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29 juin 2018 · 23 min

Transition énergétique : pourquoi dépasser l’électricité ?

Dans cet épisode audio, suivez un tour d’horizon chiffré : électricité, habitat, transports, industrie et ressources entrent dans la même équation.

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  1. Intervenant 1

    Bonjour et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on vous propose d'examiner un sujet qui fait la une de tous les journaux, mais on va le faire sous un angle radicalement différent.

  2. Intervenant 2

    Oui, on va essayer de sortir un peu des sentiers battus.

  3. Intervenant 1

    C'est ça. Imaginez un instant recouvrir 25 000 hectares de notre territoire avec 250 millions de panneaux solaires, une mer de verre et de silicium à perte de vue. Et tout ça, non pas pour sauver la planète, mais peut-être, selon les chiffres en tout cas, pour aggraver notre bilan carbone. C'est une

  4. Intervenant 2

    image assez vertigineuse quand on y pense.

  5. Intervenant 1

    Oui, totalement. L'article sur lequel nous nous penchons aujourd'hui s'intitule « Les défis de la transition énergétique ». Et notre mission pour cette exploration, c'est de laisser de côté les postures politiques. On veut examiner cette transition uniquement à travers la lentille implacable des mathématiques, de la physique et de l'économie.

  6. Intervenant 2

    Et je dirais que c'est une grille de lecture absolument indispensable si on veut vraiment sortir des illusions. Prenons juste un peu de recul temporel pour commencer. Allez-y. Fondamentalement, l'histoire de la démographie humaine, c'est une fonction mathématique dont la variable principale est la disponibilité énergétique. Avant que l'humain ne maîtrise le feu, la population mondiale plafonnait péniblement à enviément un million d'individus.

  7. Intervenant 1

    Un million seulement, ouais.

  8. Intervenant 2

    Voilà. Et puis, on commence à maîtriser la photosynthèse via l'agriculture, donc la courbe saxilaire. Ensuite, on découvre la densité énergétique du charbon et la machine à vapeur. Et là, on franchit le premier milliard.

  9. Intervenant 1

    C'est l'explosion quoi.

  10. Intervenant 2

    Exactement. Et les 7, bientôt 8 milliards d'humains d'aujourd'hui, c'est l'équation directement résolue par le pétrole, le gaz et le nucléaire. À chaque rupture historique, on a ajouté une énergie toujours plus dense et plus abondante au système.

  11. Intervenant 1

    Sauf que là, pour le coup, la donne change complètement. C'est ce qui rend notre époque un peu vertigineuse. Pendant des siècles, c'est comme si l'humanité avait eu table ouverte à un buffet à volonté, avec une énergie gratuite ou presque, qu'il suffisait de ramasser.

  12. Intervenant 2

    C'est une très bonne image, le buffet à volonté.

  13. Intervenant 1

    Et soudainement, cette transition énergétique nous impose un régime drastique. C'est-à-dire que chaque joule, chaque gramme de minerai doit désormais être comptabilisé, pesé. Le modèle d'abondance se referme en fait.

  14. Intervenant 2

    Voilà, c'est le nœud du problème. L'énergie devient mathématiquement contrainte et chère. Et quand on essaye de modéliser cette nouvelle contrainte, les premiers résultats mettent en lumière un décalage fascinant entre le bruit médiatique et la réalité de la

  15. Intervenant 1

    physique. Le cas d'école le plus frappant, c'est notre rapport à l'électricité.

  16. Intervenant 2

    Ah oui, le fameux paradoxe électrique. C'est vrai que si on allume la radio, on a l'impression que la lutte pour le climat, ça se résume à brancher des éoliennes ou des panneaux solaires.

  17. Intervenant 1

    Tout à fait. Mais les données de notre dossier mettent en avant un chiffre qui force un peu l'humilité. En France, la production d'électricité, ça ne représente que 6% de nos émissions de gaz à effet de serre.

  18. Intervenant 2

    C'est fou, hein ?

  19. Intervenant 1

    À peine

  20. Intervenant 2

    6%. C'est toute l'ironie de la situation française, en fait. Notre modèle de production est déjà massivement décarboné par rapport à nos voisins. Les chiffres de l'article rappellent qu'en 2016, à peine 17% de notre production électrique générait du CO2. Si vous traversez la frontière pour aller en Allemagne à la même période, c'était 55%. Ah oui,

  21. Intervenant 1

    la différence est colossale.

  22. Intervenant 2

    La raison, elle est purement historique et technologique. On est en mix électrique assis à 72% sur le nucléaire et 17% sur l'hydraulique et les renouvelables. Et pourtant, le débat public de ces dernières années s'est focalisé sur un objectif politique qui est de réduire la part de ce nucléaire à 50%.

  23. Intervenant 1

    Et c'est là qu'il faut vraiment regarder les chiffres de près. Parce que si on ampute le nucléaire pour tomber à 50%, il faut mathématiquement trouver le moyen de générer les 125 TWh qu'on vient de retirer de l'équation.

  24. Intervenant 2

    Exactement.

  25. Intervenant 1

    J'ai repris le calcul détaillé dans nos sources. Pour compenser ça uniquement avec de l'éolien, il faut passer de 11,2 à 35 gigawatts de puissance. Concrètement, c'est implanter environ 21 000 éoliennes. Ce qui est énorme. Pour le solaire, c'est le chiffre que j'ai cité en introduction. Multiplier les surfaces par 4 pour atteindre 250 millions de panneaux.

  26. Intervenant 2

    Mais il y a un piège.

  27. Intervenant 1

    Voilà. La puissance installée, en gigawatts, ce n'est pas la production réelle.

  28. Intervenant 2

    Non, c'est le piège qu'on appelle le facteur de charge. C'est une notion de physique élémentaire, mais qui change tous les ordres de grandeur. 1 gigawatt de puissance nucléaire ne vaut absolument pas 1 gigawatt de puissance éolienne ou solaire.

  29. Intervenant 1

    Parce que le vent ne souffle pas tout le temps.

  30. Intervenant 2

    C'est ça. En France, une éolienne tourne à pleine puissance l'équivalent de seulement 25% de l'année. Alors qu'un réacteur nucléaire, on est plutôt autour de 75 ou 80%. Donc,

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