
21 déc. 2023 · 6 min
PISA 2022 : la chute de 21 points des maths françaises
Dans cet épisode audio, suivez les chiffres de la baisse française, l’écart social de 113 points et les explications avancées par l’OCDE.
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Intervenant 1
Bonjour et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis vraiment ravie d'accueillir tous ceux qui nous écoutent aujourd'hui pour un nouveau décryptage.
Intervenant 2
Bonjour, ravi d'être
Intervenant 1
là. Alors aujourd'hui, on s'attaque à un gros morceau, l'enquête PISA 2022, celle qui a été publiée en décembre dernier et qui évalue le niveau en mathématiques des élèves de 15 ans.
Intervenant 2
Ouais, le fameux classement qui fait toujours couler beaucoup d'encre.
Intervenant 1
Exactement. Et notre mission aujourd'hui, pour ceux qui nous écoutent, c'est de dépasser les gros titres un peu alarmistes sur la prétendue dégringolade de la France. On veut vraiment analyser la réalité de ces chiffres avec rigueur et comprendre les véritables mécanismes systémiques derrière cette baisse.
Intervenant 2
Parce que les chiffres, ils nécessitent vraiment d'être mis en perspective. En 2018, la France affichait un score de 495 points. D'accord. Et en 2022, elle tombe à 474. Alors la baisse est factuelle, bien sûr, mais la lire de manière complètement isolée, ça donne vraiment l'illusion d'un effondrement purement national.
Intervenant 1
Bah oui, une chute de 21 points, ça donne carrément l'impression d'un vrai décrochage. Mais du coup, est-ce que le système français s'est vraiment effondré tout seul dans son coin ?
Intervenant 2
Peu du tout. Si on regarde un peu les pays voisins, l'Allemagne est à 475, l'Espagne à 473.
Intervenant 1
Ah oui, c'est très proche en fait.
Intervenant 2
Voilà. L'Italie est à 471 et même les États-Unis à 465. Donc le score français se situe en réalité pile dans la moyenne de l'OCDE.
Intervenant 1
D'accord, donc c'est une baisse, oui, mais c'est un phénomène occidental massif. C'est un peu comme le Tour de France quoi. La France a trébuché, oui, mais elle reste bien calée dans un peloton occidental très resserré.
Intervenant 2
Exactement. Tout le monde pédale autour des 470 points.
Intervenant 1
Mais par contre, pour filer la métaphore sportive, la tête de course donne l'impression de faire une compétition totalement différente, non ?
Intervenant 2
Complètement ! Le Japon et la Corée du Sud dominent avec 530 points, ce qui fait qu'ils ont pratiquement 60 points d'avance sur notre peloton.
Intervenant 1
Wow, 60 points !
Intervenant 2
Ouais, mais comparer les moyennes internationales, ça masque surtout le véritable dysfonctionnement du système français. Cette moyenne de 474 points, elle cache une variance interne qui est extrêmement préoccupante.
Intervenant 1
C'est-à-dire ? Qu'est-ce qui se cache sous cette moyenne exactement ?
Intervenant 2
L'alerte rouge du rapport PISA, c'est un écart interne de 113
Intervenant 1
points. 113 points ?
Intervenant 2
Oui, 113. C'est le gouffre qui sépare les performances des élèves issus de milieux favorisés de ceux issus de milieux défavorisés.
Intervenant 1
Ah oui, la fracture est immense. Mais alors soyons l'avocat du diable une petite seconde. L'enquête a été menée en 2022, donc juste au sortir des confinements successifs.
Intervenant 2
C'est vrai.
Intervenant 1
Est-ce que la pandémie n'explique pas tout simplement cette explosion des inégalités ?
Intervenant 2
Alors, l'OCDE est catégorique sur ce point. La Covid a eu un impact, bien sûr, mais elle n'excuse en rien l'ampleur de cette fracture. D'accord,
Intervenant 1
donc ce n'est pas la cause principale.
Intervenant 2
Non, le cœur du problème, il est structurel. Ça découle vraiment de la gestion budgétaire et des choix politiques, avec, en ligne de mire, une décision précise prise en 2018, à savoir le dédoublement des classes en primaire.
Intervenant 1
Attendez, réduire les effectifs en primaire pour que les enfants apprennent mieux les bases du calcul, sur le papier, c'est une excellente politique publique,
Intervenant 2
non ? Sur le papier, oui. La logique pédagogique est très bonne.
Intervenant 1
Mais en quoi consolider les bases, ça peut provoquer un tel décrochage au collège et au lycée ensuite ?
Intervenant 2
C'est l'exécution qui a été problématique. Ce dédoublement, il s'est fait à budget constant.
Intervenant 1
Ah, je vois.
Intervenant 2
Et oui. Concrètement, pour doubler le nombre de professeurs dans certaines classes de primaire, l'éducation nationale a dû puiser dans son vivier global.
Intervenant 1
Le fameux jeu à somme nulle.
Intervenant 2
C'est ça. Le système a littéralement siphonné les effectifs d'enseignants du secondaire pour aller alimenter le primaire.
Intervenant 1
On a déshabillé le collège pour habiller le primaire en droit.
Intervenant 2
Exactement la mécanique à l'œuvre. Et ça a créé une pénurie de profs au collège et au lycée. Précisément au moment où les mathématiques deviennent beaucoup plus abstraites.
Intervenant 1
Les démonstrations, le raisonnement algébrique, tout ça ?
Intervenant 2
Voilà. C'est à 15 ans que les élèves ont besoin d'un encadrement particulièrement solide.
Intervenant 1
Bon, je comprends bien la mécanique de la baisse globale, mais comment ce transfert de professeurs explique spécifiquement l'écart de 113 points entre les plus riches et les plus précaires ?
Intervenant 2
Parce que les familles ne réagissent peu du tout de la même manière face à un système public sous tension.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Quand le secondaire manque de profs et de ressources, les milieux favorisés compensent cette défaillance.
Intervenant 1
En achetant des cours particuliers ?
Intervenant 2
Exactement. Du tutorat, des cours privés, ils créent leur propre filet de sécurité en fait.
Intervenant 1
Et à l'inverse, j'imagine que les élèves de milieux défavorisés, eux, ils dépendent exclusivement de l'école publique ?
Intervenant 2
C'est tout à fait ça. Si l'institution ne peut plus fournir le temps d'attention nécessaire, ces élèves décrochent, tout simplement, sans aucun amortisseur.
Intervenant 1
C'est d'une logique implacable. Mais du coup, quelles sont les pistes suggérées par l'OCDE pour réparer cette structure ?
Intervenant 2
Alors, le rapport préconise des groupes de niveau très fluide et des classes réduites, mais vraiment ciblées pour les élèves en difficulté.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Avec un avertissement majeur tout de même. Ça demande une très grande agilité organisationnelle.
Intervenant 1
Il faut de la souplesse sur le terrain.
Intervenant 2
Oui. Il faut pouvoir allouer les moyens là où les besoins émergent, sans se fracasser contre la rigidité administrative.
Intervenant 1
Donc, pour synthétiser un peu à l'attention de ceux qui nous écoutent, cette baisse constatée dans PISA, c'est finalement moins une fatalité liée au cerveau des ados face aux
Intervenant 2
maths
Intervenant 1
qu'une véritable crise de gestion des ressources. C'est l'architecture budgétaire qui a mécaniquement aggravé les inégalités sociales.
Intervenant 2
Le diagnostic se trouve vraiment dans l'organisation du système, bien plus que dans le potentiel cognitif des élèves.
Intervenant 1
Eh bien, ça soulève une réflexion vertigineuse pour clore cette exploration. Si un simple transfert d'effectifs internes entre le primaire et le secondaire a suffi à déstabiliser l'apprentissage des maths à l'échelle de tout un
Intervenant 2
pays,
Intervenant 1
comment un système éducatif aussi rigide pourra-t-il absorber le choc monumental de l'arrivée de l'intelligence artificielle dans la résolution de problèmes scolaires ?
Intervenant 2
Ça, c'est le grand défi à venir.
Intervenant 1
De quoi nourrir pas mal de débats. Merci infiniment à tous ceux qui ont partagé cette réflexion avec nous aujourd'hui et à très bientôt pour un nouveau décryptage.
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