
17 mai 2018 · 17 min
Grande Guerre : comment le son repérait les canons cachés
Dans cet épisode, suivez le son d’un tir jusqu’aux microphones, puis découvrez comment ses décalages et la géométrie situaient une batterie ennemie.
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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
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Intervenant 1
Le podcast du magazine Tangente, bienvenue à toutes et à tous pour cette nouvelle exploration. Plongeons-nous un instant dans la boue d'une tranchée, disons en pleine année 1916. C'est
Intervenant 2
un décor assez sombre pour commencer, ouais.
Intervenant 1
Oui, très sombre. Le sol tremble, le bruit est absolument assourdissant et il y a une pluie d'eau blu qui s'abat sur les positions. Et le pire, en fait, dans tout ce cauchemar, c'est que l'ennemi qui pilonne est totalement invisible. Il est caché quelque part derrière une colline à des kilomètres de là.
Intervenant 2
C'est terrifiant.
Intervenant 1
Exactement. Et la question, c'est comment riposter quand on est complètement aveuble ? Eh bien, la réponse à cette question terrifiante de la Première Guerre mondiale, elle ne va pas venir d'un grand stratège militaire. Elle vient d'un géomètre grec mort il y a plus de 2000 ans.
Intervenant 2
C'est fou quand on y pense.
Intervenant 1
Ouais. Nous analysons aujourd'hui un article fascinant intitulé « Le repérage de l'artillerie ennemie ». L'objectif de notre discussion, c'est vraiment de découvrir comment un pur problème d'abstraction mathématique s'est retrouvé au cœur du carnage de la Grande Guerre, avec une mission vitale, sauver des vies.
Intervenant 2
Et les enjeux de cette période, ils sont vraiment colossaux. Faut bien se remettre dans le contexte. La guerre de 14-18, ça marque l'entrée dans la destruction industrielle.
Intervenant 1
Ouais, clairement.
Intervenant 2
L'artillerie, à ce moment-là, c'est plus juste une arme d'appui, quoi. C'est la cause principale du massacre. On estime que c'est responsable d'environ deux tiers des pertes humaines totales.
Intervenant 1
Deux tirs, c'est énorme.
Intervenant 2
Ah oui, absolument. Donc faire taire les canons adverses, ce qu'on appelle tactiquement le tir de contrebatterie, c'est vraiment une priorité absolue. En gros, si on ne détruit pas les canons d'en face, l'infanterie n'a aucune chance de survivre et encore moins d'avancer.
Intervenant 1
Ce qui pose un problème de logique assez implacable. Parce que pour détruire un canon, il faut d'abord savoir où il est.
Intervenant 2
C'est
Intervenant 1
ça. Et j'imagine qu'au tout début du conflit, avant qu'on utilise des technologies ou des maths super avancées, la méthode c'était juste de se fier à nos sens, non ? On regardait au loin et on essayait de les voir.
Intervenant 2
Exactement. La vision directe, c'était vraiment la norme au début. Les canons y tiraient pratiquement à vue, sur des trajectoires très tendues. Donc les observateurs scrutaient l'horizon.
Intervenant 1
Il cherchait quoi exactement ?
Intervenant 2
Eh bien, soit il cherchait l'éclair lumineux au moment de la mise à feu, soit carrément le gros panache de fumée grise qui sortait de la bouche du canon. Et dès qu'un observateur voyait ça, il utilisait un petit instrument optique, le théodolite.
Intervenant 1
Théodolite.
Intervenant 2
Voilà. C'est peint en verre kaki, ça a l'air très militaire, mais au fond, c'est juste un appareil de géométrie pour mesurer des angles horizontaux et verticaux avec une super précision.
Intervenant 1
D'accord. Mais un seul angle, ça ne te donne pas une position sur une carte. Je veux dire, si je vois un éclair plein nord, je sais dans quelle direction chercher. Mais le canon, il peut être à 1 km comme à 5, quoi.
Intervenant 2
Absolument. C'est pour ça qu'il faut croiser les informations. Et c'est là qu'intervient la fameuse méthode de triangulation.
Intervenant 1
La fameuse ?
Intervenant 2
Ouais. C'est le pilier du repérage. Il faut se représenter la ligne de front. L'armée installe deux postes d'observation bien distincts. On va les appeler les points A et B.
Intervenant 1
OK. A et
Intervenant 2
B ? Les topographes connaissent la distance exacte entre A et B au millimètre près. C'est ce qu'on appelle la base. Donc quand le canon ennemi, qui est à un point T inconnu, lâche son obus, l'observateur en A mesure l'amble de la lueur par rapport à cette base.
Intervenant 1
Ouais.
Intervenant 2
Et l'observateur en B fait exactement la même chose de son côté.
Intervenant 1
Ok, pour bien visualiser, c'est exactement comme quand on fait de la rando à montagne en fait.
Intervenant 2
C'est-à-dire ?
Intervenant 1
Bah quand on est un peu perdu, on prend sa boussole, on vise un premier sommet au loin, puis un deuxième sommet, on trace ces deux lignes sur notre carte et l'endroit où ça se croise, c'est là qu'on est.
Intervenant 2
C'est une excellente analogie. Sauf qu'ici, c'est l'inverse. On connaît nos propres positions, on croise les lignes de visée et l'intersection nous donne la position de l'ennemi. On obtient un magnifique triangle ABT.
Intervenant 1
Magnifique, mais bon, mortel quoi.
Intervenant 2
Oui voilà, mais mathématiquement parlant, avec une base connue et deux angles identifiés, la trigonométrie classique prend le relais. On calcule la longueur de tous les côtés et bam, on a la distance exacte du canon ennemi.
Intervenant 1
Mais j'y pense, le travail s'arrête pas là si, parce que notre propre artillerie, celle qui doit riposter, appelons-la M, elle n'est ni au point A, ni au point B.
Intervenant 2
Non, en général elle est bien en retrait, à l'abri.
Intervenant 1
Donc faut traduire les coordonnées pour nos artilleurs.
Intervenant 2
Exactement. On construit virtuellement un second triangle, le triangle AMB. On connaît la position de notre canon M, celle de l'observateur A, et la position T qu'on vient de calculer. Donc, nouveau calcul. Et ça permet de donner à notre artilleur l'angle exact d'orientation de son tube et la distance de tir pour frapper juste. Sur le papier, c'est une chorégraphie parfaite.
Intervenant 1
Ouais, sur le papier. Sauf que la guerre, c'est pas une feuille de papier.
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