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10 févr. 2016 · 16 min

Médicament ou placebo : 95 % suffit, 99 % hésite

Dans cet épisode audio, suivez la comparaison des taux de guérison et découvrez pourquoi une conclusion à 95 % devient une non-décision à 99 %.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans cette nouvelle analyse, le podcast du magazine Tangente. Je souhaite une très chaleureuse bienvenue à tout notre auditoire qui nous écoute aujourd'hui.

  2. Intervenant 2

    Salut Hélène, très heureux d'être là pour décortiquer ce nouveau sujet.

  3. Intervenant 1

    Et quel sujet ? Bon, imaginons un instant un médecin qui soigne un patient avec, disons, des fausses baguettes magiques en bois.

  4. Intervenant 2

    Ça fait un peu charlatan dit

  5. Intervenant 1

    comme ça. C'est clair. Mais imaginons que la guérison opère et de manière super spectaculaire en plus.

  6. Intervenant 2

    Le fameux miracle quoi.

  7. Intervenant 1

    Exactement. Eh bien, ça ressemble à un conte de fées, mais c'est exactement le genre de situation historique qui a forcé la médecine à inventer les mathématiques modernes.

  8. Intervenant 2

    Pour démêler la chimie de notre propre imagination en fait.

  9. Intervenant 1

    C'est tout à fait ça. Donc aujourd'hui, on plonge dans un article passionnant du magazine qui s'intitule « Médicaments versus placebo ».

  10. Intervenant 2

    Un article fondamental,

  11. Intervenant 1

    oui. L'objectif de cette exploration à profondeur, c'est vraiment de comprendre comment les statistiques viennent à notre rescousse pour faire la part des choses entre l'efficacité réelle d'une molécule et les mystères insondables de l'effet placebo.

  12. Intervenant 2

    Et c'est un enjeu crucial. Parce que d'habitude, on perçoit la médecine comme une science très mécanique, tu vois. On ingère un principe actif, ça agit sur des récepteurs cellulaires et hop, on guérit.

  13. Intervenant 1

    Alors que la réalité est bien plus désordonnée, non ?

  14. Intervenant 2

    Ah, totalement. La biologie humaine, c'est un système extraordinairement complexe, imprévisible et qui est intimement lié à notre psychologie. Le document qu'on étudie le montre très bien.

  15. Intervenant 1

    C'est-à-dire qu'évaluer un traitement, ça demande une rigueur mathématique implacable, c'est ça ?

  16. Intervenant 2

    Exactement. Il faut pouvoir isoler le signal purement médical au beau milieu du bruit psychologique et biologique.

  17. Intervenant 1

    Et pour comprendre pourquoi ces mathématiques sont devenues indispensables, il faut d'abord regarder comment la médecine s'est rendue compte qu'elle avait un énorme problème de perception.

  18. Intervenant 2

    Le fameux cas historique, oui.

  19. Intervenant 1

    Voilà. L'article nous ramène à la fin du XVIIIe siècle, vers 1795. Dans le Connecticut, il y a un médecin américain, Elisha Perkins, qui développe un traitement, disons, très singulier.

  20. Intervenant 2

    Les petites baguettes métalliques ?

  21. Intervenant 1

    C'est ça. Il appelait ça des tracteurs. Il les passait sur les nerfs de ses patients pour soulager les inflammations.

  22. Intervenant 2

    Et le fait marquant, l'ironie de l'histoire, c'est que les patients rapportaient un soulagement bien réel.

  23. Intervenant 1

    Ah ouais, l'engouement était énorme. Son fils, Benjamin Perkins, a même fait fructifier cette renommée jusqu'en Grande-Bretagne.

  24. Intervenant 2

    Ce qui a fini par attirer l'attention d'un certain John Agarth, un médecin épidémiologiste.

  25. Intervenant 1

    Et heureusement qu'il était là, lui.

  26. Intervenant 2

    C'est clair. Contrairement à ses confrères, Eygart décide de ne pas se fier aux simples témoignages, même s'ils étaient très nombreux. Il conçoit un protocole expérimental qui va devenir

  27. Intervenant 1

    la pierre angulaire de la recherche clinique.

  28. Intervenant 2

    Voilà la démarche en double aveugle.

  29. Intervenant 1

    Alors, pour que les auditeurs visualisent bien ce concept de double aveugle, sans utiliser de jargon, on peut imaginer une dégustation de deux sodas concurrents.

  30. Intervenant 2

    Le classique test à l'aveugle.

  31. Intervenant 1

    Exact. Si la personne qui goûte a les yeux bandés, c'est un test en simple aveugle. Elle ne sait pas ce qu'elle boit, ce qui évite les a priori sur la marque.

  32. Intervenant 2

    Mais il reste une faille.

  33. Intervenant 1

    Oui, parce que si l'organisateur qui verse les verres sait pertinemment quel soda est dans quel verre, il pourrait même par une légère hésitation ou un sourire inconscient

  34. Intervenant 2

    influencer complètement le goûteur.

  35. Intervenant 1

    Exactement. Donc le double aveugle, c'est s'assurer que même la personne qui sert ignore ce qu'elle manipule.

  36. Intervenant 2

    C'est exactement le mécanisme pour isoler l'effet de suggestion des deux côtés. Et Egharth a appliqué ce principe. Il a fait fabriquer de fausses baguettes, de simples imitations en bois.

  37. Intervenant 1

    Ah, malin !

  38. Intervenant 2

    Oui, et il a organisé des tests dans deux hôpitaux différents avec deux médecins indépendants.

  39. Intervenant 1

    Donc, au moment de l'application, ni les patients ni les médecins ne savaient s'ils utilisaient le métal original ou les copies factices en bois.

  40. Intervenant 2

    Et les résultats sont fascinants. Il n'y a eu absolument aucune différence.

  41. Intervenant 1

    Le bois soigné aussi bien que le métal magique.

  42. Intervenant 2

    Tout à fait. Les patients traités avec le bois rapportaient exactement le même niveau de guérison. D'où la conclusion de Hegarth qui résonne encore aujourd'hui. L'imagination peut provoquer aussi bien la guérison du corps que le rendre malade.

  43. Intervenant 1

    C'est la toute première démonstration clinique de l'effet placebo en fait.

  44. Intervenant 2

    Une démonstration qui a ensuite été quantifiée de manière disons assez vertigineuse au 20e siècle.

  45. Intervenant 1

    L'article mentionne cette étude historique de Henry K. Beecher, non ?

  46. Intervenant 2

    Oui, publiée en 1955 dans le Journal of American Medical Association sous le titre The Powerful Placebo. Beecher a compilé des dizaines d'essais pour arriver à un chiffre.

  47. Intervenant 1

    Le fameux chiffre.

  48. Intervenant 2

    Voilà. Il a estimé qu'environ 30 % du bénéfice thérapeutique général observé est attribuable à cet effet placebo.

  49. Intervenant 1

    Mais ce chiffre de 30 %, il change absolument toute la donne.

  50. Intervenant 2

    Ça oblige à revoir toute la méthode, oui.

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