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16 mars 2018 · 23 min

En 2018, quelles femmes étaient aux premières loges des maths ?

Dans cet épisode audio, parcourez le panorama publié en 2018 : des femmes aux responsabilités dans la recherche, l’entreprise et la diffusion des maths.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est vraiment un immense plaisir d'accueillir toutes les personnes qui nous écoutent aujourd'hui pour cette nouvelle exploration.

  2. Intervenant 2

    Oui, bonjour tout le monde. Très heureuse d'être là pour décortiquer ce sujet avec vous.

  3. Intervenant 1

    Alors pour poser un peu le décor, si on demande aux gens d'imaginer la personne qui décide de l'avenir mondial des mathématiques, ou bien la personne qui conçoit l'architecture cryptographique d'une carte bancaire par exemple.

  4. Intervenant 2

    L'image mentale qui vient tout de suite, c'est souvent un homme.

  5. Intervenant 1

    Voilà, c'est ça. C'est un cliché qui a la vie hyper dure. Et en fait, c'est assez paradoxal. Parce que quand on regarde les chiffres des pays de l'OCDE, les sphères de très haut niveau de savoir, elles sont aujourd'hui majoritairement féminines. La jeune génération de femmes est globalement beaucoup plus diplômée que son homologue masculin. Et pourtant, en maths, on a l'impression qu'elles sont invisibles.

  6. Intervenant 2

    C'est vrai que ce décalage entre la réalité de l'éducation globale et la perception spécifique des mathématiques, ça s'explique par un biais sociologique assez classique au final.

  7. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  8. Intervenant 2

    On regarde les bancs des facs dans certaines filières scientifiques très ciblées, on y voit une proportion moindre d'étudiantes. Et là, le cerveau fait un raccourci immédiat.

  9. Intervenant 1

    Ah oui, il en déduit qu'il n'y a aucune femme au poste de commandement.

  10. Intervenant 2

    Exactement, en fait on confond le volume global d'étudiants avec la répartition du vrai pouvoir institutionnel et scientifique. C'est pas la même chose.

  11. Intervenant 1

    Et c'est précisément ce raccourci que notre discussion d'aujourd'hui va mettre à l'épreuve des faits, à travers les sources qu'on a épluchées. L'objectif ici c'est absolument pas de nier que les femmes sont statistiquement moins nombreuses en maths. Ça c'est une réalité chiffrée, on le sait.

  12. Intervenant 2

    Tout à fait.

  13. Intervenant 1

    L'objectif de notre analyse, c'est plutôt de démontrer qu'elles ne font pas du tout de la figuration. En fait, elles pilotent littéralement les structures majeures de la discipline.

  14. Intervenant 2

    C'est très clair quand on regarde les

  15. Intervenant 1

    données. Et pour vérifier ça, je vous propose de commencer par le sommet absolu, la reconnaissance théorique en France, c'est-à-dire la recherche fondamentale pure.

  16. Intervenant 2

    Et pour observer ça, l'institution incontournable, c'est bien sûr l'Académie des sciences. C'est vraiment le sanctuaire de la recherche.

  17. Intervenant 1

    Le Graal, quoi.

  18. Intervenant 2

    C'est ça. Et dans sa section mathématique, on compte actuellement 27 membres total. Et sur ces 27 membres, on trouve 3 femmes.

  19. Intervenant 1

    Bon, attendez, je vous arrête tout de suite, parce que 3 sur 27, ça fait à peine plus de 11%. On essaie de démontrer que les femmes pilotent les mathématiques, mais là, statistiquement, on est face à un club qui reste massivement masculin. C'est vrai, oui. Pourquoi on devrait célébrer 11% ? C'est comme regarder une constellation où seules trois étoiles brillent. Ça ressemble plus à une

  20. Intervenant 2

    toumain si on s'arrête à la simple arithmétique, mais en fait, le pouvoir scientifique ne se mesure pas qu'au nombre de chaises occupées.

  21. Intervenant 1

    D'accord. À quoi on le mesure

  22. Intervenant 2

    alors ? Ça se mesure surtout à la profondeur, à l'influence des domaines maîtrisés. Ce qui est remarquable ici, ce n'est pas la quantité de femmes, c'est le niveau d'abstraction ahurissant des champs qui sont dirigés par ces trois chercheuses. C'est elles qui brillent le plus dans la galaxie, pour reprendre votre analogie.

  23. Intervenant 1

    Ah, je vois. Vous avez des exemples précis ?

  24. Intervenant 2

    Bien sûr, prenons Michel Vergne, par exemple. Ses travaux portent sur la géométrie et ce qu'on appelle les algèbres de Lie.

  25. Intervenant 1

    Alors là, pour que notre auditoire comprenne bien l'enjeu, c'est quoi exactement une algèbre de Lie ? Qu'est-ce que ça apporte de si fondamental ?

  26. Intervenant 2

    Pour le formuler simplement, imaginez que vous voulez étudier la symétrie.

  27. Intervenant 1

    Ok, la symétrie.

  28. Intervenant 2

    Mais pas une symétrie statique, pas comme un flocon de neige, plutôt une symétrie continue. Comme, je ne sais pas, le fait de faire tourner une sphère parfaite sur elle-même.

  29. Intervenant 1

    D'accord, donc un mouvement de rotation continue.

  30. Intervenant 2

    Voilà. Les mathématiciens utilisent les groupes de Lie pour décrire ces transformations continues. Et le génie de l'algèbre de Lie, c'est de prendre cet espace, courbe et super complexe, et de le linéariser autour d'un point précis.

  31. Intervenant 1

    Ah, donc on simplifie le problème en quelque sorte.

  32. Intervenant 2

    C'est ça. On transforme un problème de géométrie extrêmement ardu en un problème d'algèbre linéaire. Et l'algèbre linéaire, on sait beaucoup mieux la manipuler.

  33. Intervenant 1

    C'est brillant.

  34. Intervenant 2

    Oui, et les contributions de Michel Vergne sur ces structures, ou même celles d'Alice Guionnet en probabilité et matrice aléatoire, ce sont des piliers de la physique théorique moderne.

  35. Intervenant 1

    Donc en gros, on parle d'outils théoriques qui servent carrément de fondation aux autres sciences. Complètement. De clairs voisins. Parce que son parcours, il semble presque irréel en fait.

  36. Intervenant 2

    C'est clair.

  37. Intervenant 1

    Elle est l'unique femme titulaire d'une chaire de mathématiques au Collège de France. Et elle a reçu la médaille d'or du CNRS en 2016. Elle travaille sur la géométrie algébrique. Mais concrètement, comment on passe d'équation à de la géométrie pure ?

  38. Intervenant 2

    Eh bien, c'est toute la beauté de la géométrie algébrique. Prenez une équation polynomial hyper simple, comme le fameux théorème de Pythagore.

  39. Intervenant 1

    X² plus Y² égale 1.

  40. Intervenant 2

    Exactement. Algébriquement, c'est une équation classique, mais géométriquement, si vous dessinez toutes les solutions possibles de cette équation, ça forme un cercle.

  41. Intervenant 1

    Ah oui, ok, je visualise.

  42. Intervenant 2

    Gale à géométrie algébrique, elle écudie les objets géométriques qui sont définis par des systèmes d'équations beaucoup plus complexes que ça.

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