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10 oct. 2018 · 6 min

IA et Big Data : quand les données aident et biaisent

Dans cet épisode audio, suivez le double jeu des données : elles entraînent et servent l’IA, mais peuvent aussi lui faire reproduire certains biais.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Imaginez qu'une entreprise sache que vous allez la quitter avant même que vous n'ayez pris la décision.

  2. Intervenant 2

    Ah, ça fait un peu peur dit comme ça.

  3. Intervenant 1

    Oui, mais ce n'est pas de la science-fiction, c'est vraiment à la réalité mathématique d'aujourd'hui. Donc aujourd'hui, on se plonge dans une nouvelle exploration audio en fouillant dans nos dossiers nos articles pour décortiquer la relation un peu symbiotique entre l'intelligence artificielle et le big data. L'idée, c'est de comprendre comment ces deux-là s'alimentent mutuellement.

  4. Intervenant 2

    Oui, pour le meilleur et parfois pour le pire.

  5. Intervenant 1

    Exactement.

  6. Intervenant 2

    Pour poser un peu les bases, il faut voir que sans ces masses d'informations gigantesques, ce qu'on appelle le Big Data, les nouvelles IA basées sur l'apprentissage automatique, elles n'auraient absolument rien à analyser.

  7. Intervenant 1

    Rien du tout,

  8. Intervenant 2

    oui. En fait, l'IA, c'est vraiment l'outil mathématique par excellence pour exploiter ces données. Si on regarde des domaines comme l'astronomie ou le séquençage du génome.

  9. Intervenant 1

    Ou les accélérateurs de particules.

  10. Intervenant 2

    C'est ça, le volume de données générées en continu y dépasse de très très loin nos capacités cognitives humaines.

  11. Intervenant 1

    D'accord, donc au lieu d'un détective classique qui chercherait de simples indices et parts, l'IA agit plutôt comme un cartographe.

  12. Intervenant 2

    C'est une bonne analogie, oui.

  13. Intervenant 1

    On lui fournit des milliards de points de coordonnées brutes et elle trace une carte bien lisible pour révéler des structures invisibles à l'œil nu.

  14. Intervenant 2

    C'est exactement le mécanisme central. L'IA optimise les algorithmes pour classer ses points, mais elle va surtout interpoler et extrapoler. Et c'est d'ailleurs toute la beauté mathématique qu'on avait détaillée dans le dossier du numéro 181 de Tangente. Ah oui, tout à

  15. Intervenant 1

    fait.

  16. Intervenant 2

    Et on l'a même approfondi d'un point de vue un peu plus technique dans Tangente SUP7778. En fait, les modèles, ils s'affinent en permanence en se confrontant au réel.

  17. Intervenant 1

    Pour minimiser leur marge d'erreur.

  18. Intervenant 2

    Voilà, c'est tout à fait ça.

  19. Intervenant 1

    Et je dois dire, ces capacités d'extrapolation, je les trouve toujours fascinantes quand on observe des galaxies lointaines ou de l'ADN.

  20. Intervenant 2

    Bien sûr.

  21. Intervenant 1

    Mais le basculement, c'est quand l'objet d'étude, ce n'est plus une étoile, mais nous. L'algorithme applique exactement les mêmes mathématiques prédictives à nos comportements.

  22. Intervenant 2

    Ouais, parce que le mécanisme causal, au fond, il reste le même. Il s'agit d'identifier des modèles récurrents. L'opérateur SFR en est un cas d'école très concret, pour

  23. Intervenant 1

    le coup. SFR, vraiment ?

  24. Intervenant 2

    Ouais, en traquant simplement les pages visitées sur leur site internet et les mots clés qui sont saisis, leurs algorithmes sont parvenus à anticiper plus de 80% des résiliations potentielles.

  25. Intervenant 1

    Attends, 80% ! C'est

  26. Intervenant 2

    énorme ! C'est massif ! Et en plus, ils ont réussi à retenir les trois quarts de ces partants avec des offres ciblées.

  27. Intervenant 1

    Ah ouais. Mais comment s'établit concrètement ce lien de causalité ? Parce que bon, un client qui tape comment résilier, c'est une évidence.

  28. Intervenant 2

    Oui, là c'est facile.

  29. Intervenant 1

    Donc j'imagine que pour atteindre un score pareil, l'algorithme doit détecter des signaux beaucoup plus faibles, non ?

  30. Intervenant 2

    Complètement. Le modèle capte en fait des micro variations de comportement. Imagine une baisse soudaine de la consommation de données.

  31. Intervenant 1

    Ok.

  32. Intervenant 2

    Couplée à la consultation répétée, je ne sais pas, d'une page de tarifs ou d'une FAQ spécifique.

  33. Intervenant 1

    Ah d'accord.

  34. Intervenant 2

    Ça, ça forme un vecteur mathématique que l'IA va associer statistiquement à un risque de départ imminent.

  35. Intervenant 1

    Et donc, ils peuvent agir.

  36. Intervenant 2

    Voilà, en contactant ses clients très précis, pile au bon moment.

  37. Intervenant 1

    On passe donc vraiment d'une statistique de masse où on dégageait de grandes tendances de consommation à la prédiction d'un comportement strictement individuel.

  38. Intervenant 2

    C'est ça, à l'échelle de l'individu.

  39. Intervenant 1

    Ce qui amène forcément à se demander jusqu'où une entreprise est légitime à lire dans nos intentions à travers nos traces numériques. On franchit presque une limite éthique.

  40. Intervenant 2

    C'est clair. Et ce niveau d'intrusion souligne surtout une faille inhérente au système. Le danger de cette optimisation mathématique, c'est qu'elle est fondamentalement aveugle.

  41. Intervenant 1

    Aveugle, c'est-à-dire ?

  42. Intervenant 2

    Joy Boulamwini du MIT et Timnit Gebru de Microsoft l'ont prouvé de façon assez frappante.

  43. Intervenant 1

    En testant des logiciels de reconnaissance faciale, il me semble...

  44. Intervenant 2

    Oui, ceux développés par des géants de la tech comme IBM, Microsoft et Face++. Elles ont mesuré la précision de ces IA en croisant le sexe et la couleur de peau des sujets.

  45. Intervenant 1

    Et concrètement, que révèlent ces chiffres quand on les décortique un peu ?

  46. Intervenant 2

    L'écart est brutal. Sur un visage d'homme blanc, le taux de réussite frôle les 100%. Mais si on soumet le visage d'une femme noire, la précision s'effondre à peine à 70%. Ah

  47. Intervenant 1

    ouais, la chute est sévère. Mais d'où vient un tel écart mathématiquement parlant ?

  48. Intervenant 2

    D'un point de vue purement mathématique, l'algorithme, lui, il cherche juste à minimiser son taux d'erreur global lors de son apprentissage. Logique. Donc si, disons, 80% des visages dans sa base de données initiales sont des hommes blancs, le modèle va mathématiquement surpondérer ces caractéristiques spécifiques.

  49. Intervenant 1

    Ah, je vois. Il devient donc hyper spécialisé pour cette majorité statistique-là.

  50. Intervenant 2

    Exactement. Et du coup, il va traiter les minorités comme des anomalies.

  51. Intervenant 1

    Ou une sorte de bruit de fond quoi.

  52. Intervenant 2

    Voilà, du bruit statistique.

  53. Intervenant 1

    Ce n'est donc pas de la malveillance ou un biais conscient de la machine ? C'est avant tout un problème d'échantillonnage au départ ?

  54. Intervenant 2

    Complètement. L'IA n'a aucune intention. Elle reproduit scrupuleusement, de manière totalement mathématique, les biais de la base de données qu'on a sélectionnés pour elle. Si l'échantillon initial n'est pas représentatif de la complexité du monde réel, la machine deviendra experte pour la norme qu'on lui a fournie,

  55. Intervenant 1

    Et elle sera structurellement défaillante pour tout le reste.

  56. Intervenant 2

    Tout à fait.

  57. Intervenant 1

    Ce qui montre bien en fait que nos données ne font pas que nourrir ces outils. Elles, elles façonnent littéralement leur structure logique et leur vision du monde.

  58. Intervenant 2

    C'est ça, le contenu devient le contenu en quelque sorte.

  59. Intervenant 1

    Et je trouve que ça nous amène à une réflexion un peu vertigineuse pour colore cette exploration audio.

  60. Intervenant 2

    Je t'écoute.

  61. Intervenant 1

    Si ces intelligences artificielles, aussi perfectionnées soient-elles, se contentent d'optimiser des modèles basés sur nos données passées, ne risquent-elles pas de nous enfermer dans la reproduction perpétuelle de nos propres biais ?

  62. Intervenant 2

    C'est une excellente question,

  63. Intervenant 1

    oui. Au lieu de nous propulser vers l'avenir, est-ce que la mathématisation de nos comportements ne risque pas de freiner toute véritable évolution de la société ?

  64. Intervenant 2

    Ça donne vraiment à réfléchir.

  65. Intervenant 1

    C'est une question à garder en tête. La prochaine fois qu'un algorithme vous fera une recommandation parfaitement ciblée. Merci de nous avoir suivis et à très vite.

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