
19 mars 2018 · 13 min
Petites classes en tête et en queue : le piège statistique
Dans cet épisode audio, partez d’un classement scolaire surprenant pour voir comment les fluctuations des petits échantillons égarent les conclusions.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente et c'est un véritable plaisir d'accueillir toutes les personnes qui nous écoutent aujourd'hui pour une nouvelle exploration.
Intervenant 2
Salut, oui, c'est vraiment super d'être là pour décortiquer tout ça.
Intervenant 1
Alors aujourd'hui, on va s'attaquer à l'art subtil de la statistique et surtout au piège redoutable des fluctuations. On se base sur un article passionnant qui s'intitule « Statistique, deux points, méfiez-vous des fluctuations ». Tout un programme, oui. Exactement. L'objectif, la mission de notre discussion, c'est vraiment d'apprendre à extraire de la vraie connaissance d'une montagne de données et surtout de ne pas se faire berner par des simples coïncidences mathématiques.
Intervenant 2
Parce que le cerveau humain adore les coïncidences. On veut toujours y voir du sens.
Intervenant 1
Ah ça, c'est clair. D'ailleurs, pour commencer, imaginons un instant le scénario suivant. On décide d'évaluer le système éducatif à grande échelle.
Intervenant 2
D'accord.
Intervenant 1
On fait passer des tests standardisés à, disons, des dizaines de milliers d'élèves. Puis on croise ces résultats avec les caractéristiques de chaque école. Logique,
Intervenant 2
pour voir ce qui marche le mieux.
Intervenant 1
Voilà. Et en analysant les données, il y a une tendance éclatante qui saute aux yeux. Les écoles qui affichent les moyennes les plus spectaculaires, vraiment le haut du panier, elles ont tout un point commun.
Intervenant 2
Lequel ?
Intervenant 1
Ce sont de très petits établissements avec des effectifs vraiment réduits par classe.
Intervenant 2
Ah oui, le fameux mythe de la petite classe.
Intervenant 1
Ben oui, la conclusion semble relever du pur bon sens, non ? On se dit que moins d'élèves par professeur, ça garantit un meilleur suivi individuel et donc l'excellence académique.
Intervenant 2
Est-ce que n'importe qui conclurait en effet ?
Intervenant 1
L'affaire est pliée, les pédagogues sont ravis, les réformes sont prêtes à être signées. Sauf que, et c'est là qu'on cite l'anecdote rapportée par le mathématicien américain Jordan Ellenberg, si l'on regarde tout en bas de ce même classement… Ce
Intervenant 2
qui est fascinant ici, c'est la suite.
Intervenant 1
Oui, parmi les écoles aux résultats les plus catastrophiques, devinons ce qu'on trouve.
Intervenant 2
Uniquement des petites classes là aussi ?
Intervenant 1
Absolument, uniquement des petites classes. Les mêmes petits effectifs qui monopolisaient le sommet.
Intervenant 2
C'est précisément le genre de paradoxe qui donne des surfoies d'autres décideurs. Ça montre à quel point notre intuition peut être complètement trompeuse face aux chiffres.
Intervenant 1
Mais du coup, comment c'est mathématiquement possible que ces petites classes soient à la fois les meilleures et les pires ?
Intervenant 2
Pour comprendre ça, il faut plonger dans la mécanique interne des statistiques et observer le comportement de ce qu'on nomme l'écart-type.
Intervenant 1
L'écart-type, d'accord. On va essayer de ne pas perdre notre audience avec du
Intervenant 2
jargon. Non, non, c'est très simple en fait. L'écart-type, c'est juste un outil qui mesure la valeur des fluctuations, la dispersion des notes autour de la moyenne. Et la loi mathématique incontournable ici, c'est que l'ampleur de ces fluctuations est inversement proportionnelle à la racine carrée du nombre d'éléments de l'échantillon.
Intervenant 1
Oula, attends, inversement proportionnel à la racine carrée ? D'accord, arrêtons-nous une seconde. Il faut qu'on décortique ça en termes de la vie de tous les jours.
Intervenant 2
Vas-y, je t'écoute.
Intervenant 1
Si je traduis ce concept, c'est un peu la mécanique qu'on observe sur les applications de notation de restaurant sur Internet.
Intervenant 2
Ah, c'est un excellent exemple.
Intervenant 1
Imagine-nous une petite brasserie de quartier qui vient juste d'ouvrir. Le tout premier jour, un client passe, il adore son repas et il laisse un avis de 5 étoiles.
Intervenant 2
Donc la moyenne du resto est de 5 sur 5.
Intervenant 1
Exactement. Mathématiquement, il caracole en tête de tous les classements de la ville. Mais le lendemain, pas de chance, un client est mécontent. Son plat est effroi, il laisse un avis de zéro étoile.
Intervenant 2
Aïe ! Et là, l'échantillon passe à deux personnes.
Intervenant 1
C'est ça. Et la moyenne s'effondre instantanément à 2,5 sur 5.
Intervenant 2
L'analogie est parfaite. Le très petit nombre d'avis crée une volatilité extrême, des extrêmes complètement artificiels.
Intervenant 1
Alors qu'à l'inverse, si on prend une institution gastronomique qui a, je sais pas, 10 000 avis.
Intervenant 2
Et une moyenne très stable, genre 4,8. Ouais,
Intervenant 1
bah là, un seul client mécontent qui laisse un zéro pointé, ça ne fera absolument pas bouger la moyenne globale.
Intervenant 2
Parce que son vote est noyé, il est dilué dans la masse. Les grands nombres absorbent les chocs, tandis que les petits nombres, eux, ils les amplifient.
Intervenant 1
Donc si on ramène ça à nos écoles et à Jordan-Hellenberg...
Intervenant 2
C'est le cœur du problème.
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