tangenteAudio

21 oct. 2022 · 19 min

Comment un crabe conduit-il aux équations stochastiques ?

Dans ce podcast, suivez la marche aléatoire du crabe, puis son changement d’échelle vers le mouvement brownien et les équations stochastiques.

Premium
Collections de cet épisode (8)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Imagine un instant un crabe sur une plage infinie. Pour décider de chacun de ses pas, il lance une pièce de monnaie. Pile, il va vers la montagne et face, il va vers l'océan.

  2. Intervenant 2

    Notre bon sens nous murmure qu'il finira forcément par s'éloigner et se perdre à tout jamais, non ?

  3. Intervenant 1

    Bah ouais, carrément. Mais les mathématiques, elles affirment de manière absolue qu'il est garanti à 100% de repasser par son point de départ.

  4. Intervenant 2

    Alors que si un oiseau fait exactement la même chose en volant dans les airs,

  5. Intervenant 1

    il se perdra pour de bon.

  6. Intervenant 2

    Bonjour et bienvenue dans cette nouvelle exploration, c'est le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, un programme vraiment vertigineux attend notre auditoire. Ah,

  7. Intervenant 1

    je suis ravie d'être là, c'est un

  8. Intervenant 2

    sujet qui me passionne. Tu m'étonnes. On plonge au cœur d'un article fascinant qui s'intitule « Du lancé de pièces aux équations différentielles stochastiques ».

  9. Intervenant 1

    Tout un programme, ouais. Notre mission aujourd'hui, c'est de prendre un geste d'une banalité affligeante, genre un simple lancet de pièces, et de voir comment cette petite incertitude de base permet de modéliser la nage chaotique d'un poisson dans l'océan Indien.

  10. Intervenant 2

    C'est un voyage conceptuel assez incroyable en effet. Parce que la source nous montre que le hasard pur, cette idée du chaos qui semble totalement échapper aux lois bien sages de Newton, ça possède en réalité une structure hyper rigoureuse. C'est une architecture invisible mais vraiment élégante.

  11. Intervenant 1

    Et une fois qu'on la comprend, on réalise qu'on peut littéralement faire des maths avec l'imprévisible.

  12. Intervenant 2

    Exactement. Mais avant de construire des équations complexes, il faut poser les fondations.

  13. Intervenant 1

    L'article pose d'abord la définition stricte d'une expérience aléatoire. L'idée est simple, c'est une expérience dont le résultat est impossible à prévoir avec certitude à l'avance.

  14. Intervenant 2

    Même si on s'efforce de répéter l'action dans des conditions absolument identiques ?

  15. Intervenant 1

    Voilà. Prenons notre pièce de monnaie. L'univers des possibles est réduit au max. C'est pile ou face. L'auteur de la source glisse une petite blague sur la possibilité que la pièce tombe sur la tranche.

  16. Intervenant 2

    Ah oui, la fameuse tranche. Mais restons sérieux. À moins d'être dans un film de science-fiction, ça n'arrive jamais.

  17. Intervenant 1

    C'est une singularité qu'on va royalement ignorer pour la beauté du modèle. Mais blague à part, pour manipuler ce pile ou face, on a besoin de quantifier cette incertitude.

  18. Intervenant 2

    C'est là qu'intervient la notion de probabilité qui est juste un nombre entre 0 et 1.

  19. Intervenant 1

    Ouais, si la pièce est parfaite, idéalement équilibrée, la probabilité d'obtenir pile est d'un demi.

  20. Intervenant 2

    Et celle de face est d'un demi.

  21. Intervenant 1

    Attends, je me fais l'avocate du diable une seconde. Dans la vraie vie, une pièce parfaitement symétrique, ça n'existe pas. Il y a toujours un micro-déséquilibre, un côté un peu plus lourd à cause du dessin, non ?

  22. Intervenant 2

    C'est une excellente remarque et les maths ont prévu le coup. Si la pièce est biaisée, on parle plus d'un demi. On attribue une probabilité qu'on appelle P pour l'événement pile.

  23. Intervenant 1

    Genre P, ça pourrait être 0,6 par exemple ? Donc 60% de chance ?

  24. Intervenant 2

    C'est ça. Et mathématiquement, la probabilité d'obtenir face devient automatiquement 1-P, donc 0,4.

  25. Intervenant 1

    D'accord, c'est logique.

  26. Intervenant 2

    Mais le point d'ancrage fondamental de tout ce raisonnement, la brique sans laquelle tout s'effondre, c'est la notion stricte d'indépendance.

  27. Intervenant 1

    L'indépendance, c'est-à-dire ?

  28. Intervenant 2

    Le résultat du premier lancé n'a rigoureusement aucune influence sur le deuxième ni sur le millième.

  29. Intervenant 1

    Ah ouais, et là il faut vraiment qu'on s'arrête un instant, car c'est précisément ici que le cerveau humain disjoncte complètement.

  30. Intervenant 2

    C'est vrai que l'intuition nous tend un piège monumental.

  31. Intervenant 1

    Je propose une petite mise en situation pour le public. On prend notre pièce parfaite, on la lance. Pile. On relance. Encore pile. Troisième lancée, toujours pile. Quatrième lancée, pile.

  32. Intervenant 2

    Et là on transpire ?

  33. Intervenant 1

    Grave. Après quatre piles de suite, notre instinct nous hurle de parier sur face. On a cette sensation viscérale que la pièce doit équilibrer la balance, que la probabilité de face vient d'augmenter.

  34. Intervenant 2

    Et c'est ce qu'on appelle la fausse croyance du joueur ou l'illusion des séries. Et pour un mathématicien, c'est une absurdité totale.

  35. Intervenant 1

    C'est rude, dit comme ça.

  36. Intervenant 2

    Mais il faut être catégorique, la pièce n'a aucune ménoire, elle ne retient pas les lancers précédents et elle n'a pas de conscience d'un univers à équilibrer.

  37. Intervenant 1

    Donc, au moment précis où la pièce est en l'air, pour la cinquième fois, ce lancer est un événement totalement isolé.

  38. Intervenant 2

    Parfaitement isolé. La probabilité d'obtenir pile reste invariablement fixée à un demi.

  39. Intervenant 1

    Mais pourquoi notre intuition est-elle si tenace à ce sujet ? Pourquoi on a tous cette impression d'anomalie statistique face à une longue série ?

  40. Intervenant 2

    Parce que notre cerveau fait une confusion majeure entre deux concepts distincts. Il confond la probabilité globale d'une séquence évaluée avant de commencer avec la probabilité d'un lancé unique évalué pendant la séquence.

  41. Intervenant 1

    Attends, tu peux préciser ?

  42. Intervenant 2

    Ouais, bien sûr. Avant même le premier lancé, si tu calcules la probabilité de faire 5 piles d'affilée, tu multiplies un demi par un demi, 5 fois de suite.

  43. Intervenant 1

    Ce qui fait 1 sur 32, donc environ 3% je crois ?

  44. Intervenant 2

    C'est ça. Donc c'est rare. Mais une fois que les 4 premiers lancés ont eu lieu, ils sont devenus une certitude. La probabilité de se passer est désormais de 1.

  45. Intervenant 1

    D'accord. Il ne reste que le futur immédiat. Ce cinquième lancé tout seul face à son propre hasard d'un demi.

  46. Intervenant 2

    Exactement, le passé n'a plus d'impact.

  47. Intervenant 1

    Ok, donc l'indépendance est vraiment une muraille étanche entre le passé et le futur. Mais ce qui me fascine dans l'article, c'est comment on bascule d'une simple pièce qui tourne à la trajectoire d'un animal dans l'espace.

  48. Intervenant 2

    Ah, on y vient. L'auteur propose d'utiliser cette pièce comme une boussole interne pour dicter un déplacement.

  49. Intervenant 1

    C'est la transition décisive vers ce que vous appelez les variables aléatoires, puis les marches aléatoires, c'est ça ?

  50. Intervenant 2

    C'est tout à fait ça.

  51. Intervenant 1

    Reprenons notre crabe indécis de l'anthro. Imaginons-le sur sa plage, qui se résume à une longue ligne droite continue.

La suite de la transcription est réservée aux abonnés.

S’abonner

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.