
22 mars 2019 · 21 min
Paranormal : quand les statistiques inversent le verdict
Dans cet épisode audio, suivez deux séries de tests de cartes : favorables au médium séparément, elles inversent le verdict une fois regroupées.
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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Il est assez troublant de constater que la quasi-totalité des plus grands médiums, voyants et autres télépathes, partagent un point commun vraiment indéniable.
Intervenant 2
Ah oui, c'est vrai que la statistique est frappante.
Intervenant 1
Ouais, ce sont tous des enfants
Intervenant 2
aînés.
Intervenant 1
Alors, magie génétique ou la plus grande illusion mathématique de notre cerveau, c'est ce qu'on va décortiquer aujourd'hui.
Intervenant 2
Tout à fait.
Intervenant 1
L'objectif de notre plongée dans cet article qui s'intitule « Une approche mathématique du paranormal », c'est pas de partir à la chasse aux fantômes dans des vieux châteaux.
Intervenant 2
Non, ça on laisse ça au film.
Intervenant 1
Exactement. L'idée c'est plutôt d'utiliser la rigueur implacable des statistiques et des probabilités pour passer au crible ces phénomènes prétendument inexpliqués.
Intervenant 2
Et c'est une approche vraiment essentielle en fait.
Intervenant 1
Mais attention, l'intention c'est absolument pas de détruire la capacité d'émerveillement. C'est juste de démontrer que les maths, c'est notre meilleur rempart pour pas se laisser berner par les apparences.
Intervenant 2
C'est une démarche d'autant plus pertinente que notre esprit humain est structurellement programmé pour chercher du sens un peu partout.
Intervenant 1
Ah oui, le fameux biais de notre cerveau.
Intervenant 2
C'est ça. Depuis la nuit des temps, notre cerveau excelle à repérer des motifs, à lier des causes et des effets, même là où il n'y a que du hasard.
Intervenant 1
Pour survivre dans la jungle, c'était super utile.
Intervenant 2
Voilà, c'est un avantage évolutif indéniable. Mais c'est un véritable handicap quand on doit analyser des données brutes quoi. Surtout quand on aborde des thèmes comme la voyance ou la télépathie.
Intervenant 1
Ouais, l'anecdote frappante prend toujours le dessus sur les vrais chiffres.
Intervenant 2
Exactement, et l'approche mathématière propose une sorte de grille de lecture alternative. C'est un filtre refroidissant pour nos intuitions, qui permet de regarder les faits avec une précision chirurgicale.
Intervenant 1
Et justement, le point de départ de l'article, c'est un cas d'école de cette intuition trompeuse. Des années de compilation de données sur les sujets dits « psy », donc les médiums, les guérisseurs, tout ça, aboutissent à une stat hyper
Intervenant 2
têtue.
Intervenant 1
Une immense majorité de ces individus s'avèrent être les premiers-nés de leur famille. Des fils ou des filles qui n'ont aucun frère ou sœur plus âgé. Et sur le papier, le mystère est entier. La corrélation, elle est là, elle est indéniable.
Intervenant 2
La donnée brute est là, effectivement. Et ce qui est passionnant, c'est d'observer notre réaction humaine face à ça.
Intervenant 1
Les gens s'emballent tout de suite, non ?
Intervenant 2
Totalement. Les théoriciens de la parapsychologie, face à cette surreprésentation des aînés, déploient immédiatement une ingénierie causale très élaborée.
Intervenant 1
Du genre ?
Intervenant 2
L'hypothèse la plus courante, c'est de postuler l'existence d'un afflux médiumnique. Une sorte de capital d'énergie spirituelle transmis par les parents.
Intervenant 1
Ah ouais ? D'accord.
Intervenant 2
Et selon cette théorie, ce réservoir se viderait presque intégralement lors de la conception ou de la naissance du premier enfant. Ce qui fait qu'il ne resterait que des miettes pour les cadets.
Intervenant 1
C'est flou ça. C'est une construction intellectuelle hyper séduisante en fait. C'est un peu comme si on imaginait que la batterie d'une voiture neuve se vidait totalement dès son tout premier trajet.
Intervenant 2
Oui, c'est exactement l'idée.
Intervenant 1
Rendant les voyages suivants complètement impossibles sans recharger. Sauf que, bon, avant de bâtir des théories sur l'usure de l'énergie vitale, il y a une étape logique qu'on oublie systématiquement.
Intervenant 2
Tout à fait. Et l'article cite d'ailleurs Bernard Le Bouillet de Fontenelle à ce propos.
Intervenant 1
Ah oui. Dans son « Histoire des oracles » de 1687, c'est ça ? C'est
Intervenant 2
ça. Il a une phrase qui devrait encadrer absolument toute recherche scientifique. Il dit « Assurons-nous bien du fait avant de nous inquiéter de la cause ».
Intervenant 1
C'est tellement vrai. Fontenelle alertait déjà sur cette tendance humaine à enjamber la réalité juste pour inventer la cause d'un truc qui n'existe peut-être même pas au fond.
Intervenant 2
Il pointe ici le danger absolu de la corrélation illusoire. L'erreur fondamentale qui consiste à dire on observe un phénomène A en même temps qu'un phénomène B, donc l'un est forcément la cause de l'autre.
Intervenant 1
Oui, il voit que la personne est aînée, il voit le soi-disant don magique et paf, il tisse un fil magique entre les deux. Exactement. Bon, décortiquons tout ça. Parce que l'article de Tangente pousse cette logique dans ses retranchements, avec un cynisme mathématique que je trouve jubilatoire.
Intervenant 2
J'adore cette partie.
Intervenant 1
Si on applique rigoureusement cette même méthode de déduction à d'autres bases de données, on découvre un truc dingue. La majorité des grands chasseurs de vampires recensés sont, eux aussi, des fils aînés. C'est quand même incroyable. Et c'est pas fini. La plupart des peintres célèbres qui utilisent des teintes rouges sans partagent ce même droit d'aînesse. À ce stade, je pourrais inventer ma propre corrélation. Genre, si j'étudie les gens qui se cassent une jambe au ski, je parie que la majorité sont des aînés.
Intervenant 2
Très probablement, oui.
Intervenant 1
C'est l'équivalent de dire que parce que la plupart des gens impliqués dans des accidents de voitures portent des chaussures, les chaussures altèrent la capacité à conduire.
Intervenant 2
L'analogie est parfaite.
Intervenant 1
Donc l'outil statistique fonctionne, le lien existe, mais le fameux gène du chasseur de vampires n'y est pour rien. Alors c'est quoi le mécanisme invisible qui produit ce mirage ?
Intervenant 2
Eh bien, le mirage provient d'une hypothèse de départ qui est totalement implicite, mais que notre cerveau valide sans même nous consulter.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
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