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22 nov. 2019 · 22 min

Quand les nombres se décrivent eux-mêmes

Dans cet épisode audio, suivez les règles par lesquelles nombres et suites décrivent leurs positions, leur composition ou leurs blocs.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Alors aujourd'hui, imaginez un instant un livre vraiment extrêmement étrange.

  2. Intervenant 2

    Un livre un peu particulier, oui.

  3. Intervenant 1

    Voilà, un ouvrage dont le texte intégral ne serait composé en fait que de sa propre table des matières.

  4. Intervenant 2

    C'est-à-dire que chaque mot, chaque phrase ne servirait qu'à indiquer l'endroit précis où ce même mot est imprimé.

  5. Intervenant 1

    C'est ça. À première vue, on dirait vraiment une curiosité tirée d'un roman de science-fiction. Mais d'accord, décortiquons ça. Parce que figurez-vous qu'en mathématiques, de telles structures existent réellement.

  6. Intervenant 2

    Absolument.

  7. Intervenant 1

    On a tous pris l'habitude de percevoir les nombres comme de simples outils utilitaires, des symboles un peu froids qu'on utilise pour mesurer une distance, calculer la résistance d'un pont ou simplement faire ses comptes.

  8. Intervenant 2

    C'est la vision classique. Et pour être honnête, c'est la plus intuitive. On perçoit souvent l'arithmétique comme une boîte à outils très statique.

  9. Intervenant 1

    Une simple règle pour mesurer le monde extérieur,

  10. Intervenant 2

    en gros. Exactement. Un langage qui pointe toujours vers autre chose que lui-même.

  11. Intervenant 1

    Eh bien, c'est précisément cette idée qu'on va renverser aujourd'hui. Notre exploration montre que les mathématiques ne se contentent pas de décrire l'extérieur. Elles sont capables d'une introspection totale.

  12. Intervenant 2

    C'est une véritable mise en abîme.

  13. Intervenant 1

    Oui, un peu comme l'oroboros, tu sais, le fameux serpent mythologique qui dévore sa propre queue. On va plonger dans un univers où les nombres et les suites parlent littéralement d'eux-mêmes, analysent leurs structures et génèrent leurs propres codes.

  14. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant ici, c'est la manière dont une simple suite d'entiers peut dicter l'emplacement de ses propres éléments.

  15. Intervenant 1

    Ah oui, au lieu d'être générée par une équation extérieure, c'est ça.

  16. Intervenant 2

    Tout à fait. La suite devient sa propre loi. Prenons le cas d'une suite que les mathématiciens appellent simplement S1.

  17. Intervenant 1

    D'accord.

  18. Intervenant 2

    Ses premiers termes sont 1, 3, 10, 6.

  19. Intervenant 1

    Et si on s'arrête là, ça ressemble juste à un tirage au sort. C'est totalement chaotique.

  20. Intervenant 2

    C'est l'impression que ça donne, oui. Mais il y a une mécanique interne d'une précision redoutable. En fait, cette suite indique la position exacte de tous les chiffres 1 qui la composent.

  21. Intervenant 1

    Attendez, il faut qu'on visualise bien la mécanique là. La suite fournit les adresses de ses propres 1.

  22. Intervenant 2

    C'est ça.

  23. Intervenant 1

    Donc le premier nombre de la liste est un 1. Et quelle est sa position ? C'est la position numéro 1.

  24. Intervenant 2

    La logique est respectée, on est

  25. Intervenant 1

    d'accord. Ensuite, le deuxième terme est un 3. Ça voudrait dire que le prochain chiffre 1 doit obligatoirement se trouver à la troisième position.

  26. Intervenant 2

    Absolument. Et si l'on regarde le troisième terme de cette suite, c'est le nombre 10.

  27. Intervenant 1

    Oh ! Un nombre qui contient effectivement le chiffre 1.

  28. Intervenant 2

    Voilà. Le terme suivant nous informe que le prochain 1 sera la dixième position. Et si on compte patiemment, le dixième terme de la suite, c'est 17.

  29. Intervenant 1

    Encore une fois, la promesse est tenue. C'est fou. Mais il n'y a pas un risque d'effondrement logique avec ce genre de truc ?

  30. Intervenant 2

    Comment ça ?

  31. Intervenant 1

    Si la suite s'oblige à placer un 1 à une position qui est déjà occupée par une autre contrainte, tout le système devrait s'écrouler, non ?

  32. Intervenant 2

    Oui.

  33. Intervenant 1

    C'est un peu comme construire un pont où chaque brique décide de l'emplacement de la suivante, mais au fur et à mesure.

  34. Intervenant 2

    C'est exactement le risque. Et c'est ce qui rend l'existence même de ces suites si remarquable. Elles naviguent sur un fil d'équilibriste à l'infini, sans jamais créer de contradiction.

  35. Intervenant 1

    Et j'imagine que ça ne se limite pas au chiffre 1.

  36. Intervenant 2

    Non, pas du tout. Il existe une suite S2 qui répertorie rigoureusement l'emplacement de ses propres chiffres 2, et ainsi de suite pour tous les chiffres jusqu'à 9.

  37. Intervenant 1

    Et tout ça est répertorié quelque part ?

  38. Intervenant 2

    Oui, toutes ces constructions sont méticuleusement cataloguées dans l'EIS, l'Encyclopédie mondiale des suites entières.

  39. Intervenant 1

    Ah oui, l'Encyclopédie en ligne. Ça me fait beaucoup penser au fonctionnement des pointeurs en informatique en fait.

  40. Intervenant 2

    C'est une très bonne analogie.

  41. Intervenant 1

    Un morceau de mémoire qui sert uniquement à indiquer l'adresse d'une autre donnée. Sauf qu'ici, le système pointe vers lui-même.

  42. Intervenant 2

    Exactement. Et si on pousse un peu cette autoréférence, on tombe sur un autre concept. Les suites auto-acroïmiques.

  43. Intervenant 1

    Alors, le nom est un peu lourd, j'avoue.

  44. Intervenant 2

    C'est vrai. Mais l'idée relie directement le rang d'un nombre à ses composants individuels. La définition formelle stipule que le KM terme de la suite doit commencer par le KM chiffre de la suite.

  45. Intervenant 1

    Oula, attendez, il faut bien distinguer le terme global, donc le nombre complet, et les chiffres individuels, c'est ça ?

  46. Intervenant 2

    C'est ça, les chiffres qui s'alignent bout à bout depuis le tout début.

  47. Intervenant 1

    Ok, plutôt que de réciter une longue série, essayons de comprendre l'effet produit. Si on liste les nombres naturellement, 1, 2, 3 jusqu'à 9, le dixième terme global de notre liste, ce sera le nombre 11. Et ce nombre commence par le chiffre 1.

  48. Intervenant 2

    Et voilà. Si on recompte depuis le tout début non plus les nombres, mais vraiment chaque chiffre individuel dessiné sur le papier, le dixième chiffre que l'on rencontre, c'est bel et bien le premier 1 du nombre 11.

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