
29 juin 2018 · 5 min
Train ou voiture : quand les tarifs SNCF inversent le choix
Dans cet épisode audio, suivez deux comparaisons de trajets et découvrez quand les prix cités rendent la voiture moins chère que le train.
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Intervenant 1
Bonjour et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est toujours un vrai plaisir d'ouvrir un nouveau dossier avec notre public aujourd'hui.
Intervenant 2
Bonjour à tous. Oui, on a un sujet assez fascinant qui va vraiment parler à beaucoup de monde.
Intervenant 1
Absolument. Aujourd'hui, on va décortiquer un article hyper intéressant qui s'intitule « Comment les tarifs de la SNCF polluent la France ». Tout un
Intervenant 2
programme.
Intervenant 1
Ouais, c'est clair. Et notre mission, ça va être de poser l'équation, de comparer le coût d'un trajet en voiture face au train pour comprendre comment ce modèle tarifaire influence les choix écologiques des voyageurs.
Intervenant 2
Parce que sur le papier, on a l'urgence climatique d'un côté, et la logique voudrait que le train soit l'option la plus évidente.
Intervenant 1
Bah oui. Sauf que l'article démontre par A plus B que c'est souvent moins cher de prendre la route, même en voyageant complètement seul.
Intervenant 2
C'est tout le paradoxe de cette analyse. L'équation financière finit par pénaliser l'option la plus vertueuse.
Intervenant 1
Alors posons les chiffres pour bien comprendre le problème. On sait que diviser les frais de route à 4 dans une voiture, ça rend la route financièrement imbattable.
Intervenant 2
Bien sûr.
Intervenant 1
Mais pour un voyageur solo, le calcul devrait s'inverser en faveur du train. Enfin, en théorie.
Intervenant 2
En théorie, oui. Mais il faut prendre en compte un fameux biais psychologique.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Eh bien, la voiture est souvent perçue comme un coût fixe d'infrastructures personnelles, une dépense déjà amortie. Le cerveau oublie l'achat initial et l'assurance pour ne retenir que le péage et l'essence du week-end.
Intervenant 1
Ah oui, c'est vrai qu'on compte rarement l'usure des pneus quand on part en
Intervenant 2
week-end. Exactement. Ce biais fausse un peu les comparaisons. Mais l'auteur de l'article va plus loin. Il montre que même en se limitant à ses frais immédiats, la route reste compétitive.
Intervenant 1
Attends, vraiment ? Même en voyageant seul ?
Intervenant 2
Ouais. Prenons les chiffres de la source pour un trajet Paris-Cannes. Le tarif de base d'un aller simple en train oscille entre 24 et 60 euros.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Et en face, la voiture, ça coûte environ 44 euros d'essence pour un aller-retour complet, auquel on doit rajouter 48 euros de péage.
Intervenant 1
Donc ça nous fait un total de 92 euros de frais directs en voiture pour l'aller-retour. Et si notre voyageur solo manque de chance et paie son billet de train au prix fort de 60 euros l'aller ?
Intervenant 2
Eh ben, la facture monte à 120 euros pour l'aller-retour.
Intervenant 1
C'est fou. L'incitation financière à laisser sa voiture au garage disparaît totalement.
Intervenant 2
Totalement. Et on pourrait se dire que c'est propre aux petites lignes. Mais la mécanique est exactement la même sur des lignes à grande vitesse. L'expert modélise ça avec le trajet Paris-Grenoble.
Intervenant 1
Donc là, on est sur du TGV.
Intervenant 2
Voilà. En voiture, le coût s'établit à environ 86 euros. C'est à peu près 48 euros d'essence et 48 euros de péage.
Intervenant 1
Et le TGV se positionne comment ?
Intervenant 2
Le billet se situe entre 85 et 120 euros. Et la facture s'alourdit encore si on a besoin d'un billet modifiable.
Intervenant 1
Mais c'est quand même dingue ! Autant sur une ligne régionale, l'amortissement est complexe. Mais sur un TGV, le coût d'un kilomètre fourroviaire, ce n'est pas censé être une constante mathématique. Pourquoi une telle variabilité ?
Intervenant 2
L'explication, c'est la logique de fréquentation, ce qu'on appelle le yield management.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Les tarifs lors des fortes demandes pour compenser les pertes des trains qui roulent à moitié vide à d'autres moments.
Intervenant 1
C'est une optimisation redoutable pour une entreprise privée. Mais là, on rappelle que l'État est l'actionnaire principal. C'est ça qui pose question, non ?
Intervenant 2
Oui. D'ailleurs, l'auteur de l'article est très critique là-dessus. Il n'hésite pas à parler d'abus tarifaires.
Intervenant 1
Ah,
Intervenant 2
carrément. Oui. Son argument, c'est que le coût de revient réel d'un kilomètre passager ne justifie pas de tel prix. Et il ajoute que les investissements récents ne sont pas jugés assez colossaux pour répercuter ça sur les usagèles.
Intervenant 1
Et donc il en déduit quoi ?
Intervenant 2
Pour lui, la notion historique de service public a purement et simplement disparu.
Intervenant 1
Bien sûr, on précise pour nos auditeurs qu'on rapporte impartiellement ces critiques sans prendre parti. Mais c'est vrai que le constat est rude. Le modèle actuel pousse souvent les voyageurs vers la voiture, au détriment de l'environnement.
Intervenant 2
C'est ça. On cherche à maximiser le revenu par siège plutôt que d'optimiser le remplissage citoyen.
Intervenant 1
Et payer plus cher pour polluer moins, ça ressemble presque à une taxe. Du coup, ça m'amène à une pensée assez provocatrice pour conclure ce dossier.
Intervenant 2
Vas-y.
Intervenant 1
Si les algorithmes de tarification actuels sont si performants pour maximiser les revenus d'un train, à quoi ressemblerait l'équation mathématique d'un algorithme conçu uniquement pour maximiser la réduction des émissions carbone ? Ah ça, c'est
Intervenant 2
un tout autre modèle mathématique.
Intervenant 1
De quoi nourrir de belles réflexions, bien au-delà des chiffres d'aujourd'hui. Merci beaucoup de nous avoir éclairés sur ces équations et à très vite pour un prochain numéro.
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