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21 déc. 2023 · 5 min

Maths en terminale : pourquoi plus de 180 voix alertent

Dans cet épisode audio, suivez le constat sur le recul des maths en terminale, puis les enjeux scientifiques et sociaux avancés par la tribune.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Ravi de retrouver les auditeurs pour cette nouvelle exploration. Alors aujourd'hui, on va aborder un sujet assez troublant. Quand on imagine un pays qui, du jour au lendemain, déciderait volontairement de cesser d'enseigner l'alphabet à la moitié de ses enfants, ça paraît complètement impensable, non ?

  2. Intervenant 2

    Ah bah oui, c'est sûr que ce serait un suicide intellectuel.

  3. Intervenant 1

    Et pourtant, c'est exactement la trajectoire que prend la France en ce moment. Pas avec la lecture, mais avec les mathématiques. On se plonge aujourd'hui dans une tribune très forte, publiée le 5 décembre dans le journal Le Monde, où plus de 180 personnalités tirent la sonnette d'alarme sur ce recul scientifique.

  4. Intervenant 2

    Et ce qui frappe tout de suite à la lecture de ce texte, c'est que l'inquiétude dépasse vraiment le strict cercle académique. On y retrouve certes des chercheurs de pointe, des médaillés Fields, des prix Nobel, mais aussi de grands dirigeants d'entreprises.

  5. Intervenant 1

    Ouais, des profils très variés.

  6. Intervenant 2

    C'est ça. Et ils constatent tous une rupture brutale dans la formation scientifique des jeunes esprits.

  7. Intervenant 1

    Pour donner un ordre d'idée, le rapport de 2022 du ministère de l'Éducation nationale, qui est cité dans la tribune, pose un constat glaçant. Près de la moitié des élèves de terminale générale ne font plus de mathématiques. La moitié. Avant 2019, c'était seulement un élève sur huit.

  8. Intervenant 2

    La chute est vertigineuse. On est passé d'une minorité après d'un élève sur deux. C'est fou.

  9. Intervenant 1

    C'est un peu comme si on décidait de retirer le moteur d'une voiture tout en espérant remporter une course automobile. Mais comment un basculement aussi radical a-t-il pu s'opérer en, quoi, trois ans ? C'est pas une soudaine épidémie de phobie des équations quand même.

  10. Intervenant 2

    Non, pas du tout. Le mécanisme derrière cette chute, il est purement structurel. En fait, ça découle directement de la réforme du baccalauréat de 2019, qui a transformé les mathématiques en options.

  11. Intervenant 1

    Donc c'est sorti du tronc commun ?

  12. Intervenant 2

    Absolument. En reléguant la discipline au rang de spécialité, le système a forcé les élèves à faire des choix d'orientation beaucoup trop tôt. Face à une matière qui est perçue comme exigeante, la voie de l'évitement a tout simplement prévalu pour une immense partie d'entre eux.

  13. Intervenant 1

    D'accord, mais soyons un peu l'avocat du diable deux minutes. Est-ce qu'on a vraiment encore besoin d'imposer des mathématiques pures à tout le monde aujourd'hui ? Je veux dire, avec l'intelligence artificielle et les supercalculateurs, le calcul mental et les théorèmes, ça peut sembler un peu obsolète.

  14. Intervenant 2

    Ah, ça c'est une objection très courante. Mais l'erreur, c'est de réduire les mathématiques à la simple exécution de calculs. La Tribune souligne avec justesse que c'est un langage universel.

  15. Intervenant 1

    Pas juste une calculatrice géante, donc.

  16. Intervenant 2

    Exactement. Apprendre ce langage, c'est pas concurrencer une machine. C'est structurer sa pensée, apprendre à déduire, à prouver, à conceptualiser. Et c'est cette architecture intellectuelle qui permet par exemple d'élaborer les modèles pour affronter la transition énergétique ou le changement climatique.

  17. Intervenant 1

    Donc si on perd cette grammaire, on perd notre capacité à concevoir ces technologies.

  18. Intervenant 2

    C'est ça, on devient juste incapable de les comprendre et de les diriger.

  19. Intervenant 1

    Ce qui m'amène à un autre point de la tribune, très fascinant, sur l'impact sociologique. On a souvent cette image des maths comme une discipline froide, un peu élitiste, mais les auteurs affirment que c'est un véritable marqueur d'égalité, que ce soit entre les sexes ou les classes sociales.

  20. Intervenant 2

    C'est un point crucial, oui.

  21. Intervenant 1

    Comment la suppression d'une matière peut-elle creuser les inégalités à ce point ?

  22. Intervenant 2

    Eh bien, le mécanisme est redoutable. Les mathématiques fournissent des critères de réussite qui sont relativement objectifs, contrairement à d'autres disciplines où le capital culturel, le vocabulaire ou les références familiales jouent un rôle majeur dès l'enfance.

  23. Intervenant 1

    Une équation, elle est juste ou fausse, peu importe d'où on vient.

  24. Intervenant 2

    Voilà. En rendant la matière optionnelle, on a détruit cette échelle de progression objective. On a vu s'évaporer en priorité les filles et les élèves issus de milieux moins favorisés.

  25. Intervenant 1

    Parce qu'ils ont tendance à s'auto-censurer davantage au moment des choix.

  26. Intervenant 2

    Tout à fait. En retirant ce repère, on laisse le déterminisme social reprendre le dessus. Et le pire, c'est qu'on leur ferme l'accès aux sphères de pouvoir.

  27. Intervenant 1

    Bah oui, l'accès aux grandes écoles, aux postes de direction.

  28. Intervenant 2

    La maîtrise des maths conditionne l'entrée dans les carrières stratégiques, technologiques et économiques. Les jeunes qui s'éloignent des sciences aujourd'hui sont exclus d'office des postes de décision de demain. On risque de se retrouver avec une élite scientifique de plus en plus restreinte et surtout de moins en moins représentative.

  29. Intervenant 1

    Un vrai problème démocratique. Ce qui nous ramène à l'appel très clair de ces 180 personnalités. Plus qu'au sursaut, l'heure est à la prise de conscience collective pour rendre aux mathématiques et aux sciences toute leur place.

  30. Intervenant 2

    S'il est vraiment refusé de subir les transformations du monde, maintenir cette formation, c'est s'assurer que les citoyens restent des acteurs capables de comprendre leur environnement et pas de simples consommateurs passifs.

  31. Intervenant 1

    Eh bien, ça donne matière à réflexion. Si les mathématiques sont réellement le langage permettant de déchiffrer et construire notre avenir, que se passe-t-il lorsqu'une société choisit volontairement de devenir analphabète dans ce langage ? Si on ne maîtrise plus le code, qui écrira les règles du monde de demain ?

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