
22 nov. 2016 · 6 min
Élection américaine 2016 : comment trois États ont décidé l’issue
Dans cet épisode, remontez des prévisions déjouées aux résultats serrés de trois États, puis au rôle de leurs 46 délégués dans l’issue.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on fait une petite plongée dans un sujet assez fascinant.
Intervenant 2
Oui, on s'attaque à cet article de la revue qui décortique vraiment les anomalies mathématiques de l'élection entre Donald Trump et Hillary Clinton.
Intervenant 1
C'est ça. Et l'onde de choc dans le monde académique a été énorme. L'article mentionne même que la société américaine de physique est allée jusqu'à qualifier le vainqueur de, je cite, « premier président anti-sciences de notre histoire ».
Intervenant 2
C'est une déclaration forte, ouais.
Intervenant 1
Très forte. Mais attention, je préfère être extrêmement clair tout de suite. La mission de cette plongée n'est absolument pas de prendre parti.
Intervenant 2
Exactement. On laisse la politique de côté.
Intervenant 1
Voilà. Notre but est d'étudier de manière purement objective la mécanique algorithmique derrière ces résultats. Alors, déballons un peu tout ça.
Intervenant 2
Et c'est une excellente idée parce que les mathématiques, elles offrent une lecture très froide, mais redoutable pour comprendre ce genre d'événement hors norme.
Intervenant 1
Mais du coup, comment c'est possible, mathématiquement parlant, de gagner une élection en ayant eu, globalement, moins de voix que son adversaire ? Ça rappelle vraiment l'an 2000.
Intervenant 2
Ça rappelle vraiment la grande spécificité du système américain, en fait.
Intervenant 1
Moi, pour imager la chose, ça me fait penser au tennis. On peut très bien gagner le premier set 6-0, écraser l'autre et ensuite perdre les trois sets suivants au tie break 7-6.
Intervenant 2
Oui, c'est une super analogie.
Intervenant 1
À la fin, on a remporté beaucoup plus de jeux au total, mais on a quand même perdu le match et la coupe.
Intervenant 2
Ce qui est fascinant ici, c'est que la Constitution américaine ne prévoit pas un grand match national. Elle organise plutôt 50 petits matchs simultanés.
Intervenant 1
Ah oui, le système des grands électeurs.
Intervenant 2
C'est ça. C'est un modèle archaïque, pensé au XVIIIe siècle, qui s'appuie sur 538 délégués en tout. Et leur répartition, elle ne dépend pas uniquement de la taille de la population.
Intervenant 1
Attendez, dans un système démocratique, pourquoi un État n'a pas un poids strictement proportionnel à son nombre d'habitants ?
Intervenant 2
Eh bien à cause de la méthode de calcul. En fait, chaque État reçoit d'office deux sénateurs, qu'ils comptent un demi-million d'habitants ou 40 millions.
Intervenant 1
D'accord, donc ça crée déjà un déséquilibre à la passe.
Intervenant 2
Absolument. Et ensuite, on ajoute des députés répartis selon ce qu'on appelle la méthode de la plus forte moyenne. Pour faire simple, imaginez qu'on distribue des parts de gâteau.
Intervenant 1
Je vois. Dès qu'un État très peuplé reçoit une part, sa moyenne par habitant baisse mécaniquement, c'est ça ?
Intervenant 2
Exact. Le système va alors donner la part suivante à un État moins peuplé pour compenser. Mathématiquement, ça surreprésente artificiellement les zones moins denses.
Intervenant 1
Et comme presque tous les États appliquent la règle du « tout pour le vainqueur »,
Intervenant 2
Le fameux winner takes all, ouais. Celui qui arrive en tête rafle 100% des délégués de l'État. Donc le total national des voix devient complètement obsolète.
Intervenant 1
Ok, mais si la règle du jeu est connue et que la victoire se joue sur des calculs d'États ultra précis, pourquoi les sondages ont été aussi aveugles ? Ces modèles sont censés être d'une rigueur implacable, non ?
Intervenant 2
Alors, il faut vraiment déconstruire cette idée d'un échec statistique total. À l'échelle nationale, l'erreur globale était en fait très faible.
Intervenant 1
Vraiment ?
Intervenant 2
Oui. Les sondages donnaient 3,2 points d'avance à Clinton et elle termine avec 0,5 points d'avance en voix populaire. On est presque dans l'intervalle de confiance théorique.
Intervenant 1
Je vous arrête tout de suite. On parle d'une élection présidentielle, ce n'est pas une marge d'erreur sur la météo du week-end. Comment on peut qualifier ça de faible alors que ça a invalidé des mois de prédictions scientifiques ?
Intervenant 2
Parce que l'intervalle de confiance, c'est simplement la marge de flou incompréhensible dans toute enquête. Si on sonde 1000 personnes, on sait mathématiquement que le vrai résultat peut toujours varier d'environ 3 points.
Intervenant 1
Ah d'accord, donc le souci venait d'ailleurs.
Intervenant 2
Oui, la véritable faillite des sondeurs, elle n'était pas nationale, elle était très ciblée, chirurgicale même.
Intervenant 1
Sur des États en particulier ?
Intervenant 2
Exactement. Elle s'est concentrée sur trois États cruciaux qui pesaient 46 délégués en tout, le Michigan, la Pennsylvanie et surtout le Wisconsin.
Intervenant 1
Ah oui, le Wisconsin a été une vraie surprise.
Intervenant 2
On se formait en un retard d'un point dans les urnes.
Intervenant 1
C'est là que ça devient vraiment intéressant. L'article souligne que le profil atypique du candidat a poussé des électeurs à masquer leur choix.
Intervenant 2
Le fameux vote caché, oui.
Intervenant 1
Mais un institut a craqué le code, le Los Angeles Times. Plutôt que de forcer les gens à faire un choix binaire, brutal, entre le candidat A et le candidat B, ils ont fait autre chose.
Intervenant 2
Oui, ils ont demandé aux sondés d'évaluer leur probabilité de vote.
Intervenant 1
Voilà. Et ça change tout. Au lieu de compter un électeur hésitant comme un simple 1 pour un candidat, il devient par exemple un 0,6.
Intervenant 2
Et c'est un changement de paradigme et qui modifie toute l'équation.
Intervenant 1
Ça permet d'amortir la variance, non ? De capter mathématiquement les petites hésitations et les revirements de dernière minute.
Intervenant 2
Tout à fait. Et si on relie ça au tableau d'ensemble, on comprend le séisme. Ce type de scrutin par État agit vraiment comme un amplificateur mathématique.
Intervenant 1
C'est-à-dire qu'il grossit le moindre écart.
Intervenant 2
C'est ça. Il grossit de manière disproportionnée le petit écart statistique quand les intentions de vote sont proches de l'égalité. Une micro-hésitation locale, qui serait invisible dans un sondage binaire classique, finit par faire basculer tout le système des grands électeurs.
Intervenant 1
Alors qu'est-ce que tout cela signifie ? Je pense que comprendre cette mécanique nous rappelle qu'une donnée brute n'a de sens qu'à travers le prisme du système qui la calcule.
Intervenant 2
C'est une excellente façon de le formuler ?
Intervenant 1
Un excédent de voix nationale, en fait, ça ne veut rien dire si on ignore l'algorithme constitutionnel qui digère cette donnée.
Intervenant 2
Et cela soulève une question importante ?
Intervenant 1
Je vous écoute.
Intervenant 2
Puisque demander des probabilités plutôt que des certitudes cerne beaucoup mieux ce comportement électoral si complexe, est-ce qu'on ne devrait pas revoir nos modèles mathématiques ?
Intervenant 1
C'est vrai que la question se pose.
Intervenant 2
Ne devrait-on pas carrément abandonner les sondages binaires pour toutes les enquêtes qui mesurent l'opinion humaine en général ?
Intervenant 1
C'est une piste fascinante pour l'avenir. Et ça sera notre mot de la fin pour cette plongée.
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