
15 févr. 2017 · 6 min
Indicateurs économiques : le passé influence les marchés
Dans cet épisode, suivez les trois horizons du passé au futur, puis découvrez comment taux d’intérêt, inflation et chômage se lisent.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Conduire sur l'autoroute à 130 km heure en fixant uniquement le rétroviseur, ça semble complètement absurde. C'est clair,
Intervenant 2
c'est le meilleur moyen d'aller dans le mur.
Intervenant 1
Et pourtant, c'est exactement la logique quotidienne des marchés financiers mondiaux. Aujourd'hui, on plonge dans les bases de données d'institutions comme l'INSEE, Eurostat ou l'OCDE pour décrifter un peu la mécanique mathématique.
Intervenant 2
Et parfois les illusions, il faut le dire.
Intervenant 1
Oui, les illusions qui se cachent derrière tous ces indicateurs économiques. Et pour comprendre cette mécanique, je crois que la première étape, c'est vraiment d'analyser la temporalité de ces données, non ?
Intervenant 2
Tout à fait. En fait, les marchés réagissent avec une volatilité énorme à ce qu'on appelle les indicateurs retardés, genre le taux de chômage, le PIB ou les taux d'intérêt.
Intervenant 1
D'accord, mais par définition, la modélisation mathématique de ces chiffres, elle mesure une activité passée. C'est déjà figé, quoi.
Intervenant 2
C'est ça, doute en analogie du rétroviseur. On a pourtant d'autres outils comme les indicateurs coïncidents pour évaluer l'activité en temps réel.
Intervenant 1
Il y a aussi les indicateurs avancés, non ?
Intervenant 2
Exactement. En croisant un indice de confiance des consommateurs avec une courbe de tendance de croissance par exemple, on essaie d'anticiper la trajectoire future.
Intervenant 1
Mais attends, du coup je me pose une question. Pourquoi faire une telle fixation sur un passé immédiat pour prendre des décisions d'investissement futures ? C'est hyper paradoxal.
Intervenant 2
C'est parce que les modèles prédictifs ont horreur du vide. On n'a pas d'équation capable de prédire l'avenir avec une certitude absolue. Du coup, les acteurs économiques utilisent ces fameux indicateurs retardés comme point d'étalonnage concret.
Intervenant 1
Ah, je vois. Ils projettent la tangente d'une courbe passée en espérant juste que la direction se maintienne.
Intervenant 2
Voilà. La rigueur mathématique exige des certitudes chiffrées, ce qui pousse le système à sur-réagir dès qu'un chiffre diverge, même un peu, de l'estimation initiale.
Intervenant 1
Et l'outil par excellence pour tenter d'influencer directement cette trajectoire économique, ce sont les taux directeurs, n'est-ce pas ?
Intervenant 2
Oui, tout à fait. Les banques centrales, comme la BCE ou la Fed, modifient en gros le coût de l'argent.
Intervenant 1
Et mécaniquement, en rendant les prêts plus chers pour les banques commerciales, elle raréfie le crédit. Résultat, la demande globale se refroidit, les échanges freinent et la machine ralentit.
Intervenant 2
C'est exactement ça. Avec parfois des situations mathématiquement super contre-intuitives, genre les taux artificiellement négatifs qu'on a pu observer il y a quelques années.
Intervenant 1
Ah oui, c'était censé forcer la circulation de l'argent, ça.
Intervenant 2
Ouais, mais pour vérifier si cette manipulation des taux fonctionne sur l'économie réelle, les banques centrales ont besoin d'un thermomètre. Ce thermomètre, c'est l'indice des prix à la consommation, le fameux IPC.
Intervenant 1
L'IPC qui compare les prix au salaire, c'est ça ? Sauf que ce thermomètre, il a une sacrée limite conceptuelle.
Intervenant 2
Tu penses au panier
Intervenant 1
type ? Exactement. L'IPC évalue la variation des prix à partir d'un panier type de biens et services. Mais en agrégeant le coût d'un loyer en plein cœur de Paris avec celui des transports en zone rurale, la moyenne mathématique donne naissance à un consommateur fantôme.
Intervenant 2
Un consommateur qui n'existe nulle part en fait.
Intervenant 1
Voilà. Ce lissage statistique est tellement fort qu'il finit par déconnecter l'indicateur de la réalité financière quotidienne des ménages. C'est pas un peu un non-sens mathématique ?
Intervenant 2
La méthode de calcul des variations est rigoureuse en soi, mais c'est la prémisse qui crée ce décalage. En théorie des statistiques, utiliser une moyenne tente toujours à gommer les valeurs extrêmes et les disparités.
Intervenant 1
Donc les algorithmes de décision retiennent un pourcentage macroéconomique unique, alors que la dispersion des données réelles autour de cette moyenne est gigantesque quoi.
Intervenant 2
C'est le problème de la réduction des dimensions. Et ce concept de lissage, ça nous amène naturellement à une autre variable où les mathématiques façonnent vraiment la perception du réel, le taux de chômage.
Intervenant 1
Ah, le chômage ! Là, tout dépend de la manière dont on définit les frontières d'un ensemble, n'est-ce pas ?
Intervenant 2
Complètement. Appliquée la macroéconomie, la théorie des ensembles montre que si on restreint les critères d'appartenance à la population active, le dénominateur de la fraction change. Radicalement.
Intervenant 1
L'outil mathématique se contente juste d'exécuter l'opération sur l'ensemble qu'on lui fournit. Bêtement.
Intervenant 2
Voilà. L'algorithme ne fait pas de politique, il fait du calcul.
Intervenant 1
D'ailleurs, un cas très récent mentionné dans nos sources illustre parfaitement ce phénomène. C'est la Belgique. Les statistiques officielles ont affiché une baisse spectaculaire du taux de chômage. La courbe s'est littéralement effondrée.
Intervenant 2
Sauf que ?
Intervenant 1
Sauf que dans les faits, des dizaines de milliers de demandeurs d'emploi ont tout simplement été exclus de l'ensemble statistique suite à un changement de réglementation, d'ailleurs très contesté sur le terrain.
Intervenant 2
Oui, la réalité sociale n'a pas bougé d'un millimètre, c'est juste l'équation qui a muté.
Intervenant 1
C'est fou quand même. Exclure un sous-groupe d'une base de données, ça modifie immédiatement la valeur de l'indicateur final sans qu'un seul emploi n'ait été créé.
Intervenant 2
C'est la limite intrinsèque de la donnée quoi. Elle obéit aveuglement à sa définition initiale.
Intervenant 1
C'est fascinant. Les indicateurs économiques sont si souvent perçus comme des vérités absolues, des piliers incontestables du système.
Intervenant 2
Alors que ce ne sont que des modélisations, avec un décalage temporel inhérent et une dépendance totale aux paramètres choisis par leurs concepteurs.
Intervenant 1
Ouais. Une décimale de PIB ou un point d'inflation, ça ne raconte jamais toute l'histoire.
Intervenant 2
Ça raconte uniquement l'histoire telle qu'elle a été codée.
Intervenant 1
C'est joliment dit. Et ça laisse vraiment une question en suspens pour clôturer notre analyse. Si redéfinir les frontières d'un ensemble statistique suffit à rayer des milliers d'individus des bases de données d'un simple trait de plume, jusqu'à quel point le pilotage de l'économie mondiale repose-t-il sur de pures illusions mathématiques ?
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