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21 nov. 2017 · 7 min

Maths avec les mains : des polyèdres au ruban à une seule face

Dans cet épisode audio, suivez trois propositions des 30 ans de Tangente en 2017 : calculatrice tactile, polyèdres géants et ruban à une seule face.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Imaginez un peu une usine au XIXe siècle. D'énormes machines tournent à plein régime, mais elles tombent tout le temps en panne.

  2. Intervenant 2

    Ouais, à cause des courroies, c'est ça ?

  3. Intervenant 1

    Exactement. Leurs lourdes courroies d'entraînement en cuir s'usent et se cassent constamment. Et la solution à ce cauchement industriel, elle n'est pas venue d'un ingénieur en mécanique, mais d'une astuce géométrique totalement abstraite. Une astuce qui utilise un simple bout de papier.

  4. Intervenant 2

    C'est vraiment un exemple parfait pour illustrer notre sujet. On a trop souvent cette idée reçue que les mathématiques, ce ne sont que des équations sur un tableau noir.

  5. Intervenant 1

    Oui, un truc très théorique.

  6. Intervenant 2

    Voilà, une discipline purement mentale et désincarnée quoi.

  7. Intervenant 1

    C'est vrai. Mais pour célébrer les 30 ans du magazine, on se penche aujourd'hui sur des sources décrivant une série d'ateliers qui prouvent exactement le contraire. L'objectif de notre exploration aujourd'hui, c'est de démontrer que la géométrie, l'algèbre ou même la topologie, ça se manipule aussi physiquement.

  8. Intervenant 2

    Avec les mains.

  9. Intervenant 1

    Avec les mains, tout à fait.

  10. Intervenant 2

    Et c'est crucial car le fait d'ancrer la théorie dans la matière, ça change radicalement la façon dont notre cerveau assimile des concepts complexes.

  11. Intervenant 1

    Du coup, prenons le premier atelier. Ça nous plonge dans l'ère du tactile avec la calculatrice HP Prime et son fameux écran couleur multi-touches. C'est intéressant parce que ça transforme notre rapport à l'équation.

  12. Intervenant 2

    Tout à fait. Et l'intérêt ici, ce n'est pas de faire la promotion technologique de l'outil.

  13. Intervenant 1

    Non, bien sûr.

  14. Intervenant 2

    C'est plutôt d'observer le changement cognitif. Que ce soit sur une tablette, un téléphone ou un ordi, l'interactivité permet de prendre une formule abstraite et de la transformer en un objet visuel.

  15. Intervenant 1

    Un objet qu'on peut modifier en temps réel.

  16. Intervenant 2

    Exactement.

  17. Intervenant 1

    Plutôt que de regarder une équation figée sur du papier, c'est un peu comme si on avait, je sais pas, un morceau d'argile numérique entre les mains. On peut littéralement étirer une formule avec les doigts.

  18. Intervenant 2

    Ouais.

  19. Intervenant 1

    Et voir une parabole en 3D se déformer et réagir sous nos yeux.

  20. Intervenant 2

    Voilà, c'est la main qui guide la compréhension visuelle pour le coup.

  21. Intervenant 1

    Mais alors, si pianoter sur un écran, ça change déjà la donne à l'échelle de quelques centimètres, qu'est-ce qui se passe quand on passe à l'espace physique grandeur nature ?

  22. Intervenant 2

    Ah, c'est là que ça devient impressionnant.

  23. Intervenant 1

    Ouais, quand on ne se contente plus de glisser un doigt, mais qu'on doit soulever et emboîter des objets réels dans une pièce.

  24. Intervenant 2

    Et ça, c'est tout le défi qui est relevé par l'association Science Ouverte. Ils organisent des constructions monumentales collectives.

  25. Intervenant 1

    Oui, on parle de structures vraiment massives. Avec de simples tourillons de bois, des pitons et des colliers de serrage, ils bâtissent un icosaèdre tronqué. En gros, c'est la forme d'un ballon de foot, mais de 5 mètres de diamètre.

  26. Intervenant 2

    C'est ça.

  27. Intervenant 1

    Ou alors un tétraèdre de Sierpinski de 6 mètres et demi de haut.

  28. Intervenant 2

    Alors arrêtons-nous un instant. Pour ceux qui n'ont pas forcément l'image en tête, un tétraèdre de Sierpinski, comment vous le décririez ?

  29. Intervenant 1

    Et bien imaginez une immense pyramide qui est elle-même composée de pyramides plus petites.

  30. Intervenant 2

    D'accord.

  31. Intervenant 1

    En lisant les sources, je me faisais une réflexion. Des grandes structures comme ça, on en a déjà vu à la Cité des sciences ou au Futuroscope.

  32. Intervenant 2

    Bien sûr !

  33. Intervenant 1

    Au-delà du côté sympa, du jeu de construction géant, pourquoi on fait ça pour apprendre la géométrie en vrai ?

  34. Intervenant 2

    En fait, c'est une question d'échelle et de réalité physique. Quand vous construisez une petite maquette sur un bureau, une erreur d'un millimètre, on s'en rend pas compte.

  35. Intervenant 1

    Non, ça passe inaperçu.

  36. Intervenant 2

    Mais à plus de 6 mètres de haut, les lois de la géométrie ne pardonnent pas du tout. Si votre angle à la base est faux d'un seul degré, l'erreur s'amplifie avec la hauteur.

  37. Intervenant 1

    Ah d'accord.

  38. Intervenant 2

    Et les pièces du sommet refuseront tout simplement de s'embrater.

  39. Intervenant 1

    Je comprends mieux. La taille force la précision en

  40. Intervenant 2

    fait. Exactement. Ça oblige les bâtisseurs, sans même qu'ils s'en rendront compte, à ressentir physiquement la rigueur des angles. Et ils doivent aussi s'adapter à l'environnement.

  41. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  42. Intervenant 2

    Il faut calculer l'espace dégagé, anticiper la hauteur sous plafond. La théorie mathématique se heurte brutalement à la réalité de la salle.

  43. Intervenant 1

    C'est fascinant d'apprendre par la contrainte physique comme ça. Pourtant, on n'a pas toujours besoin d'une structure de 6 mètres pour se faire des nœuds au cerveau.

  44. Intervenant 2

    Non, c'est vrai.

  45. Intervenant 1

    Parfois, un simple ruban de papier suffit. Ce qui nous ramène à notre usine du 19e siècle du début.

  46. Intervenant 2

    L'histoire des courroies d'entraînement. A l'époque, ces lanières de cuir s'usaient très vite sur une seule de leurs faces.

  47. Intervenant 1

    Celles qui frottaient contre les poulies, oui.

  48. Intervenant 2

    C'est ça.

  49. Intervenant 1

    Et la solution qui a été popularisée par des mathématiciens comme Listing et Moebius, c'était le fameux ruban de Moebius. On prend une longue bande rectangulaire, on lui fait faire un demi-tour sur elle-même et on colle les deux bouts.

  50. Intervenant 2

    Et le résultat ?

  51. Intervenant 1

    On obtient une surface avec une seule face et un seul bord.

  52. Intervenant 2

    C'est quand même dingue. La conséquence pour l'industrie, c'est qu'en croisant les courroies de cette manière, l'usure se répartissait uniformément sur toute la surface. Ça a carrément doublé leur durée de vie.

  53. Intervenant 1

    La topologie venait de sauver l'usine, quoi.

  54. Intervenant 2

    Exactement. Et d'un point de vue strictement mathématique, ce retournement n'a rien de magique. C'est simplement ce qu'on appelle une permutation d'ordre 2.

  55. Intervenant 1

    Waouh, attendez, stop. Une permutation d'ordre 2, là vous m'avez perdu. Qu'est-ce que ça veut dire concrètement pour le bout de paquet que j'ai dans la main ?

  56. Intervenant 2

    C'est très simple en fait. Ça signifie juste que si vous répétez une action deux fois, vous revenez exactement à votre point de départ.

  57. Intervenant 1

    Comme appuyer sur un interrupteur en fait. Allumer, puis éteindre.

  58. Intervenant 2

    Voilà. Sur le ruban, si vous parcourez la bande deux fois, vous revenez à votre point d'origine, en ayant visité l'intégralité de la surface.

  59. Intervenant 1

    D'accord, c'est beaucoup plus clardé comme ça. Et c'est sur ce ruban que les sources nous lancent un défi assez redoutable. L'expérience classique, c'est de découper ce ruban en deux, dans le sens de la longueur.

  60. Intervenant 2

    Tout à fait.

  61. Intervenant 1

    Quand on fait ça, au lieu d'obtenir deux anneaux séparés, comme la logique le voudrait, on a une seule très grande boucle, toute vrillée.

  62. Intervenant 2

    C'est un grand classique qui surprend toujours les gens. Mais que se passe-t-il si l'on complique un peu le découpage ?

  63. Intervenant 1

    Voilà la vraie question ! Si je le découpe en 17 bandelettes dans la longueur, qu'est-ce que j'obtiens ? Un gros nœud complexe ? 17 anneaux entremêlés ? Ou une seule boucle géante ?

  64. Intervenant 2

    Les sources ne nous donnent pas la réponse pour le coup.

  65. Intervenant 1

    Non, le mystère reste entier. On va donc laisser nos auditeurs sortir leurs ciseaux ce week-end pour vérifier par eux-mêmes.

  66. Intervenant 2

    C'est le meilleur moyen de passer de la théorie à la pratique.

  67. Intervenant 1

    C'est sûr. Ce qui m'amène à une dernière réflexion, pour boucler la boucle si j'ose dire. Si une banale torsion topologique avec une bande de papier a pu doubler l'espérance de vie des lourdes machines industrielles du passé, Quelles autres solutions technologiques révolutionnaires se cachent encore sous nos yeux aujourd'hui, attendant juste qu'on manipule la géométrie sous un angle différent ?

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