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22 févr. 2016 · 19 min

Immunothérapie : le hasard peut-il hâter la rechute ?

Dans cet épisode audio, suivez cellules cancéreuses et cellules T immunitaires jusqu’au moment où le hasard ouvre deux formes possibles de rechute.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Alors, imaginons un instant une armée invincible. À chaque bataille, elle écrase totalement son ennemi. La victoire semble inéluctable, la courbe des victoires est parfaite. Et pourtant, à la toute fin, elle perd systématiquement la guerre.

  2. Intervenant 2

    Ah oui, c'est un paradoxe assez cruel.

  3. Intervenant 1

    Et pas par manque de force, ni par manque de courage, mais à cause d'une simple et infime anomalie statistique. C'est vraiment le paradoxe fascinant qui est au cœur de notre exploration scientifique du jour. Aujourd'hui, on s'attaque à une collision frontale en fait.

  4. Intervenant 2

    Entre deux mondes qui s'observent souvent de loin, oui.

  5. Intervenant 1

    Exactement. D'un côté, les mathématiques pures avec leurs équations différentielles et de l'autre, le monde très tangible et complexe de l'oncologie.

  6. Intervenant 2

    Et c'est un croisement de disciplines qui est effectivement passionnant. Pour mener à bien cette analyse, nous allons nous appuyer sur un article scientifique vraiment remarquable.

  7. Intervenant 1

    qui s'intitule « Un modèle probabiliste pour l'immunothérapie du cancer », c'est ça ?

  8. Intervenant 2

    C'est ça. C'est un texte qui détaille les recherches de l'auteur en collaboration avec les scientifiques Martina Bahr, Anna Maier et Antoine Bouvier. Et ce qui donne, disons, toute son épaisseur à ce travail théorique, c'est qu'il découle directement d'une étude clinique très concrète.

  9. Intervenant 1

    Une étude menée in vivo sur des souris par l'université de Bonn.

  10. Intervenant 2

    Tout à fait. L'objectif de cette étude, c'est vraiment de comprendre pourquoi certaines thérapies échouent là où elles devraient réussir.

  11. Intervenant 1

    Oui, l'objectif de notre décryptage d'aujourd'hui, pour ceux qui nous écoutent, c'est vraiment de comprendre pourquoi et comment certaines tumeurs réussissent, contre toute attente, à s'échapper. Mais l'aspect véritablement brillant, c'est qu'on ne va pas chercher la réponse en regardant des cellules dans un microscope.

  12. Intervenant 2

    Non,

  13. Intervenant 1

    pas du tout. On va chercher la faille en résolvant un système dynamique probabiliste. C'est un changement de paradigme complet. En fait, la maladie n'est plus seulement une affaire de biologie.

  14. Intervenant 2

    Elle devient une affaire de probabilité, c'est exactement ça. Mais bon, avant d'entrer dans la mécanique complexe des équations, il faut impérativement poser le décor clinique.

  15. Intervenant 1

    Oui, comprendre pourquoi ce modèle a été conçu.

  16. Intervenant 2

    Voilà, quels problèmes précis ils tentent de résoudre ? Le point de départ, en fait, c'est le traitement de certains mélanomes, donc des cancers de la peau très agressifs, par ce qu'on appelle l'immunothérapie ciblée.

  17. Intervenant 1

    Le champ de bataille où notre propre corps fournit les soldats, du coup.

  18. Intervenant 2

    C'est une excellente métaphore. Dans ces traitements, on utilise les cellules T du système immunitaire. Ce sont vraiment les fantassins de notre organisme. En clinique, on injecte des cellules T capables de reconnaître spécifiquement les cellules cancéreuses.

  19. Intervenant 1

    Et comment elles les reconnaissent en pratique ?

  20. Intervenant 2

    Pour les identifier, les cellulités cherchent des sortes de marqueurs, enfin des antigènes particuliers qui sont présents à la surface de la tumeur. Le processus semble imparable. La cellulité patrouille, elle détecte le marqueur, elle s'accroche et paf, elle détruit la cellule malade.

  21. Intervenant 1

    Sur le papier, c'est vraiment le scénario idéal. Le folda identifie l'uniforme ennemi et neutralise la menace. Donc la taille de la tumeur devrait décroître jusqu'à disparaître. Sauf que, et c'est là qu'intervient le rebondissement biologique qui motive toute cette étude, quand les cellulités entrent en action, cette bataille fait des dégâts.

  22. Intervenant 2

    Des dégâts collateraux majeurs, oui.

  23. Intervenant 1

    Ça génère des débris cellulaires et ça déclenche une très forte inflammation locale. Et face à cette inflammation, la tumeur révèle une capacité d'adaptation redoutable. En fait, elle réagit en perdant ses fameux marqueurs de surface.

  24. Intervenant 2

    Et les conséquences pour la thérapie, elles sont désastreuses. Si la cellule cancéreuse perd ses marqueurs, la cellule T devient littéralement aveugle.

  25. Intervenant 1

    Elle continue de patrouiller, mais l'ennemi est devenu indétectable.

  26. Intervenant 2

    C'est ça. Ce qu'ont observé les cliniciens de l'université de Bonn, sur leur souris, c'est un schéma en deux temps. D'abord, une très belle phase de rémission où la tumeur rétrécit massivement.

  27. Intervenant 1

    Grâce à l'action des cellulités.

  28. Intervenant 2

    Oui. Et puis, une rechute brutale, incurable, où la tumeur regrossit. L'étude précise d'ailleurs un fait crucial. Cette mutation, enfin cette perte de marqueur, elle peut se produire de façon naturelle. Mais c'est extrêmement rare.

  29. Intervenant 1

    Alors que là, c'est amplifié par le traitement.

  30. Intervenant 2

    Exactement. Le phénomène est accéléré de manière exponentielle par la présence de la protéine liée à l'inflammation. En gros, l'attaque crée l'inflammation et l'inflammation crée l'invisibilité.

  31. Intervenant 1

    D'accord. Pour bien ancrer cette dynamique, avant de la mettre en équation pour notre audience, essayons de visualiser ça simplement. Imaginons un grand jeu du chat et de la souris dans une pièce toute

  32. Intervenant 2

    noire.

  33. Intervenant 1

    Les chats, ce sont nos cellules T et les souris, ce sont les cellules cancéreuses. Au début du traitement, les souris portent des petites vestes fluorescentes. Ce sont nos fameux marqueurs.

  34. Intervenant 2

    D'accord, je vois l'idée.

  35. Intervenant 1

    Donc les chats les repèrent très facilement et commencent à réguler la population.

  36. Intervenant 2

    C'est une excellente image, vraiment. Et on peut même y intégrer le rôle de l'inflammation.

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