tangenteAudio

25 mars 2019 · 23 min

Statistiques : quand un taux en baisse cache une hausse

Dans cet épisode audio, suivez le calcul : malgré un taux en baisse, les dépassements dangereux passent de 19 à 24, avant d’examiner la précision des données.

Premium
Collections de cet épisode (1)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bienvenue à l'écoute du podcast du magazine Tangente. Pour commencer, aujourd'hui, il faut imaginer juste une seconde la situation suivante.

  2. Intervenant 2

    Ouais, une petite expérience de pensée en fait.

  3. Intervenant 1

    C'est ça. Disons que le nombre total de cambriolages dans une commune explose d'une année sur l'autre.

  4. Intervenant 2

    D'accord, donc la criminalité grimpe en flèche.

  5. Intervenant 1

    Exactement, ça grimpe en flèche. Mais le maire de cette commune annonce très fièrement à la télévision que la ville est devenue beaucoup plus sûre.

  6. Intervenant 2

    C'est complètement contre-intuitif ça.

  7. Intervenant 1

    Totalement. Et le pire dans tout ça ? Il s'appuie sur des mathématiques 100% exactes, validées par des experts pour prouver ses dires.

  8. Intervenant 2

    C'est la magie des statistiques ça.

  9. Intervenant 1

    Voilà. Comment un tel tour de magie est-il possible ? C'est ce qu'on va voir. Aujourd'hui, le programme propose une plongée au cœur de la manipulation des données statistiques en s'appuyant sur un article vraiment fascinant qui s'intitule « De l'art de faire parler les chiffres ». Un très bon article d'ailleurs. Absolument. Et l'objectif de cette exploration, c'est de décortiquer une réalité un peu troublante. On vit dans une société qui est complètement submergée par les données.

  10. Intervenant 2

    On en a partout.

  11. Intervenant 1

    Et on a tendance à croire qu'un chiffre factuellement correct, ça ne peut pas mentir. Or, on va découvrir que la façon dont on présente ces chiffres peut totalement inverser la perception de la

  12. Intervenant 2

    réalité. Et c'est le grand paradoxe de l'information à l'ère numérique. Le chiffre a acquis une sorte d'aura sacrée.

  13. Intervenant 1

    C'est vrai, ça fait tout de suite sérieux.

  14. Intervenant 2

    C'est ça. On le perçoit comme une donnée froide, clinique, totalement débarrassée des émotions humaines.

  15. Intervenant 1

    Comme si c'était la vérité absolue.

  16. Intervenant 2

    Sauf que derrière chaque pourcentage, derrière chaque graphique, il y a des choix éditoriaux. Et cette analyse va permettre d'armer l'auditoire intellectuellement contre ces illusions.

  17. Intervenant 1

    Et rassurez-vous, pas besoin d'être un génie des maths pour ça.

  18. Intervenant 2

    Ah non, pas du tout. Pas besoin d'un doctorat en mathématiques. Il suffit de mobiliser un peu de bon sens, d'appliquer du calcul vraiment élémentaire et de comprendre un concept fondamental que les scientifiques appellent la théorie des erreurs.

  19. Intervenant 1

    Exactement. Et pour rendre tout cela très concret, on ne va pas faire de la théorie abstraite pendant des heures.

  20. Intervenant 2

    Non, ça serait barbant.

  21. Intervenant 1

    On va plutôt plonger directement dans un cas d'école spectaculaire tiré de la presse quotidienne. Retournons quelques années en arrière, précisément le 15 janvier 2019. D'accord, je

  22. Intervenant 2

    situe l'époque.

  23. Intervenant 1

    Ce jour-là, le journal gratuit belge Métro sort en kiosque avec un titre affiché en une en énorme caractère gras, je cite « le réseau ferroviaire plus sûr ».

  24. Intervenant 2

    Ah oui, un titre bien accrocheur.

  25. Intervenant 1

    Quand on tombe là-dessus le matin, juste avant de prendre son train pour aller bosser, le message percute immédiatement. C'est affirmatif, c'est rassurant, on se sent en

  26. Intervenant 2

    sécurité. Il faut d'ailleurs prendre le temps de replacer ce titre spécifique dans le climat psychologique de l'époque, parce que ça éclaire totalement la mécanique de l'article.

  27. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  28. Intervenant 2

    Le contexte était particulier. Très particulier, oui. En ce mois de janvier 2019, la population belge traverse une période de ravivage d'un traumatisme national assez lourd.

  29. Intervenant 1

    Ah, tu parles du procès, c'est ça ?

  30. Intervenant 2

    Voilà. Le procès de la catastrophe ferroviaire de Biesingen vient tout juste de s'ouvrir.

  31. Intervenant 1

    Une vraie tragédie, cette histoire.

  32. Intervenant 2

    C'est un événement qui s'est produit 9 ans plus tôt, le 15 février 2010. Et ça avait profondément marqué le pays, avec un bilan tragique de 19 morts et plus de 150 blessés.

  33. Intervenant 1

    C'est énorme. Et le procès ramène inévitablement toutes ces images à la surface. La presse de ces semaines-là est remplie de comptes rendus

  34. Intervenant 2

    d'audience. De témoignages poignants aussi.

  35. Intervenant 1

    Et de détails techniques parfois assez angoissants sur les défaillances de sécurité. Du coup, l'atmosphère générale dans les gares devait être particulièrement lourde pour les usagers.

  36. Intervenant 2

    Le climat était indéniablement anxiogène. Dans ce contexte, l'opinion publique est en attente, même inconsciente, de signaux positifs.

  37. Intervenant 1

    On a besoin d'être rassuré, c'est humain.

  38. Intervenant 2

    C'est ça. Donc, ce gros titre rassurant annonçant une sécurité renforcée répondait à un besoin psychologique et médiatique assez évident de contrebalancer l'angoisse ambiante.

  39. Intervenant 1

    L'intention de rassurer est compréhensible, c'est clair. Mais regardons de plus près l'avalanche de données fournies dans le petit article qui vient soutenir ce grand titre.

  40. Intervenant 2

    Oui, parce que c'est là que le bad bless.

  41. Intervenant 1

    L'article s'appuie sur les statistiques officielles d'Infrabel, le gestionnaire de l'infrastructure ferroviaire belge. Les chiffres annoncent que, sur environ 1,3 million de trains ayant circulé, le nombre de dépassements de signes rouges est passé de 55 infractions en 2017 à 87 infractions en 2018. Attends, de 55 à 87 ? Attendez une seconde, ouais. L'incohérence saute aux yeux là. On passe de 55 à 87 feux rouges brûlés. C'est une augmentation massive des infractions graves.

  42. Intervenant 2

    D'un point de vue purement opérationnel, c'est une dégradation sévère de la sécurité absolue. Le nombre d'incidents à haut risque a littéralement bondi.

  43. Intervenant 1

    Bon, décortiquons un peu tout ça, parce qu'il faut bien que le journal justifie son titre optimiste.

La suite de la transcription est réservée aux abonnés.

S’abonner

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.