
7 juil. 2016 · 6 min
Impôts 2017 : ni zéro ni double, suivez le calendrier
Dans cet épisode audio, suivez les impôts 2016 payés en 2017, puis les impôts 2018 payés en 2018, sans interruption pour le contribuable.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on se penche sur une situation complètement dingue. Imaginons travailler une année entière, accumuler des revenus et l'État qui décide tout simplement d'oublier de prélever des impôts sur cette période.
Intervenant 2
Ouais, le rêve absolu en fait !
Intervenant 1
Ah bah c'est sûr ! C'est pourtant ce que beaucoup ont cru lors du passage au prélèvement à la source en France. Et là, on va décortiquer l'article intitulé « 2017, année ni blanche ni double ».
Intervenant 2
C'est ça.
Intervenant 1
L'objectif de notre analyse, c'est d'utiliser la rigueur mathématique pour comprendre comment cette transition fiscale a pu générer autant de mythes. Je suis vraiment bluffée par la confusion que ça a créé.
Intervenant 2
Je suis ravi qu'on en parle, parce que le plus curieux dans cette histoire, c'est vraiment l'ampleur du paradoxe cognitif qui s'est installé. Bien avant l'application de la réforme, la population s'est totalement scindée.
Intervenant 1
Il y a eu une vraie fracture, non ?
Intervenant 2
Complètement. Une fracture basée sur des perceptions totalement erronées de la comptabilité publique.
Intervenant 1
Bah oui, parce que d'un côté, on entendait cette théorie fantastique de la gratuité totale, la fameuse année sans impôts, et de l'autre, c'était la panique générale avec l'angoisse d'une double peine.
Intervenant 2
Le fameux risque de devoir payer à la fois sur les revenus passés et en cours, voilà.
Intervenant 1
Exactement. Ce qui me fascine, c'est de comprendre comment l'esprit humain, face à un truc administratif un peu complexe, peut s'emballer vers deux extrêmes aussi faux l'un que l'autre. Comment le ministère des Finances a géré ça pour éviter le chaos absolu ?
Intervenant 2
En fait, cette peur du double prélèvement, ou même l'espoir d'une amnistie totale, ça vient d'une grosse incompréhension de la notion de flux. La réalité, c'est que le système a maintenu une logique implacable de continuité.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Pour faire simple, en 2017, les contribuables ont réglé les impôts dus sur leurs revenus de 2016. C'était le fonctionnement classique.
Intervenant 1
Ouais, l'ancien monde
Intervenant 2
quoi. Voilà, l'ancien monde. Puis, au 1er janvier 2018, hop, le nouveau mécanisme s'active. Ces mêmes personnes ont alors commencé à payer l'impôt directement sur leurs revenus de 2018.
Intervenant 1
Attendez, il y a un gros problème de logique là.
Intervenant 2
Ah bon ?
Intervenant 1
Bah oui. Si on paye pour 2016 au cours de l'année 2017 et qu'on paye pour 2018 au cours de l'année 2018, l'année de revenu 2017, elle a purement et simplement disparu de l'équation.
Intervenant 2
C'est l'impression que ça donne, c'est
Intervenant 1
vrai. Mais comment un État peut effacer les impôts sur une année entière de création de richesse sans faire faillite du jour au lendemain ? Il manque forcément un morceau.
Intervenant 2
Disons qu'il faut plutôt voir le système de prélèvement comme un immense tapis roulant industriel.
Intervenant 1
Un
Intervenant 2
tapis roulant ? Oui. Imaginez des boîtes qui défilent sur ce tapis. Ce sont les paiements des citoyens. L'État n'a jamais, au grand jamais, arrêté ce tapis roulant. L'argent a continué de rentrer chaque mois, sans exception.
Intervenant 1
D'accord, mais alors, il s'est passé quoi en 2017 ?
Intervenant 2
Ils se sont simplement contentés de changer les étiquettes collées sur les boîtes. Et c'est là que la modalisation mathématique devient lumineuse.
Intervenant 1
Ah, on y vient !
Intervenant 2
On peut définir une fonction, appelons-la f. La variable n, c'est l'année civile en cours sur le calendrier. Le résultat de f , ça représente l'année de référence sur laquelle l'impôt est calculé.
Intervenant 1
Ok, donc si on remonte le temps, mettons en 2016. L'année civile en cours est 2016, donc notre petite variable N vaut 2016, on payait pour les revenus de 2015.
Intervenant 2
Exact.
Intervenant 1
Donc la règle mathématique de l'ancien système, c'est tout bêtement F de N égale N moins 1.
Intervenant 2
On soustrait toujours un an. C'est tout à fait ça. Et jusqu'à l'année 2017 incluse, la fonction reste bloquée sur cette soustraction. L'étiquette sur la boîte indique l'année précédente. Mais au passage à 2018, paf, la règle change brusquement.
Intervenant 1
Le fameux changement d'étiquette.
Intervenant 2
Exactement. Le tapis roulant tourne toujours à la même vitesse, l'argent rentre pareil, mais la formule devient F2N égale N. L'étiquette indique désormais l'année en cours.
Intervenant 1
Ce qui m'amène à visualiser un peu le truc sur un graphique. Si on place l'année civile en bas sur l'axe horizontal et l'année d'imposition payée sur l'axe vertical, jusqu'en 2017, on a une ligne qui monte tranquillement en décalé d'un
Intervenant 2
an.
Intervenant 1
Et soudain, en 2018, cette ligne fait un bond vers le haut puisqu'on passe de n-1 direct à n.
Intervenant 2
Voilà, en mathématiques, ce saut crée ce qu'on appelle une rupture de pente. L'inclinaison de la ligne change brutalement. Mais c'est ça le point crucial. Si on regarde l'axe des paiements physiques, il n'y a eu aucun trou, aucune interruption dans les flux financiers. Le contribuable a sorti de l'argent chaque année.
Intervenant 1
Et le Trésor public a encaissé ses recettes sans la moindre interruption.
Intervenant 2
Tout à fait.
Intervenant 1
Donc la fameuse année blanche n'était en fait qu'un artefact mathématique. Le chiffre 2017 n'est tout simplement jamais le résultat de notre fonction f , ni dans l'ancien système, ni dans le nouveau.
Intervenant 2
C'est exactement ça. L'État n'a absolument rien perdu parce qu'il a juste sauté un indice dans son équation. Le pouvoir de l'abstraction permet parfois de résoudre des situations qui ont l'air inextricables en pratique. C'est clair. Cette petite modélisation montre bien que la transition pouvait se faire de manière totalement indolore sur le plan comptable.
Intervenant 1
C'est quand même captivant de voir qu'un simple changement de variable suffisse à réécrire la réalité d'un pays sans même perturber l'économie réelle.
Intervenant 2
C'est la magie des maths, on va dire.
Intervenant 1
Mais du coup, ça laisse vachement songeur. Si l'administration a pu techniquement enjamber une année entière de revenus simplement en modifiant la fonction d'un prélèvement, quelles autres crises ou dates publiques colossales qu'on considère aujourd'hui comme paralysantes pourraient être neutralisées par une géniale astuce de modélisation mathématique ?
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