tangenteAudio

16 mai 2023 · 24 min

Clustering : comment l’ordinateur découvre des groupes

Cet épisode suit, étape par étape, la façon dont un ordinateur passe d’un nuage de points sans étiquettes à des groupes cohérents.

Premium
Collections de cet épisode (2)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente.

  2. Intervenant 2

    Bonjour, super ravi d'être là.

  3. Intervenant 1

    Oui, ravi de vous avoir avec nous pour cette nouvelle exploration. Aujourd'hui, on va parler d'un truc assez vertigineux en fait. On imagine que dans nos hôpitaux, sur les serveurs des plateformes de streaming ou même au cœur des réseaux électriques, il y a des milliards de points de données qui flottent chaque seconde.

  4. Intervenant 2

    C'est ça, c'est vraiment le chaos le plus total.

  5. Intervenant 1

    Voilà, le chaos absolu. Et d'habitude, quand on parle d'algorithme, on imagine souvent des équations super bien alignées, une logique hyper binaire, un résultat très clair quoi.

  6. Intervenant 2

    Ouais, la vision très classique de l'informatique en fait.

  7. Intervenant 1

    Exactement. Mais aujourd'hui, on va plonger dans un truc qui a l'air complètement irrationnel. Notre mission pour cette exploration, c'est de comprendre l'impossible. En gros, comment une machine qui est totalement aveugle et à qui on donne aucune règle au départ arrive à trouver un sens, un ordre et même à créer des catégories dans ce brouillard total de données brutes.

  8. Intervenant 2

    C'est un défi assez monumental parce qu'il s'agit pas juste de lire un tableau Excel géant, c'est vraiment en extraire une structure sous-jacente.

  9. Intervenant 1

    Une sorte d'architecture secrète

  10. Intervenant 2

    quoi. Tout à fait. Une architecture qui n'était absolument pas visible à l'œil nu à la base. La machine doit littéralement inventer un ordre à partir de ce fameux chaos.

  11. Intervenant 1

    Et je trouve qu'on a souvent cette impression un peu mystique que la machine, qu'elle sait des choses en fait. Qu'elle a une sorte d'intuition face à ces montagnes de données.

  12. Intervenant 2

    C'est très vrai, on a tendance à anthropomorphiser tout ça.

  13. Intervenant 1

    Oui, c'est ça. Mais on va soulever le capot aujourd'hui. On va décortiquer la mécanique pure, la magie mathématique qui se cache derrière ce tri automatique de l'univers.

  14. Intervenant 2

    Et c'est de la belle mécanique, vous allez voir.

  15. Intervenant 1

    J'en doute pas. Mais pour commencer, avant de comprendre comment on trie tout ça, il faut peut-être visualiser la matière première.

  16. Intervenant 2

    Oui, il faut passer du concept abstrait à la géométrie pure.

  17. Intervenant 1

    Prenons un tableau de données super classique. En ligne, on a des observations, on va dire des individus, et en colonne, on a les variables qui décrivent ces individus.

  18. Intervenant 2

    Et là, pour que notre cerveau puisse se représenter la chose, on va réduire ce tableau immense à seulement deux variables quantitatives.

  19. Intervenant 1

    D'accord, donc juste deux colonnes.

  20. Intervenant 2

    Voilà, on va les appeler V1 et V2. Et mathématiquement, la magie, elle opère quand chaque ligne de ce tableau, donc chaque observation, quitte sa grille pour devenir un simple point dans un espace à deux dimensions.

  21. Intervenant 1

    Donc un repère classique avec un axe horizontal et vertical.

  22. Intervenant 2

    Exactement. La variable V1 se place sur l'axe horizontal, la variable V2 sur l'axe vertical. On vient de transformer une liste de chiffres en un nuage géométrique.

  23. Intervenant 1

    Ah, je vois donc, on a notre nuage de points dessinés sur une immense feuille blanche. Et parfois, la nature est bien faite. L'œil repère tout de suite trois groupes très distincts sur la feuille. Des petits amas bien séparés par du vide.

  24. Intervenant 2

    Oui, quand c'est le cas, c'est facile. Mais le plus souvent, la réalité, c'est une catastrophe visuelle.

  25. Intervenant 1

    Genre une grosse tache d'encre informe.

  26. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Ou alors c'est un peu entre les deux. On devine des petites concentrations de points, mais les frontières sont complètement floues.

  27. Intervenant 1

    Et c'est là, j'imagine, qu'intervient la classification automatique.

  28. Intervenant 2

    Tout à fait. C'est ce domaine fondamental de l'apprentissage automatique qu'on appelle aussi le clustering.

  29. Intervenant 1

    Le fameux clustering.

  30. Intervenant 2

    Voilà. Le but, c'est de demander à l'ordinateur de définir lui-même ses frontières, de tracer des lignes de démarcation invisibles et d'aller beaucoup plus loin que ce que notre œil pourrait faire.

  31. Intervenant 1

    Et mathématiquement, c'est quoi le but précis de ce tracé ?

  32. Intervenant 2

    L'objectif est double en fait. D'abord, il faut former des groupes dont les points sont extrêmement semblables à l'intérieur, mais qui en même temps sont le plus différent possible des autres groupes.

  33. Intervenant 1

    D'accord, donc très homogène dedans et très hétérogène entre eux.

  34. Intervenant 2

    C'est ça. Et ensuite, le deuxième objectif, c'est d'isoler le comportement moyen, le profil type de chaque groupe.

  35. Intervenant 1

    Ça me fait penser à un astronome amateur qui observe le ciel étoilé, en fait.

  36. Intervenant 2

    Ah ouais, pourquoi ?

  37. Intervenant 1

    Naturellement, notre cerveau adore relier les étoiles qui semblent proches sur la voûte céleste pour y tracer des constellations. On cherche des formes, quoi.

  38. Intervenant 2

    C'est une super analogie.

  39. Intervenant 1

    Mais la différence majeure ici, si je ne me trompe pas, c'est que la machine doit faire ce travail non pas dans un ciel en deux ou trois dimensions, mais dans un espace abstrait qui a des dizaines, voire des centaines ou des millions de dimensions.

  40. Intervenant 2

    Ça dépend du nombre de colonnes de notre tableau initial. En effet, si on a mille variables, on a mille dimensions.

  41. Intervenant 1

    C'est complètement fou d'imaginer ça. Mais attendez, avant d'aller plus loin, il faut qu'on clarifie un point vraiment crucial. On parle constamment d'intelligence artificielle aujourd'hui.

  42. Intervenant 2

    Oui, c'est le grand mot à la mode.

  43. Intervenant 1

    Avec ces fameux modèles qu'on entraîne pendant des mois, en leur montrant, genre, des milliards d'exemples corrigés. En quoi cette méthode du clustering, qu'on qualifie de « non supervisée », est-ce qu'elle est si différente de

  44. Intervenant 2

    ça ? La différence, elle est radicale. Et c'est vraiment ça qui rend le clustering si élégant, à mon avis.

  45. Intervenant 1

    Ah ouais ?

  46. Intervenant 2

    Ouais. Dans l'apprentissage classique, qu'on appelle « supervisé », la machine est complètement guidée. En gros, on lui montre 100 000 photos et on lui dit clairement

  47. Intervenant 1

    Ceci est un chat, ceci est un chien.

  48. Intervenant 2

    Exactement. Les étiquettes ou les classes, elles sont données dès le départ. Donc la machine apprend par l'exemple et on la corrige.

  49. Intervenant 1

    Mais dans le non-supervisé alors ?

  50. Intervenant 2

    Dans la méthode non-supervisée, on jette les points bruts à la machine et on se tait.

  51. Intervenant 1

    Vraiment ? On lui dit rien du tout.

  52. Intervenant 2

    Rien. Aucune étiquette, aucune catégorie préexistante, aucun exemple corrigé. La machine doit découvrir la structure latente du nuage par ses propres moyens mathématiques.

  53. Intervenant 1

    De façon totalement aveugle, donc. C'est un peu comme la lâcher sur une planète extraterrestre sans boussole et lui demander d'inventer la cartographie de zéro.

  54. Intervenant 2

    C'est une très belle image. Et ce qui frappe, c'est que cette géométrie aveugle révolutionne des pans entiers de notre réalité aujourd'hui.

  55. Intervenant 1

    C'est pas juste une grosse abstraction mathématique pour s'amuser.

  56. Intervenant 2

    Ah non, pas du tout. Prenez un exemple très concret qu'on retrouve beaucoup dans les sources de notre exploration, l'imagerie satellite.

  57. Intervenant 1

    Ah oui, parce qu'on pourrait croire qu'un point géométrique, ça représente toujours un client ou une personne humaine.

  58. Intervenant 2

    Alors que non, un point, ça peut tout simplement être un pixel d'une photographie prise depuis l'espace.

  59. Intervenant 1

    OK. Et donc sur l'image satellite, chaque pixel a quoi ? Des variables, genre sa couleur ?

  60. Intervenant 2

    Sa couleur, sa réflectance dans l'infrarouge, sa luminosité. Plein de variables. Et l'algorithme de classification va regrouper tous les pixels qui partagent un profil similaire dans cet espace à plusieurs dimensions.

  61. Intervenant 1

    Sans même savoir ce qu'ils représentent concrètement sur la Terre.

  62. Intervenant 2

    Absolument aucune idée ! Et le résultat, c'est qu'en regroupant ces points mathématiquement, l'algorithme va dessiner de lui-même une carte agricole parfaite. C'est dingue ! Il va isoler les champs de maïs des forêts ou des zones urbaines, juste parce que leurs pixels forment des amas distincts dans notre nuage de données.

  63. Intervenant 1

    Et le pire, c'est que ça fonctionne dans des domaines qui n'ont rien à voir. Genre en biologie, on file des milliers de données génétiques à l'algorithme.

  64. Intervenant 2

    Ouais, le séquençage génétique, c'est un énorme cas d'usage.

  65. Intervenant 1

    Et les chercheurs l'utilisent pour regrouper des gènes qui s'activent de la même manière face à une maladie. La machine ne sait pas du tout ce qu'est la maladie, mais elle isole les bons groupes de gènes.

  66. Intervenant 2

    Tout à fait. Et en imagerie médicale, c'est pareil. Cette même géométrie aveugle, elle arrive à délimiter des zones homogènes sur des IRM pour mettre en évidence des tumeurs.

  67. Intervenant 1

    Alors qu'on lui a jamais montré à quoi ressemble un tissu sain ou malade. C'est fou.

La suite de la transcription est réservée aux abonnés.

S’abonner

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.