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13 sept. 2016 · 24 min

Deux fois 10 % font 21 % : suivez le piège des taux

Dans cet épisode audio, suivez pas à pas pourquoi deux hausses de 10 % donnent 21 %, puis comment la même logique éclaire réductions et crédit.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente pour cette nouvelle plongée au cœur des mathématiques qui nous entourent. Bienvenue à toutes et à tous.

  2. Intervenant 2

    Bonjour à tout le monde. Je suis ravi d'être là.

  3. Intervenant 1

    Alors aujourd'hui, on va démarrer avec une petite mise en situation. Imaginons une scène classique. C'est la période des soldes. On se promène dans les allées d'un grand magasin.

  4. Intervenant 2

    Ouais, le fameux moment où on pense faire des affaires.

  5. Intervenant 1

    Exactement. Et là, on repère une veste avec une étiquette indiquant une réduction de 20 %.

  6. Intervenant 2

    D'accord.

  7. Intervenant 1

    Et juste au-dessus, il y a une immense affiche rouge, vif, qui promet 20 % de réduction supplémentaire en caisse.

  8. Intervenant 2

    Ah, le grand classique !

  9. Intervenant 1

    Bah oui. Et immédiatement, notre cerveau fait le calcul et s'écrit que 40 % de réduction, c'est l'affaire du siècle.

  10. Intervenant 2

    C'est ça, on additionne tout de

  11. Intervenant 1

    suite. Sauf que, comme on va le découvrir aujourd'hui, à cet instant très précis, notre cerveau est en train de nous mentir effrontément.

  12. Intervenant 2

    Et pas qu'un peu.

  13. Intervenant 1

    Ah, ça non. Donc aujourd'hui, on explore un article passionnant qui s'intitule « Les pièges des taux ». Et notre mission pour cette exploration, c'est de comprendre pourquoi la machine s'enraye si facilement.

  14. Intervenant 2

    Et surtout avec autant de régularité.

  15. Intervenant 1

    C'est ça, dès qu'on se retrouve face à des pourcentages.

  16. Intervenant 2

    C'est un sujet fondamental en fait, et même fascinant d'un point de vue cognitif.

  17. Intervenant 1

    Totalement.

  18. Intervenant 2

    Parce qu'on baigne littéralement dans les pourcentages au quotidien, tu vois.

  19. Intervenant 1

    Ouais, l'inflation, les promos...

  20. Intervenant 2

    Les augmentations de salaires, les prêts bancaires aussi. Et pourtant, même avec une calculatrice ultra-puissante dans la poche, en permanence... Notre

  21. Intervenant 1

    téléphone, quoi.

  22. Intervenant 2

    Voilà. Eh bien, l'intuition humaine trébuche presque systématiquement sur ces concepts. Et ce n'est pas un manque d'intelligence. C'est vraiment un véritable biais de notre espèce.

  23. Intervenant 1

    Décortiquons un peu tout ça. Pour commencer, il faut s'attaquer au piège numéro 1, la racine du problème en fait. Pourquoi mon premier réflexe face à ces deux étiquettes de 20 %, c'est de dire 40 % ? D'où ça vient cette envie irrépressible du cerveau de toujours vouloir tout additionner ?

  24. Intervenant 2

    Alors ça, ça vient tout simplement de notre évolution. L'esprit humain adore la linéarité. Parce que le monde physique qui nous entoure est naturellement additif.

  25. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  26. Intervenant 2

    C'est rassurant, c'est tangible, c'est ce qu'on apprend en premier dès la petite enfance. Si on a une pomme dans un panier et qu'on en dépose une autre… On a deux pommes. Exactement. L'addition, c'est le reflet direct de notre expérience physique au quotidien. D'accord, je vois. Le problème, c'est que quand on essaye d'appliquer cette logique matérielle rassurante à des concepts abstraits comme les taux d'évolution par exemple…

  27. Intervenant 1

    On va dans le mur.

  28. Intervenant 2

    Directement dans le mur. L'exemple classique abordé dans l'article est frappant. Prenons une augmentation.

  29. Intervenant 1

    Ok, disons sur un prix.

  30. Intervenant 2

    Voilà. Si on applique une hausse de 10 % sur un prix, puis une autre hausse de 10 %, notre intuition ancestrale, celle qui compte les pommes dont on parlait,

  31. Intervenant 1

    elle hurle que le total fait 20 %.

  32. Intervenant 2

    Exactement.

  33. Intervenant 1

    Alors que la réalité mathématique est tout autre, le résultat réel, c'est 21 %. C'est

  34. Intervenant 2

    ça. Mais attendez, même en connaissant la réponse, je trouve qu'il faut faire un petit effort pour l'accepter. Comment on arrive à ce fameux 21 % ? Pour comprendre pourquoi, il faut abandonner nos pommes et revenir à la base du calcul méticuleux.

  35. Intervenant 1

    Très bien, on t'écoute.

  36. Intervenant 2

    Prenons une somme de référence, disons 100 €.

  37. Intervenant 1

    Facile.

  38. Intervenant 2

    Si on ajoute 10 %, on calcule 10 % de ces 100 €, ce qui représente 10 €.

  39. Intervenant 1

    Ok, donc on obtient 110 € à la fin de la première étape.

  40. Intervenant 2

    Voilà. Et jusque-là, notre cerveau additif arrive encore à suivre la cadence. Mais c'est précisément à la deuxième étape que le piège cognitif se referme.

  41. Intervenant 1

    D'ailleurs, pour moi, la meilleure façon de visualiser ce phénomène pour ne plus se faire avoir, c'est un peu l'analogie de la boule de neige.

  42. Intervenant 2

    Ah oui, très bonne

  43. Intervenant 1

    analogie. C'est comme faire rouler une petite boule de neige en bas d'une

  44. Intervenant 2

    pente.

  45. Intervenant 1

    La première fois qu'on ajoute 10 % de neige, on l'applique sur la petite boule initiale, celle de 100 euros.

  46. Intervenant 2

    Tout à fait.

  47. Intervenant 1

    Mais quand la boule continue de rouler et qu'elle prend sa deuxième couche de 10 %, cette nouvelle couche s'applique sur une surface qui est déjà plus vaste qu'au départ.

  48. Intervenant 2

    Exactement.

  49. Intervenant 1

    Elle s'agglomère sur la boule de 110 € et plus du tout sur celle de 100.

  50. Intervenant 2

    C'est une excellente image, très très parlante. Mathématiquement parlant, 10 % de 110 €, cela fait 11 €. Et non plus 10. Voilà. Cette fois, la couche de neige est plus épaisse. On ajoute donc ces 11 € aux 110 précédents, ce qui nous amène à un total final de 121 €. D'accord. Et la différence entre le point de départ, 100, et l'arrivée, 121, c'est bien une augmentation globale de 21 %. Et absolument pas de

  51. Intervenant 1

    20 %.

  52. Intervenant 2

    Exactement. Et en réalité, le grand coupable de notre confusion quotidienne, c'est le langage courant. En mathématiques, le verbe « ajouter » est incroyablement toxique quand on le mêle au pourcentage.

  53. Intervenant 1

    C'est vrai que c'est un tic de langage. On dit sans arrêt « j'ajoute la TVA sur cette facture », « on va ajouter une marge de 10 % ».

  54. Intervenant 2

    Et c'est tout à fait légitime en français. Le dictionnaire ne nous contredit pas là-dessus.

  55. Intervenant 1

    Bah oui.

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