
24 août 2023 · 20 min
Longues suites : pourquoi un ordre devient-il inévitable ?
Des Dalton aux suites infinies, suivez pas à pas le raisonnement qui fait émerger une sous-suite croissante ou décroissante au cœur du désordre.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.
Intervenant 2
Salut Sam.
Intervenant 1
Aujourd'hui, on a une mission vraiment fascinante. On va parler de l'ordre, mais de l'ordre dans le désordre.
Intervenant 2
VASP Programme.
Intervenant 1
Ouais. Posons la prémisse, tu veux bien. Si on génère une suite de nombres dans le chaos le plus absolu, le hasard pur, sans aucune règle, est-ce qu'il est possible d'y trouver une séquence parfaitement ordonnée ?
Intervenant 2
L'intuition nous hurle que non, en général.
Intervenant 1
Bah oui, l'esprit humain déteste le chaos, on cherche des motifs partout, mais on se dit que, face au hasard total, la logique finit par s'effondrer quoi.
Intervenant 2
Eh bien, les mathématiques prouvent très exactement le contraire.
Intervenant 1
C'est ça qui est dingue.
Intervenant 2
Ouais, c'est un paradoxe fondamental. Peu importe les efforts colossaux qu'on déploie pour créer le désordre le plus total, l'ordre parfait est littéralement inévitable, du moins pour peu qu'on observe un échantillon suffisamment grand.
Intervenant 1
Et c'est précisément ce qu'on va décortiquer dans cette plongée au cœur des articles du magazine Tangente. Comment les mathématiques nous garantissent que le chaos absolu n'est en fait qu'une illusion.
Intervenant 2
Exactement.
Intervenant 1
Pour ancrer ce concept qui peut paraître abstrait, commençons par une image de notre source. Une image très familière, les frères Dalton.
Intervenant 2
Ah oui, l'univers de Lucky Luke, c'est un excellent point de départ pour ça. Prenons les quatre frères, qu'on numérote par ordre de taille tout simplement.
Intervenant 1
D'accord, donc Joe est le numéro 1, le plus petit.
Intervenant 2
C'est ça. William et Jack sont les deux et trois. Et Averell, le plus grand, c'est le numéro 4.
Intervenant 1
Logique.
Intervenant 2
La question de l'ordre est assez triviale si on prend seulement deux frères au hasard. On aura forcément le plus petit d'abord ou le plus grand d'abord.
Intervenant 1
Donc soit une suite croissante, soit décroissante.
Intervenant 2
Voilà, ça monte ou ça descend. Mais là où ça se corse, et c'est notre vraie question de départ, c'est que se passe-t-il si on veut extraire trois Dalton de notre groupe de quatre ?
Intervenant 1
Et exiger qu'il soit parfaitement classé, tous les trois.
Intervenant 2
Tout à fait. L'intuition pourrait suggérer que sur quatre éléments, on a de la marge pour en trouver trois bien alignés.
Intervenant 1
On se dit qu'il y a forcément une combinaison qui marche.
Intervenant 2
Eh bien, c'est impossible à garantir. Il suffit de construire le bon contre-exemple. Analysons la suite donnée par l'article. Le 3, puis le 4, puis le 1 et enfin le 2.
Intervenant 1
Attends, je vais prendre le temps de visualiser cette suite. 3, 4, 1, 2. C'est-à-dire Jack, Avril, Joe, William.
Intervenant 2
C'est ça.
Intervenant 1
Mon but, c'est d'en extraire 3 qui soient dans l'ordre. Bon, je teste. Si j'enlève le 3 initial, il me reste 4, 1, 2.
Intervenant 2
Et donc ?
Intervenant 1
Ça descend violemment de 4 à 1, puis ça remonte à 2. Pas d'ordre.
Intervenant 2
Exact, pas monotone. Essaye la suite.
Intervenant 1
Si j'enlève le 4, j'ai 3, 1, 2. Même problème, ça descend, puis ça monte. Si j'enlève le 1, ça donne 3, 4, 2. Ça monte, puis ça chute. C'est ça. Et enfin, si j'enlève le dernier, le 2, j'obtiens 3, 4, 1. Mais c'est fou ! Absolument aucune de ces combinaisons n'est bonne.
Intervenant 2
Le constat est sans appel, oui.
Intervenant 1
C'est presque frustrant en fait. Aucune n'est dans un ordre purement croissant ou décroissant. L'ordre monotone, comme on dit. Ici, le chaos semble avoir gagné la manche.
Intervenant 2
C'est vrai. Avec quatre éléments, le désordre peut temporairement triompher. Mais c'est ici que les lois de l'univers mathématique basculent, tu vois ?
Intervenant 1
Hein ? Le retournement de situation.
Intervenant 2
Puisque quatre éléments garantissent rien du tout, introduisons une seule variable en plus. Imaginons l'arrivée d'un mystérieux cinquième Dalton. Les nombres de 1 à 5.
Intervenant 1
Donc juste un seul élément de plus et la règle change complètement.
Intervenant 2
Radicalement. C'est la première grande révélation de ce domaine. Avec une suite de cinq éléments, il y a 120 permutations possibles.
Intervenant 1
120 façons de les mélanger, ok.
Intervenant 2
Eh bien les mathématiques démontrent qu'on pourra toujours, sans la moindre exception, extraire une sous-suite monotone de longueur 3. Le chaos total est définitivement vaincu dès l'instant où le cinquième élément entre en scène.
Intervenant 1
C'est fascinant de voir qu'un système passe de l'incertitude totale à la certitude absolue juste par l'ajout d'une unité quoi.
Intervenant 2
C'est la beauté de ces théorèmes.
Intervenant 1
Mais du coup, poussons le raisonnement un peu plus loin. On a garanti un ordre de longueur 3. Et si on est un peu plus exigeant ?
Intervenant 2
C'est-à-dire ?
Intervenant 1
Si on cherche à extraire une suite ordonnée de 5 éléments, pas juste 3, mais 5, comment on fait pour éviter cet ordre le plus longtemps possible et construire la pire suite, la plus chaotique ?
Intervenant 2
Ah ! Pour esquiver une sous-suite monotone de longueur 5, l'ingénierie mathématique demande beaucoup plus de matériel,
Intervenant 1
en fait. Il nous faut combien de Dalton pour fuir l'ordre de longueur 5 ?
Intervenant 2
Plus précisément, on va devoir utiliser 16 éléments. Les nombres de 1 à 16. Et pour organiser ce chaos maximal, on ne va pas les placer n'importe comment.
Intervenant 1
Bah oui, comment on les dispose intérieurement ? On ne va pas juste les jeter au hasard. Il doit y avoir une structure derrière cette fuite de l'ordre.
Intervenant 2
Une marche.
Intervenant 1
Ok, un escalier.
Intervenant 2
Sur chaque marche, on va placer quatre nombres. Mais la subtilité, c'est que chaque marche fonctionne comme un petit toboggan qui nous fait glisser vers l'arrière.
Intervenant 1
Un escalier avec des toboggans. Ok, je visualise. Donc sur la première marche tout en bas, on met les nombres de 1 à 4, mais on les fait glisser à l'envers.
Intervenant 2
Exactement. Le premier bloc de nombres, ce sera 4, 3, 2, 1.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Ensuite, on monte sur la deuxième marche et on fait pareil avec les quatre nombres suivants. Donc 8, 7, 6, 5. Ah
Intervenant 1
ouais. La troisième marche, ça serait 12, 11, 10, 9.
Intervenant 2
C'est ça. Et la dernière marche, tout en haut, 16, 15, 14, 13.
Intervenant 1
Je vois parfaitement la forme que ça prend. Du coup, si on lit la suite d'un bout à l'autre, on a une ligne qui descend de 4 à 1, puis qui fait un bond énorme vers le haut pour atterrir à 8, qui redescend jusqu'à 5, qui rebondit à 12. C'est une structure en dents de scie super agressive. Et dans ces 16 nombres, tu me dis qu'aucune suite de 5 ne s'aligne.
Intervenant 2
Aucune. Et la preuve repose sur un outil fondamental en mathématiques qu'on appelle le principe des tiroirs.
Intervenant 1
Ah, le fameux principe des tiroirs.
Intervenant 2
L'idée de base est super simple.
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