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14 févr. 2023 · 6 min

Blaise Pascal dans l’espace : quelles sont ses deux traces ?

Dans cet épisode audio, suivez les deux traces du nom de Blaise Pascal dans l’espace, d’un cratère sur la Lune à l’astéroïde numéro 4 500.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Alors, imaginons un instant un marché immobilier totalement hors de prix, pas à Paris ou à Tokyo, mais à des centaines de milliers de kilomètres au-dessus de nos têtes.

  2. Intervenant 2

    Ouais, un endroit où les mètres carrés ne s'achètent pas avec des millions, mais plutôt avec des siècles d'héritage intellectuel en fait.

  3. Intervenant 1

    C'est ça. Et bon, la mission aujourd'hui, c'est de comprendre comment un génie du 17e siècle, donc Blaise Pascal, a pu se constituer un véritable empire foncier directement dans l'espace.

  4. Intervenant 2

    Son acquisition la plus visible, elle se trouve littéralement sous nos yeux. Enfin, ou plutôt au-dessus, sur la face visible de la Lune.

  5. Intervenant 1

    Oui, le fameux cratère.

  6. Intervenant 2

    Voilà. En 1964, l'Union Astronomique Internationale lui a attribué ce cratère météoritique. On parle quand même d'une cuvette de 108 km de large et d'environ 4 600 mètres de profondeur.

  7. Intervenant 1

    C'est énorme. Mais bon, ce qui est vraiment fascinant ici, ce n'est pas juste la taille du cratère. C'est un peu le plan d'urbanisme lunaire qui l'entoure, non ?

  8. Intervenant 2

    Absolument. C'est un vrai quartier VIP pour mathématiciens.

  9. Intervenant 1

    Oui, en regardant la carte, l'emplacement paraît presque trop beau pour être vrai. Pascal, il est installé juste à côté de Pythagore, de Dessargues et de Boulle. C'est un regroupement géologique naturel ou il y a une volonté délibérée de recréer un département de maths sur la Lune ?

  10. Intervenant 2

    C'est totalement délibéré, oui. La nomenclature spatiale, elle agit un peu comme une cartographie de l'histoire des sciences. Mais le détail le plus pointu dans ce voisinage, c'est vraiment la présence immédiate du cratère Brianchon.

  11. Intervenant 1

    Il est collé à celui de Pascal, c'est ça ?

  12. Intervenant 2

    Exactement, collé. Et historiquement, mathématiquement, ce placement est d'une grande précision. Parce que le théorème de Brianchon, c'est le dual géométrique exact du théorème de Pascal.

  13. Intervenant 1

    Attendez, pause. Le dual géométrique exact. Ça sonne très bien, mais concrètement, qu'est-ce que ça veut dire pour ceux qui n'ont pas révisé leur géométrie projective ce matin ?

  14. Intervenant 2

    Oui, c'est vrai, on va décortiquer ça. En fait, il faut concevoir la géométrie projective comme possédant une sorte de symétrie miroir.

  15. Intervenant 1

    D'accord, un miroir.

  16. Intervenant 2

    Voilà. Dans cette géométrie, chaque règle qui s'applique à un point va s'appliquer de la même manière à une ligne. Et inversement, bien sûr. Le théorème de Pascal, lui, explique comment certains points s'alignent sur une courbe.

  17. Intervenant 1

    Ok, je vois l'idée.

  18. Intervenant 2

    Et des décennies plus tard, Brianchon a pris ce même théorème, a remplacé le concept de point par celui de ligne, et paf, il a obtenu un nouveau théorème tout aussi fondamental.

  19. Intervenant 1

    Ah mais c'est génial ! C'est donc comparable au négatif d'une photographie mathématique en fait ? Le théorème de Brianchon est l'image inversée de celui de Pascal ?

  20. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Et par conséquent, placer leurs cratères côte à côte, c'est une façon d'inscrire cette symétrie mathématique directement dans la topographie lunaire. C'est la traduction géographique d'une relation purement abstraite.

  21. Intervenant 1

    Donc la théorie les relie sur Terre et la nomenclature les soude sur la Lune. C'est magnifique.

  22. Intervenant 2

    Et ça ne s'arrête pas là.

  23. Intervenant 1

    Effectivement, on saisit bien la logique pour la Lune. C'est un hommage par le voisinage. Mais ce n'est qu'une partie de son patrimoine, parce que le nom de Pascal voyage beaucoup plus loin.

  24. Intervenant 2

    Oui, sur un astéroïde de la ceinture principale.

  25. Intervenant 1

    Entre Mars et Jupiter, c'est ça. Comment on passe d'une symétrie géométrique sur la Lune, très pensée par des comités, à un corps céleste découvert par des Japonais à la fin des années 90 ? Quel est le lien ici ?

  26. Intervenant 2

    Alors le lien, c'est la nature même de la transmission du savoir. Cet astéroïde, le numéro 4500, il a été découvert le 3 février 1989 à Kushiro, au Japon, par Hiroshi Kaneda et Seiji Ueda.

  27. Intervenant 1

    Et donc, contrairement aux cratères lunaires qui forment des quartiers thématiques, nommer un astéroïde, ça relève plus du choix personnel des découvreurs, non ?

  28. Intervenant 2

    Tout à fait. Ça veut dire que des astronomes japonais ont volontairement choisi d'associer leur découverte cosmique à un scientifique français, un homme mort des siècles avant leur naissance.

  29. Intervenant 1

    Et sans y être obligé par une logique de voisinage cette fois.

  30. Intervenant 2

    Exactement. Et c'est là que l'héritage de Pascal prend tout son sens. Ce choix, il illustre parfaitement comment le langage mathématique échappe totalement à son créateur.

  31. Intervenant 1

    Oui, la science s'émancipe de sa géographie d'origine.

  32. Intervenant 2

    Voilà. La géométrie qu'il développait à Paris au XVIIe siècle est devenue un outil tellement universel que des chercheurs au Japon trouvent complètement naturel d'utiliser son nom pour baptiser un morceau du système solaire.

  33. Intervenant 1

    C'est vraiment l'abolition totale des frontières, qu'elles soient temporelles ou culturelles. Les théorèmes survivent dans les manuels, mais l'hommage à l'esprit humain, lui, il est gravé sur des orbites célestes.

  34. Intervenant 2

    C'est joliment dit. La carte du ciel devient finalement l'archive de l'intellect humain. Une archive qui, techniquement parlant, possède une espérance de vie bien plus longue que n'importe quel monument terrestre.

  35. Intervenant 1

    Eh bien c'est vrai, et ça soulève une réflexion super intéressante pour conclure cette exploration. Imaginons, si la civilisation humaine venait à s'éteindre, ces catalogues astronomiques, eux, resteraient intacts.

  36. Intervenant 2

    Absolument, ces théorèmes continueraient de tourner autour du Soleil, figés dans la roche.

  37. Intervenant 1

    Exactement. Face à l'accélération des découvertes actuelles, que ce soit en intelligence artificielle ou en physique quantique, on peut vraiment se demander quels esprits scientifiques d'aujourd'hui finiront par voir leurs travaux gravés, non plus sur notre Lune, mais peut-être sur les cartes des toutes premières exoplanètes lointaines qu'on découvrira ?

  38. Intervenant 2

    Le marché immobilier cosmique ne fait probablement que s'ouvrir,

  39. Intervenant 1

    en effet. C'est clair. Une belle pensée pour clore cette discussion. Merci à tous d'avoir suivi cette plongée au cœur de l'univers de Pascal.

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