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24 août 2020 · 22 min

Télescope : l’arbre de recherche qui apprend de ses échecs

Suivez, étape par étape, la recherche du meilleur planning : l’algorithme anticipe les impasses, apprend de ses échecs et réduit l’explosion des choix.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.

  2. Intervenant 2

    Bonjour à tous !

  3. Intervenant 1

    C'est un immense plaisir d'accueillir notre audience aujourd'hui pour une toute nouvelle plongée au cœur de la science et des mathématiques.

  4. Intervenant 2

    Une plongée qui s'annonce assez vertigineuse, on peut le dire.

  5. Intervenant 1

    Ah mais totalement ! Imaginez un instant avoir à votre disposition un super ordinateur surpuissant. Un truc capable de vérifier des millions de plannings à la seconde, pour vous rendre compte qu'il lui faudra quand même près de 400 millions d'années pour organiser la simple journée de demain.

  6. Intervenant 2

    C'est le fameux mur auquel se heurtent les astrophysiciens en fait.

  7. Intervenant 1

    Exactement. L'exploration de ce jour s'annonce absolument fascinante puisqu'elle repose sur un article de fond consacré à ce qu'on appelle la recherche arborescente.

  8. Intervenant 2

    Derrière ce terme un peu technique se cache vraiment la clé d'un mystère logistique

  9. Intervenant 1

    prodigieux. C'est ça ? Comment le temps si précieux des télescopes géants est-il optimisé ? Parce que pour notre audience, il faut bien comprendre qu'on parle de scruter l'explosion imminente de Bethelgeuse, de traquer des exoplanètes lointaines ou même de photographier des trous noirs.

  10. Intervenant 2

    Et le contraste est vraiment saisissant, tu sais. D'un côté, on a cette espèce de poésie infinie de l'observation spatiale, et de l'autre, la dure réalité implacable de la logistique terrestre.

  11. Intervenant 1

    Oui, l'intendance, l'argent, tout ça.

  12. Intervenant 2

    Bah oui. Ces géants d'acier et de verre que sont les grands télescopes internationaux, en fait, ils ne s'arrêtent littéralement jamais. Il fait toujours nuit quelque part sur Terre.

  13. Intervenant 1

    Et j'imagine que ça coûte une fortune à faire tourner, non ?

  14. Intervenant 2

    Ah mais un télescope de cette envergure, ça se loue à la nuit. Les coûts de fonctionnement sont juste monumentaux. Chaque seconde, et j'ai dit bien chaque seconde d'obscurité perdue, est une opportunité scientifique et financière qui s'évapore.

  15. Intervenant 1

    Donc, le télescope pivote en permanence. Il passe d'une galaxie à une étoile sans le moindre temps mort.

  16. Intervenant 2

    Voilà, c'est une vraie danse chorégraphiée au millimètre.

  17. Intervenant 1

    Mais du coup, comment on décide de l'ordre exact de cette chorégraphie céleste ?

  18. Intervenant 2

    Parce qu'on a des centaines de chercheurs dans le monde qui soumettent leurs requêtes en même temps.

  19. Intervenant 1

    Tout à fait.

  20. Intervenant 2

    L'article mentionne d'ailleurs le catalogue de l'Institut de planétologie et d'astrophysique de Grenoble. On ne parle pas de choisir entre 10 étoiles un mardi soir, on est d'accord. De centaines de milliers de cibles potentielles. Et le problème, c'est que chaque observation ne peut se faire que dans une fenêtre de temps très très précise.

  21. Intervenant 1

    Genre, il faut que les conditions soient parfaites.

  22. Intervenant 2

    C'est ça. Par exemple, telle étoile ne sera visible qu'entre 2h et 3h du matin, sous tel angle précis et avec telle condition atmosphérique spécifique.

  23. Intervenant 1

    Ah ouais, la météo s'en mêle en plus.

  24. Intervenant 2

    Exactement. Donc la question qui se pose aux astrophysiciens, c'est de savoir comment extraire, parmi toutes les combinaisons imaginables, et il y en a un paquet, le planning absolu.

  25. Intervenant 1

    Le planning parfait.

  26. Intervenant 2

    Le planning qui maximise le nombre d'observations sans jamais créer le moindre conflit.

  27. Intervenant 1

    Bon, alors si on soumet ce problème à un esprit un peu logique, on se dit qu'il s'agit simplement d'un grand tableau à remplir, non ?

  28. Intervenant 2

    C'est un problème d'affectation classique, oui.

  29. Intervenant 1

    Mais j'imagine que cette difficulté à placer des objets dans des cases sans enfreindre de règles, ça date pas de l'invention des télescopes géants ? Aucun non. Depuis quand les mathématiciens s'arrachent-ils les cheveux là-dessus ?

  30. Intervenant 2

    Eh bien, depuis des siècles. L'article nous ramène d'ailleurs en 1779, figure-toi, avec un problème rendu très célèbre par le mathématicien Leonard Euler.

  31. Intervenant 1

    Ah, Euler, un grand classique.

  32. Intervenant 2

    Oui. C'est un problème en apparence presque enfantin, qu'on appelle le problème des 36 officiers.

  33. Intervenant 1

    36 officiers, d'accord. Mais c'est censé être complexe, ça ?

  34. Intervenant 2

    L'énoncé a l'air inoffensif. Imagine, 6 régiments militaires différents. Dans chaque régiment, on sélectionne 6 officiers, chacun ayant un grade différent.

  35. Intervenant 1

    6 x 6, 36.

  36. Intervenant 2

    Voilà, 36 officiers au total. Euler demande s'il est possible de les placer dans une cour carrée, sur une grille de 6 cases par 6.

  37. Intervenant 1

    Ok, je visualise la grille.

  38. Intervenant 2

    La contrainte est la suivante, et c'est là que ça se corse. Dans chaque ligne et dans chaque colonne, il ne doit jamais y avoir deux officiers du même rang, ni deux officiers du même régiment.

  39. Intervenant 1

    Attends, vu comme ça, on dirait juste l'ancêtre du sudoku ton truc.

  40. Intervenant 2

    C'est un peu ça.

  41. Intervenant 1

    Bah on place le général du premier régiment dans le coin en haut à gauche, puis on remplit la ligne tranquillement en faisant attention aux règles, ça semble pas insurmontable.

  42. Intervenant 2

    En fait, c'est toute l'illusion de l'analyse combinatoire.

  43. Intervenant 1

    Comment ça ?

  44. Intervenant 2

    La règle est simple, c'est vrai. Mais essaye de le faire mentalement. Tu places le premier, le deuxième, le troisième, et là les contraintes se croisent, elles s'accumulent.

  45. Intervenant 1

    Ouais, ça fait boule de neige.

  46. Intervenant 2

    Exactement. Arrivé à la quatrième ligne, tu te rends compte qu'il te manque, disons, un colonel du troisième régiment. Mais la seule case libre est sur une colonne qui possède déjà un colonel.

  47. Intervenant 1

    Et paf, t'es bloqué.

  48. Intervenant 2

    Euler lui-même, après avoir longuement cherché, a conjecturé que c'était tout bonnement impossible pour une grille de 6 par 6.

  49. Intervenant 1

    Et il avait raison ?

  50. Intervenant 2

    Absolument. Mais il a fallu attendre 1901 pour que le mathématicien français Gaston Tary le prouve rigoureusement.

  51. Intervenant 1

    En 1901 ? Ah oui, ça a pris du temps.

  52. Intervenant 2

    Il a fait ça en énumérant tous les cas possibles à la main. Ce que l'histoire de Heller illustre, au fond, c'est que la difficulté d'un problème d'affectation ne vient pas de la complexité de ses règles.

  53. Intervenant 1

    Mais plutôt de la quantité de choix, non ?

  54. Intervenant 2

    C'est ça. Ça vient du nombre terrifiant de combinaisons qui découlent de ces petites règles. C'est ce qu'on appelle l'explosion combinatoire.

  55. Intervenant 1

    Moi, ça me fait penser que ça... Tu sais, quand on organise un grand événement, une analogie qui parlera à notre audience, c'est le fameux plan de table lors d'un grand mariage.

  56. Intervenant 2

    Oh mon Dieu, oui.

  57. Intervenant 1

    T'as une salle de 100 personnes. Et là, tu te rends compte que l'oncle Albert ne peut pas s'asseoir à côté de la tante Jacqueline, que les cousins se détestent, qu'il faut mélanger les familles, respecter les régimes alimentaires.

  58. Intervenant 2

    C'est un casse-tête infernal ! C'est

  59. Intervenant 1

    exactement le même problème. Sauf que pour nos astrophysiciens, c'est le mariage de l'enfer avec presque tout le monde qui se déteste, des contraintes horaires impossibles, mais multipliées par un million.

  60. Intervenant 2

    C'est une excellente métaphore. C'est exactement ça.

  61. Intervenant 1

    Mais du coup, OK, Gaston Tari a dû faire ça à la main avec son papier et son crayon en 1901. Mais aujourd'hui, on est en 2026. Nous sommes armés jusqu'aux dents avec des processeurs surpuissants,

  62. Intervenant 2

    non ? Oui, bien

  63. Intervenant 1

    sûr. Pourquoi on ne peut pas simplement prendre notre immense catalogue d'étoiles de Grenoble, l'injecter dans un gros super ordinateur et lui dire un truc du genre « Calcule-moi absolument toutes les combinaisons possibles et donne-moi la bonne ».

  64. Intervenant 2

    Alors, l'informatique est indispensable, on est d'accord. Les mathématiciens ont d'ailleurs très vite compris qu'il fallait automatiser tout ça.

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