tangenteAudio

11 avr. 2019 · 5 min

Surface ou aire : quelle différence en mathématiques ?

Dans cet épisode audio, partez d’images concrètes, puis distinguez la surface sans épaisseur de l’aire qui en mesure la taille.

Collections de cet épisode (1)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on fait une petite plongée au cœur d'une confusion très courante, vraiment très courante au quotidien.

  2. Intervenant 2

    Bonjour Sam. Oui, une confusion entre deux mots qu'on utilise tous les jours sans trop y penser, à savoir la surface et l'air.

  3. Intervenant 1

    Exactement. Et c'est fascinant parce que ça touche à la géométrie la plus basique. Imaginez la peau d'une pomme, par exemple.

  4. Intervenant 2

    C'est une très bonne image pour commencer ça.

  5. Intervenant 1

    Voilà. Donc on gratte mentalement toute la chair pour ne garder qu'une fine pellicule transparente, absolument dépourvue d'épaisseur. Ce qu'on obtient là, c'est une surface. Mais attention, si on cherche à mesurer sa taille, on utilise souvent le mauvais mot.

  6. Intervenant 2

    C'est vrai que c'est l'erreur classique par excellence. En géométrie pure, la surface, c'est l'objet lui-même. C'est une partie de l'espace qui n'a aucune épaisseur.

  7. Intervenant 1

    Donc c'est vraiment la chose physique ou abstraite, comme ma peau de pomme ou, je ne sais pas, une feuille de papier, même si elle est complètement froissée.

  8. Intervenant 2

    Tout à fait. Qu'elle soit parfaitement lisse ou tordue dans tous les sens, ça reste l'objet, donc la surface.

  9. Intervenant 1

    D'accord. Mais du coup, si la surface, c'est juste l'objet géométrique, comment on est censé appeler sa taille ? Je veux dire, quand une agence immobilière vend un appartement de 60 mètres carrés de surface, c'est techniquement faux.

  10. Intervenant 2

    C'est même un non-sens absolu en mathématiques.

  11. Intervenant 1

    Ah oui, carrément ?

  12. Intervenant 2

    Oui, on confond la chose et son unité de mesure. L'appartement possède bien une surface, le plancher physique, mais les 60 mètres carrés, ça c'est son air.

  13. Intervenant 1

    Son air, d'accord.

  14. Intervenant 2

    Voilà. L'air, c'est la grandeur physique. C'est la valeur numérique qu'on attribue à cette fameuse surface pour pouvoir la quantifier.

  15. Intervenant 1

    Donc pour résumer, l'objet géométrique d'un côté, c'est la surface, et l'étiquette avec le chiffre dessus, en mètres carrés, c'est l'air.

  16. Intervenant 2

    Exactement. Et faire cette distinction, utiliser les bons mots, c'est pas juste du pinaillage de mathématiciens. C'est vraiment crucial pour structurer une pensée rigoureuse.

  17. Intervenant 1

    J'imagine, oui. Parce que quand on essaie de calculer cette fameuse R, ça peut vite devenir un vrai cauchemar analytique, non ?

  18. Intervenant 2

    Un cauchemar, c'est le mot. Enfin, en deux dimensions, sur un plan plat, ça reste relativement gérable grâce aux intégrales.

  19. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  20. Intervenant 2

    Imaginez une flaque d'eau sur le sol. Pour trouver son air, on trace mentalement un quadrillage microscopique, un peu comme des pixels sur un écran.

  21. Intervenant 1

    Ah oui, je vois. Des tout petits carrés.

  22. Intervenant 2

    C'est ça. On compte ces petits carrés identiques, on les réduit à l'infini et on obtient la valeur exacte de l'aile de la flaque.

  23. Intervenant 1

    Plutôt facile. Mais nos sources expliquent que si on passe en trois dimensions, dans l'espace ordinaire, ça se corse violemment. Et ça, ça me surprend un peu en fait. Ah bon ? Bah oui parce que, intuitivement, on visualise très bien l'espace que prend la peau extérieure d'une sphère ou d'un ballon par exemple.

  24. Intervenant 2

    C'est vrai, notre intuition visuelle est très bonne pour des formes parfaites et lisses. Mais essayer d'appliquer cette méthode des petits pixels à une surface complexe et courbée en 3D, et ça ne marche plus du tout.

  25. Intervenant 1

    Mais pourquoi ? On ne peut plus juste, je ne sais pas, tapisser la courbe avec des petites tuiles toutes plates, un peu comme une boule à facettes ?

  26. Intervenant 2

    C'est justement là le grand piège. Si vous prenez une forme courbée comme un cylindre, et que vous essayez de le reconstruire avec une infinité de minuscules triangles plans, eh bien il se passe un truc fou.

  27. Intervenant 1

    Ah bon ? Quoi donc ?

  28. Intervenant 2

    Selon la façon dont vous agencez ou inclinez ces petits triangles, la somme de leurs aires peut s'envoler vers l'infini.

  29. Intervenant 1

    Vers l'infini ? Mais c'est absurde ! Le cylindre a une taille physique bien définie, il est fini !

  30. Intervenant 2

    C'est ce qu'on appelle le paradoxe de Schwartz. Vu qu'on est en 3D, la surface peut se plier dans une dimension supplémentaire. En rapetissant vos petits triangles plats, vous créez une sorte d'accordéon géométrique microscopique.

  31. Intervenant 1

    Ah, c'est dringue ça !

  32. Intervenant 2

    Oui, de cette façon, l'air calculé devient gigantesque et, au final, totalement fausse.

  33. Intervenant 1

    C'est un peu comme si on essayait de mesurer l'air d'une vraie montagne en la tapissant de feuilles de papier rigides. Si on commence à les plier, à les chevaucher dans tous les sens pour coller au moindre petit caillou, la surface de papier utilisée sera immense et ça ne représentera plus du tout la montagne.

  34. Intervenant 2

    C'est une excellente analogie. En 2D, découper une figure en tranches plates ne présente pas ce danger. Mais dans l'espace, la courbure exige des définitions et des intégrales beaucoup plus sophistiquées pour éviter ces aberrations géométriques.

  35. Intervenant 1

    La géométrie nous laisse donc faire de petites approximations sur un dessin à plat, mais elle devient intraitable en volume. D'où l'importance vitale des mots, en fait. La surface, c'est notre montagne et l'air, c'est la construction mathématique fragile qui tente de l'évaluer.

  36. Intervenant 2

    Exactement. Bien distinguer l'entité de sa mesure permet d'avoir une lecture du monde physique beaucoup plus fine. Le territoire n'est définitivement pas la carte, comme on

  37. Intervenant 1

    dit. C'est fascinant. Et ça ouvre la porte à un vertige encore plus grand, je trouve. Si notre cerveau arrive à visualiser l'air d'un cube sans problème, mais que les mathématiques patinent pour définir celle d'une surface courbée dans notre monde en trois dimensions, eh bien on se demande comment ils font pour la suite.

  38. Intervenant 2

    C'est-à-dire pour les dimensions supérieures ?

  39. Intervenant 1

    Absolument. Comment les géomètres arrivent-ils à concevoir et à calculer l'aire d'objet dans des espaces à 4, 5 ou même 10 dimensions, là où absolument toute représentation visuelle a disparu ? C'est une énigme assez merveilleuse à garder en tête la prochaine fois qu'on épluche un simple fruit. Merci de nous avoir suivis pour cette exploration.

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.