
7 juil. 2016 · 5 min
Le problème du crocodile valait-il tant de larmes ?
Dans cet épisode, suivez les étapes du problème écossais : comparer deux trajets, puis chercher où le crocodile doit sortir de l’eau pour minimiser son temps.
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Intervenant 1
Bienvenue à toutes les personnes à l'écoute dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on va s'imaginer dans une salle d'examen très silencieuse en Écosse.
Intervenant 2
Oui, une salle remplie d'élèves de 17 ans à peu près.
Intervenant 1
Voilà. Et soudain, face à un seul problème de maths, c'est la panique générale. Apparemment, certains ont même fini en larmes.
Intervenant 2
C'est ça. L'onde de choc a été tellement forte que les parents d'élèves ont carrément lancé une pétition nationale.
Intervenant 1
Attends, une pétition juste pour ça ? Dingue.
Intervenant 2
Bah oui, ils exigeaient une baisse de la note d'admission parce que pour eux, cette épreuve relevait d'une difficulté absolue. Enfin, presque surhumaine quoi.
Intervenant 1
Du coup, notre mission aujourd'hui, c'est d'enquêter sur ce fameux problème du crocodile. Est-ce qu'on est face à un monstre insurmontable ou juste à une belle énigme de géométrie qui a été, disons, mal comprise sous la pression ?
Intervenant 2
Alors il faut d'abord poser le décor de la traque. C'est un mélange de biologie et de géométrie. On a un crocodile qui repère sa proie.
Intervenant 1
Un zèbre, c'est ça ?
Intervenant 2
Exactement. Un zèbre qui est situé 20 mètres plus loin, juste de l'autre côté d'une rivière parfaitement droite. Et l'élément central, en fait, c'est que le reptile se déplace à des vitesses bien différentes selon qu'il nage ou qu'il
Intervenant 1
marche. On se doute bien que s'il veut attraper son repas le plus vite possible, il ne peut pas juste nager en ligne droite vers le zèbre. L'eau le ralentirait sur une trop grande distance.
Intervenant 2
Complètement. Donc pour minimiser son temps de trajet, il doit nager en diagonale jusqu'à un point précis sur la rive opposée.
Intervenant 1
Disons à une distance X de son point de départ.
Intervenant 2
Voilà. Et ensuite, il termine sa course à pied sur la berge. Tout l'enjeu, c'est de trouver le point de bascule optimal entre le milieu aquatique et la terre ferme.
Intervenant 1
Mais ça rappelle direct le fonctionnement d'un GPS en vec.
Intervenant 2
Ah oui, c'est le même principe.
Intervenant 1
Quand on cherche le trajet le plus rapide en voiture, le système sous-pèse toutes les options. Genre rouler plus longtemps sur une petite départementale lente pour choper une autoroute ultra rapide.
Intervenant 2
Ou alors, couper au plus court, quitte à être ralenti. C'est un pur problème d'optimisation.
Intervenant 1
Sauf qu'un GPS fait ce calcul en une fraction de seconde, lui.
Intervenant 2
C'est sûr ! Alors que là, les élèves devaient manipuler une fonction qui décrit le temps de trajet du crocodile. Et la formule donnée par les concepteurs, visuellement, elle donne des sueurs froides.
Intervenant 1
J'imagine !
Intervenant 2
Ah bah c'est une racine carrée géante, couplée à une soustraction entre parenthèses, et le tout multiplié par différents coefficients.
Intervenant 1
Ouais, alors, attends, plutôt que d'essayer de visualiser une formule algébrique indigeste, on peut la déconstruire un peu. Elle raconte quoi concrètement cette équation ?
Intervenant 2
Elle raconte tout simplement l'addition de deux durées en fait. Le temps passé dans l'eau, plus le temps passé sur Terre.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Et cette grosse racine carrée qui a tant effrayé les élèves, c'est ni plus ni moins que le théorème de Pythagore. Je suis persuadée que tout le monde connaît ça.
Intervenant 1
Pythagore. Donc on est juste en train de calculer l'hypoténuse du triangle que forme le crocodile en traversant en diagonale.
Intervenant 2
Voilà, c'est exactement ça. Le problème précise que la rivière fait 6 mètres de large. Et le carré de 6, ça fait 36.
Intervenant 1
Ah, c'est pour ça qu'on trouve ce fameux 36 sous la racine.
Intervenant 2
Tout à fait. Additionné à la distance sur la berge au carré. Et ça, ça donne la distance exacte parcourue à la nage.
Intervenant 1
Ok, et pour la distance à pied alors ?
Intervenant 2
C'est juste les 20 mètres initiaux, moins la distance X où le crocodile a fini par débarquer.
Intervenant 1
D'accord, la géométrie du truc devient hyper limpide d'un coup. Mais dans cette équation, il y a aussi des multiplicateurs devant chaque distance, genre un 5 et un 4. Ils sortent d'où ceux-là ?
Intervenant 2
En fait, ils servent à convertir les distances en temps. Ça représente l'inverse des vitesses du crocodile dans l'eau et sur la terre ferme.
Intervenant 1
Ah, je vois.
Intervenant 2
Et avec tous ces éléments, l'élève devait calculer le temps pris, si le reptile nage sur tout le trajet, puis s'il traverse au plus court.
Intervenant 1
Et la dernière étape, la vraie grosse difficulté de l'exercice, c'est de trouver la valeur exacte de x qui minimise le temps. J'imagine que pour ça, on revient aux méthodes classiques.
Intervenant 2
Ouais, il faut dériver la fonction et chercher à quel endroit cette dérivée s'annule, tout simplement.
Intervenant 1
Pour trouver le creux
Intervenant 2
de la courbe, quoi. Elle est psychologique.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Le cerveau, sous la pression d'un examen chronométré, voit sa mémoire de travail complètement saturée. La narration, qui devait donner du sens aux chiffres, devient une charge cognitive supplémentaire.
Intervenant 1
C'est clair. L'élève ne voit plus du tout Pythagore ou une simple dérivée.
Intervenant 2
Non, il voit juste un prédateur affamé et un calcul abstrait.
Intervenant 1
Au bout du compte, ces fameuses larmes de crocodile ont coulé pour une question qui n'était qu'un grand classique de l'optimisation.
Intervenant 2
Une recherche de minimum tout à fait banale, oui. Une application directe du programme, mais habillée d'une façon un peu inattendue pour tester la modélisation.
Intervenant 1
Ce qui amène une question pour plore notre analyse. Habiller un concept mathématique abstrait avec une situation concrète, comme cette scène de chasse sauvage, est-ce que ça aide véritablement à visualiser les enjeux ?
Intervenant 2
Ou est-ce que ça ajoute seulement du bruit et de l'angoisse pendant une épreuve déterminante ? Ouais, c'est la bonne question.
Intervenant 1
Une petite réflexion à garder en tête la prochaine fois qu'une équation décidera de se déguiser en prédateur. Merci à toutes et à tous de nous avoir écoutés et à très vite.
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