
19 mai 2020 · 6 min
Covid-19 : comment s’orienter parmi les sources scientifiques ?
Dans cet épisode audio, parcourez les pistes recensées en 2020, des actualités de la recherche aux ressources mathématiques et institutionnelles.
Collections de cet épisode (1)
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Imaginez-vous un instant, on est en mars
Intervenant 2
2020.
Intervenant 1
Les chaînes d'info en continu affichent des courbes exponentielles rouge sang. Ton oncle envoie des remèdes miracles sur
Intervenant 2
WhatsApp.
Intervenant 1
Comment notre cerveau fait-il le tri sans imploser ? Parce qu'aujourd'hui, on s'attaque à la survie intellectuelle en pleine crise sanitaire.
Intervenant 2
Eh ben, c'est le test ultime pour notre esprit critique.
Intervenant 1
Ah, ça c'est sûr !
Intervenant 2
Quand l'urgence frappe, la science se fait en direct, sous nos yeux, avec tout son lot de données chaotiques et de contradictions apparentes quoi.
Intervenant 1
Exactement. Et notre mission d'aujourd'hui, c'est justement d'apprendre à naviguer dans cet océan de chiffres sans avoir le mal de mer.
Intervenant 2
Tout un programme.
Intervenant 1
Ouais. On va s'appuyer sur des initiatives du CNRS, de l'AFIS et sur les travaux de mathématiciens qui nous donnent des clés de décodage. Ok, décortiquons tout ça.
Intervenant 2
Je suis prêt.
Intervenant 1
Si je n'ai pas de doctorat en épidémiologie, par quoi je commence pour ne pas me laisser submerger par la panique ?
Intervenant 2
La toute première étape, c'est de couper le bruit de fond pour isoler le signal.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Et pour ça, la méthode académique classique, tu sais, les publications à comité de lecture, ça ne marche pas pour le grand public.
Intervenant 1
Ben non, c'est beaucoup trop lent et jargonneux.
Intervenant 2
Voilà, et le CNRS l'a bien compris. Pour adapter leur communication, ils ont créé la série audio « Covid-19, la parole à la science ».
Intervenant 1
C'est malin, parce qu'ils occupent le terrain là où la désinformation prolifère. Au lieu d'attendre que le public vienne lire des rapports austères, ils déploient de courtes vidéos explicatives directement sur YouTube.
Intervenant 2
Avec la chaîne « diffisons la science » ouais.
Intervenant 1
C'est ça, c'est vraiment de l'intervention rapide.
Intervenant 2
Et si on relie ça au contexte global, l'enjeu ce n'est plus simplement de diffuser du savoir, c'est de construire une véritable ligne de défense contre les rumeurs. Et c'est là que le travail de l'AFIS, donc l'Association Française pour l'Information Scientifique, devient redoutable.
Intervenant 1
Ah mais totalement ! J'ai passé pas mal de temps sur leur site en préparant notre échange et franchement leur méthode est fascinante. Ils ont structuré les données avec une taxonomie en 5 catégories. Au lieu de tout jeter en vrac, ils séparent la situation mondiale des protocoles d'évaluation par exemple.
Intervenant 2
Ce qui aide énormément.
Intervenant 1
Oui, et la section la plus vitale quand on voit passer une info alarmante, c'est leur catégorie contre les rumeurs infondées et la désinformation.
Intervenant 2
Le mécanisme de cette section, il est chirurgical. La FIS, elle ne se contente pas d'accoler une étiquette faux. Non. Quand un pseudo-traitement miracle émerge, il remonte à la source de la donnée, il confronte la méthodologie au consensus des pairs et il démonte les biais logiques qui ont permis à la rumeur de prendre. C'est vraiment de l'hygiène mentale appliquée.
Intervenant 1
Donc, grâce à ça, on a des données propres et filtrées.
Intervenant 2
C'est ça.
Intervenant 1
Mais face à une courbe d'infection qui grimpe à la verticale, l'outil pour comprendre la mécanique du virus, ce sont les mathématiques.
Intervenant 2
Et oui.
Intervenant 1
Et c'est là que ça devient vraiment intéressant. Parce que je vais me faire l'avocate du diable une seconde.
Intervenant 2
Vas-y, je t'écoute.
Intervenant 1
On nous vend les modèles épidémiologiques comme la boussole ultime. Sauf qu'on a bien vu que, tout comme pour les prévisions météo, ils sont incapables de prédire l'avenir avec certitude.
Intervenant 2
C'est vrai.
Intervenant 1
S'ils ne savent pas ce qui va se passer le mois prochain, à quoi ils servent ?
Intervenant 2
C'est la critique la plus fréquente. Et franchement, c'est totalement compréhensible. Le site florilège de la popularisation des mathématiques aborde de front cette frustration.
Intervenant 1
Ah ouais ?
Intervenant 2
Oui, notamment à travers une analyse brillante du mathématicien David Maddor. Et il te donne en partie raison.
Intervenant 1
Ah, tu vois ?
Intervenant 2
Attends, attends. L'utilisation des modèles pour simuler l'avenir de façon stricte, oui, ça ne marche pas. Mais il explique surtout pourquoi.
Intervenant 1
J'imagine que c'est lié au fameux R0, tu sais, le taux de reproduction. Les équations sont tellement sensibles que la moindre variation d'une donnée initiale fait complètement exploser le résultat.
Intervenant 2
C'est exactement ça. C'est l'effet papillon appliqué aux équations différentielles de la santé
Intervenant 1
publique.
Intervenant 2
Si le taux de transmission baisse d'une fraction, parce qu'une partie de la population s'isole, la courbe finale passe d'une catastrophe hospitalière à une lente extinction du virus.
Intervenant 1
Oui, donc ça change tout.
Intervenant 2
Les mathématiques, elles simulent des dynamiques complexes, mais elles ne lisent pas dans le mar de café.
Intervenant 1
Au fond, ce n'est pas une boule de cristal, c'est plutôt comme une soufflerie pour tester des avions. Le modèle ne donne pas la météo le jour du vol, mais il teste si les ailes risquent de s'arracher sous certaines
Intervenant 2
pressions. C'est une superbe analogie ça. Le modèle isole les variables pour tester virtuellement l'impact de telle ou telle restriction sanitaire. C'est fascinant. Et cette intersection entre probabilité pure et réalité clinique, on la retrouve remarquablement bien expliquée sur la chaîne YouTube RisqAlpha. Ah oui,
Intervenant 1
tenue par un médecin, c'est
Intervenant 2
ça ? Exactement. Il y vulgarise ce fameux RisqAlpha en statistique. C'est-à-dire, pour faire simple, la probabilité de conclure qu'un traitement fonctionne, alors qu'en réalité, ce n'est qu'un hasard des données.
Intervenant 1
D'accord, je vois. Mais au fond, qu'est-ce que ça veut dire pour nous ?
Intervenant 2
C'est-à-dire ?
Intervenant 1
On ne va pas tous se mettre à coder des simulations de dynamique des fluides viraux dans notre salon. Pourquoi en tant que citoyen, pourquoi s'armer de ces concepts ?
Intervenant 2
Parce que comprendre la mécanique d'une croissance exponentielle ou le fonctionnement de la validation scientifique, ça nous refuse de statut de spectateur passif. Ça nous vaccine intellectuellement en fait.
Intervenant 1
J'aime beaucoup l'expression.
Intervenant 2
Et d'ailleurs, j'aimerais te soumettre un paradoxe vertigineux pour conclure sur ton analogie de la météo tout à l'heure.
Intervenant 1
Ah, je t'écoute.
Intervenant 2
Imaginons qu'un modèle mathématique prévoit une saturation totale des hôpitaux dans trois semaines.
Intervenant 1
Ok.
Intervenant 2
Cette projection est si alarmante qu'elle pousse les pouvoirs publics à agir et les citoyens à modifier radicalement leur comportement.
Intervenant 1
Ce qui est le but recherché,
Intervenant 2
oui. Résultat, la saturation n'a pas lieu.
Intervenant 1
Donc le modèle s'est techniquement trompé sur ce qui allait arriver.
Intervenant 2
Voilà, et c'est toute la beauté de la
Intervenant 1
chose.
Intervenant 2
Une prédiction mathématique qui s'avère fausse dans les faits n'est-elle pas, paradoxalement, la preuve absolue que ce modèle était parfaitement utile ?
Intervenant 1
C'est fou de le voir comme ça. Une erreur qui sauve des vies, en somme.
Intervenant 2
C'est exactement
Intervenant 1
ça. Ça donne matière à réflexion pour la prochaine fois qu'on croisera une courbe à la télé.
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