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10 févr. 2017 · 19 min

PIB en hausse sans produire plus : comment est-ce possible ?

Dans cet épisode audio, suivez le calcul du PIB, de la valeur ajoutée à l’effet de l’inflation, pour distinguer hausse des prix et croissance réelle.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Pour ouvrir cette exploration aujourd'hui, j'aimerais qu'on imagine un scénario assez paradoxal.

  2. Intervenant 2

    D'accord, je vous écoute.

  3. Intervenant 1

    Si une gigantesque marée noire frappe nos côtes demain matin, eh bien, notre économie s'en trouvera mathématiquement enrichie.

  4. Intervenant 2

    C'est fou, mais oui, c'est tout à fait ça.

  5. Intervenant 1

    C'est le paradoxe un peu effrayant du fameux produit intérieur brut, le PIB. Parce qu'en général, quand on parle de mathématiques, on s'attend à de la précision pure.

  6. Intervenant 2

    Exactement. Une équation, un résultat, une certitude implacable. Quelque chose de rassurant.

  7. Intervenant 1

    Voilà. Mais aujourd'hui, la mission de ce décryptage, c'est vraiment d'analyser l'outil de mesure de richesse le plus célèbre au monde et pourtant le plus mal compris.

  8. Intervenant 2

    Oui, et pour poser les bases de notre réflexion, on peut reprendre la toute première ligne des sources du jour. Il existe de multiples manières de mesurer la richesse d'une nation.

  9. Intervenant 1

    Bien sûr.

  10. Intervenant 2

    Et le calcul du PIB, c'est la principale approche mathématique. La question centrale pour notre public, le véritable défi intellectuel aujourd'hui, c'est de comprendre par quel mécanisme on parvient à condenser la vie économique d'un pays tout entier, avec ses millions d'entreprises, ses milliards d'interactions quotidiennes. Tout ça

  11. Intervenant 1

    dans une seule équation.

  12. Intervenant 2

    Exactement. En une seule et unique équation. C'est vraiment un exercice de modélisation vertigineux en fait.

  13. Intervenant 1

    C'est clair. Derrière les pourcentages de croissance qu'on entend tous les soirs aux informations, il y a une architecture mathématique complexe. Elle a été forgée au fil des décennies avec ses coups de génie, mais aussi ses failles béantes.

  14. Intervenant 2

    Tout à fait.

  15. Intervenant 1

    Et pour commencer à mesurer l'activité d'une économie, l'intuition la plus basique, ce serait de se dire additionnons simplement toutes les ventes.

  16. Intervenant 2

    Oui, toutes les ventes réalisées sur un territoire donné pendant un an.

  17. Intervenant 1

    Voilà, sur le papier, ça semble être la méthode la plus directe pour évaluer tout ce qui s'échange, non ?

  18. Intervenant 2

    Sauf que mathématiquement parlant, cette approche naïve mène très très vite à une absurdité totale.

  19. Intervenant 1

    Ah oui ?

  20. Intervenant 2

    C'est ce que les statisticiens appellent le piège du double comptage.

  21. Intervenant 1

    D'accord.

  22. Intervenant 2

    Dans la toute première définition mathématique brute du PIB, on propose de faire la somme des prix de vente multipliés par les quantités produites.

  23. Intervenant 1

    Donc concrètement, ça reviendrait à additionner les étiquettes de prix de tout ce qui sort de la moindre usine, du moindre atelier ou du moindre commerce.

  24. Intervenant 2

    C'est ça.

  25. Intervenant 1

    Ok. Déporticons tout ça avec un exemple. Prenons un artisan menuisier pour voir les limites de cette logique.

  26. Intervenant 2

    Très bon exemple.

  27. Intervenant 1

    Cet artisan, il a besoin de bois pour travailler donc il achète, mettons, des planches brutes à une scierie voisine pour une certaine somme.

  28. Intervenant 2

    Oui.

  29. Intervenant 1

    Ensuite, avec son savoir-faire, ses outils, son temps, il transforme ses planches en une magnifique table de salle à manger qu'il vend à un client.

  30. Intervenant 2

    Voilà. Et si notre équation macroéconomique se contente d'additionner aveuglément toutes les transactions...

  31. Intervenant 1

    Ce qu'on disait au début, ouais.

  32. Intervenant 2

    Elle va d'abord comptabiliser la vente des planches par la scierie au menuisier.

  33. Intervenant 1

    Ok.

  34. Intervenant 2

    Puis, quelques jours plus tard, elle va ajouter la vente de la table par le menuisier au client final.

  35. Intervenant 1

    Mais le prix de la table facturée au client, il inclut déjà par la force des choses le prix du bois acheté au départ, non ?

  36. Intervenant 2

    Exactement. Le système vient de compter exactement les mêmes planches deux fois.

  37. Intervenant 1

    Ah, la valeur du bois est dupliquée.

  38. Intervenant 2

    Elle est dupliquée artificiellement dans le grand registre de l'économie. Et si on extrapole ce phénomène à l'échelle d'une nation entière ?

  39. Intervenant 1

    Oui, avec des chaînes de production hyper longues.

  40. Intervenant 2

    Avec des dizaines d'intermédiaires, on obtiendrait un chiffre gonflé au stéroïde qui ne reflèterait absolument aucune réalité physique.

  41. Intervenant 1

    C'est clair. Donc pour pallier cette faille logique évidente, la définition mathématique a dû être affinée j'imagine.

  42. Intervenant 2

    Tout à fait. La règle d'or est devenue la suivante. La formule ne doit retenir que les biens dits de consommation finale.

  43. Intervenant 1

    De consommation finale. Donc on parle des biens et services destinés à être acquis par un consommateur privé à la toute fin de la chaîne.

  44. Intervenant 2

    C'est ça.

  45. Intervenant 1

    Comme une baguette de pain achetée à la boulangerie, un téléviseur installé dans un salon ou même une coupe de cheveux chez le coiffeur.

  46. Intervenant 2

    C'est le principe. On exclut d'office de l'équation ce qu'on appelle les biens intermédiaires. Ce sont tous les achats effectués à titre professionnel pour produire autre chose, donc le bois du menuisier, la farine du boulanger.

  47. Intervenant 1

    Ou je sais pas, l'ordinateur acheté par un cabinet comptable pour équiper ses salariés par exemple. Point, cette distinction peut devenir un casse-tête inextricable pour les statisticiens. Ah bah

  48. Intervenant 2

    c'est un cauchemar comptable.

  49. Intervenant 1

    Imaginons une voiture standard sortie d'usine.

  50. Intervenant 2

    Ok.

  51. Intervenant 1

    Si ce véhicule est acheté par un enseignant pour partir en vacances avec sa famille, le modèle mathématique le considère comme un bien de consommation final. L'achat est ajouté au PIB sans problème.

  52. Intervenant 2

    Voilà.

  53. Intervenant 1

    En revanche, si ce même modèle avec exactement la même carrosserie, le même moteur est acheté par une entreprise pour ses commerciaux.

  54. Intervenant 2

    Il change soudainement de nature mathématique.

  55. Intervenant 1

    C'est ça. Il devient un bien intermédiaire qui entre dans les coûts de fonctionnement de l'entreprise.

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