

    Parce que ce système, il brise la logique des jeux à son instant. Dans un système classique, disons deux points la victoire, un point le nul, chaque match distribue exactement deux points au total, quoi qu'il arrive.

  37. Intervenant 1

    D'accord, le capital en jeu est fixe.

  38. Intervenant 2

    Voilà. Mais avec la victoire à trois points, un match nul distribue deux points, un à chaque équipe, mais un match avec un vainqueur en distribue trois.

  39. Intervenant 1

    Ah oui, le système crée littéralement un point supplémentaire sorti de nulle part.

  40. Intervenant 2

    C'est ça. Mathématiquement, ça fausse l'équité globale. La valeur de la rencontre change selon son issue.

  41. Intervenant 1

    C'est dingue quand on y pense. Et il y a aussi ce fameux problème de la transitivité dans les classements. L'idée reçue, c'est de se dire si le joueur A bat le joueur B et que le joueur B bat le joueur C…

  42. Intervenant 2

    Alors A écrase C. Voilà. Sauf que le sport, ce n'est pas une ligne droite. C'est là que les classements peinent un peu. Le joueur A peut avoir un coup droit à lifter énorme qui détruit B. Mais le joueur C a peut-être un revers à plat spécifique qui neutralise parfaitement

  43. Intervenant 1

    A. C'est comme un bon jeu de pierre-papier-ciseaux.

  44. Intervenant 2

    Exactement. Les rapports de force, ils forment des boucles.

  45. Intervenant 1

    Mais en t'écoutant, j'ai quand même une petite crainte. Si tout se résume à la géométrie des raquettes, à la théorie des jeux, est-ce qu'on ne réduit pas la magie de l'exploit physique à une simple équation ? On a l'impression que l'algo remplace l'humain.

  46. Intervenant 2

    Alors, ce qui est fascinant ici, c'est que l'équation ne le remplace pas. Elle cartographie ses frontières.

  47. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  48. Intervenant 2

    Ce que Tangente démontre, surtout en lien la limite mathématique à la biomécanique, c'est que les maths définissent jusqu'où le corps humain peut aller. Elles montrent la limite absolue. Et ça, ça rend le dépassement physique encore plus saisissant.

  49. Intervenant 1

    Ah, je vois. C'est vrai que de voir les maths comme un outil pour décoder notre monde, c'est super pertinent. Et on le voit en dehors des stades en ce moment.

  50. Intervenant 2

    Complètement.

  51. Intervenant 1

    Il y a la semaine des maths, organisée par l'Éducation nationale, avec comme thème maths et sport.

  52. Intervenant 2

    Et alors, la date de lancement, c'est génial, le 14 mars.

  53. Intervenant 1

    Le Pi

  54. Intervenant 2

    Day.

  55. Intervenant 1

    Le 3-14 en date américaine.

  56. Intervenant 2

    Oui, c'est brillant.

  57. Intervenant 1

    Et ce qui est chouette, c'est de voir ces concepts s'animer. On a le concours Kangourou, bien sûr, mais aussi la journée Sophie Germain à Paris le 18 mars.

  58. Intervenant 2

    Et même du théâtre.

  59. Intervenant 1

    Oui, j'ai vu ça. La compagnie Lille Logique à Grenoble qui joue la pièce l'Affaire 3-14. C'est l'occasion de voir ces concepts sortir des manuels pour s'animer sur scène.

  60. Intervenant 2

    Ça prouve bien que les maths ont toute leur place dans la culture. C'est pas juste pour une élite.

  61. Intervenant 1

    C'est clair. Mais du coup, après tout ça, de la traque des tricheurs aux trajectoires parfaites, j'en arrive à me poser une vraie question.

  62. Intervenant 2

    Vas-y.

  63. Intervenant 1

    Si les mathématiques peuvent calculer la stratégie parfaite avec une précision implacable, est-ce que le sport du futur risque de se transformer en un simple affrontement d'algorithmes ? Un monde où l'intuition humaine n'aura tout simplement plus sa place. On vous laisse y réfléchir.

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