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22 juin 2022 · 21 min

Un point, plusieurs valeurs : la géométrie rationnelle bornée

Dans cet épisode, suivez les valeurs prises selon chaque direction au même point, puis la construction pas à pas de la géométrie rationnelle bornée.

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  1. Intervenant 1

    Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Très heureux de vous retrouver pour une nouvelle plongée au cœur des mathématiques.

  2. Intervenant 2

    Bonjour Sam. Je suis vraiment ravie d'être là aujourd'hui parce qu'on a un programme assez chargé, je dois dire.

  3. Intervenant 1

    Ça a chargé, c'est le mot. Parce qu'aujourd'hui, on va s'attaquer à un truc qui relève presque du sacrilège.

  4. Intervenant 2

    Complètement.

  5. Intervenant 1

    Il y a une règle d'or, un interdit fondamental qu'on nous martèle depuis l'école primaire.

  6. Intervenant 2

    La fameuse division par zéro.

  7. Intervenant 1

    Voilà, exactement. La division par zéro est impossible. C'est le trou noir des mathématiques, l'opération interdite qui fait carrément exploser les calculatrices, on l'a tous fait étant gamin.

  8. Intervenant 2

    Ouais, le fameux message d'erreur sur le petit écran.

  9. Intervenant 1

    C'est ça. Mais, et c'est là que notre exploration du jour devient folle, que se passerait-il si cet interdit n'était en fait qu'une illusion ?

  10. Intervenant 2

    Ou disons une porte fermée à clé qu'on n'osait pas forcer.

  11. Intervenant 1

    Exactement. Que se passerait-il si le fait d'accepter cet inacceptable permettait de débloquer des univers mathématiques insoupçonnés ?

  12. Intervenant 2

    Et c'est bien le but de notre analyse aujourd'hui. On va décortiquer des travaux de recherche assez récents qui sont mis en lumière par la communauté mathématique francophone.

  13. Intervenant 1

    Et qui prouvent que non seulement on peut diviser par zéro, mais qu'en le faisant intelligemment, on donne naissance à de nouvelles branches de la géométrie.

  14. Intervenant 2

    C'est un véritable séisme conceptuel. On parle de la géométrie régulue et de la géométrie rationnelle bornée.

  15. Intervenant 1

    Des noms qui claquent, on va pas se

  16. Intervenant 2

    mentir. Oui, et pour bien mesurer l'ampleur de cette transgression, il faut vraiment comprendre que cet interdit de diviser par zéro, bah c'était pas juste pour embêter les écoliers.

  17. Intervenant 1

    Non, c'était un vrai pilier.

  18. Intervenant 2

    Pilier absolu de la géométrie algédrique classique. Les chercheurs qu'on lit aujourd'hui, ils ne font pas que contourner une petite règle. Ils redéfinissent la nature même de l'annulation.

  19. Intervenant 1

    Le zéro devient dynamique en fait. C'est plus juste un mur.

  20. Intervenant 2

    Exactement. C'est une destination qu'on peut atteindre de plein de façons différentes.

  21. Intervenant 1

    Bon, alors, avant de briser les règles, il faut peut-être se rappeler comment elles ont été écrites. C'est toujours mieux, oui. Notre analyse nous ramène directement en 1637. Ah,

  22. Intervenant 2

    Descartes.

  23. Intervenant 1

    René Descartes en personne, avec la publication de son célèbre texte « La géométrie », en annexe du « Discours de la méthode ». Bon, on ne va pas faire un cours magistral sur les repères cartésiens, notre public connaît ça par cœur.

  24. Intervenant 2

    Oui, on a tous tracé des axes X et Y sur du papier millimétré.

  25. Intervenant 1

    Voilà. Mais ce qui est crucial dans cette source, c'est que Descartes, en fait, il invente une sorte de dictionnaire bilingue. C'est

  26. Intervenant 2

    une très belle image,

  27. Intervenant 1

    ça. Bah oui, parce que d'un côté, on a la géométrie. Les formes, les courbes, les tangents, tout ça. Ce qu'on peut dessiner, quoi. Et de l'autre, on a l'algèbre. Les formules, les X, les Y, les systèmes d'équations.

  28. Intervenant 2

    Et Descartes prouve que ces deux mondes parlent à la même langue. Une droite devient une équation du premier degré, une parabole devient une équation du second degré.

  29. Intervenant 1

    C'est magique en fait. Mais, parce qu'il y a un mais, dans ce dictionnaire de la géométrie algédrique classique, le vocabulaire est hyper restreint, non ?

  30. Intervenant 2

    Ah bah, il est même soumis à une autocensure assez radicale. Dans ce monde-là, on ne s'autorise que trois opérations.

  31. Intervenant 1

    Seulement

  32. Intervenant 2

    trois ? L'addition, la soustraction et la multiplication. C'est tout.

  33. Intervenant 1

    Donc, pas de puissance bizarre, pas de sinus, pas de logarithme ?

  34. Intervenant 2

    Rien de tout ça. On travaille uniquement avec ce qu'on appelle des polynômes.

  35. Intervenant 1

    Mais pourquoi on s'inflige une telle restriction ? Pourquoi se limiter aux polynômes ?

  36. Intervenant 2

    Parce que les polynômes, ce sont un peu les bons élèves des mathématiques. Ils sont hyper sages.

  37. Intervenant 1

    Sages comment ?

  38. Intervenant 2

    Ils sont lisses, ils n'ont pas de cassures, pas de trous au milieu de la courbe. Ils sont définis partout, de moins l'infini à plus l'infini. C'est

  39. Intervenant 1

    confortable en fait.

  40. Intervenant 2

    Très confortable. Surtout si on travaille avec les nombres complexes. Là, c'est l'élégance absolue. Les théorèmes s'emboîtent parfaitement.

  41. Intervenant 1

    Sauf que, bah oui, sauf que le monde réel, celui dans lequel on vit, il n'est pas fait que de nombres complexes et de petites additions bien lisses.

  42. Intervenant 2

    Non, la physique, la vraie vie, c'est beaucoup plus rugueux.

  43. Intervenant 1

    Si on veut modéliser, je ne sais pas, la gravité, la cinématique, des forces magnétiques, on est obligé de diviser. On a un besoin vital de faire des fractions.

  44. Intervenant 2

    Ce qu'on appelle des fonctions rationnelles dans notre jargon, c'est-à-dire un polynôme divisé par un autre polynôme.

  45. Intervenant 1

    Et c'est là que les ennuis commencent.

  46. Intervenant 2

    Bah oui. Qui dit division dit dénominateur. Et qui dit dénominateur ?

  47. Intervenant 1

    10 risquent de tomber sur 0, le retour de l'interdit.

  48. Intervenant 2

    C'est le drame absolu de la géométrie algébrique réelle. Si votre dénominateur s'annule, paf, vous avez une singularité. Votre belle courbe bien lisse se déchire et part vers l'infini.

  49. Intervenant 1

    Donc, historiquement, face à ce danger, comment les mathématiciens s'en sortaient ?

  50. Intervenant 2

    Ils fermaient les yeux.

  51. Intervenant 1

    Un peu, oui. La parade de la communauté, pendant très longtemps, ça a été l'esquive. On autorisait la division, d'accord, mais uniquement par des expressions blindées. Des expressions qui ne s'annulent jamais, quoi.

  52. Intervenant 2

    Voilà. Le grand classique, c'est l'expression 1 plus x au carré.

  53. Intervenant 1

    Ah oui, je vois. Parce que n'importe quel nombre réel au carré, même négatif, ça devient positif.

  54. Intervenant 2

    Exactement. Moins 2 au carré, ça fait 4. Donc x au carré, c'est toujours positif ou nul. Et si vous ajoutez 1 ?

  55. Intervenant 1

    Ça sera toujours au moins égal à 1.

  56. Intervenant 2

    Donc, ça ne sera jamais au grand jamais égal à zéro.

  57. Intervenant 1

    C'est malin. Laissez un peu rouler avec les petits trous sur son vélo, non ? On est en sécurité, mais on ne va pas bien loin.

  58. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Ça limite énormément les formes géométriques qu'on peut créer et analyser. Et c'est justement ce carcan que la géométrie algébrique contemporaine a décidé de faire sauter.

  59. Intervenant 1

    Et c'est là qu'on rentre dans le vif du sujet avec notre source. Les chercheurs ont introduit cette fameuse géométrie régulue.

  60. Intervenant 2

    Oui, et l'idée fondatrice est d'une audace folle pour un mathématicien. Ils se disent, bon, fini l'esquive, on va s'autoriser à diviser par des polynômes qui s'annulent.

  61. Intervenant 1

    Attendez, ils y vont franco ! On divise par zéro ! Mais on a menti à toute notre audience à l'école, c'est pas possible !

  62. Intervenant 2

    Alors on calme le jeu tout de suite, c'est pas l'anarchie non plus ! Ouf,

  63. Intervenant 1

    vous m'avez fait peur !

  64. Intervenant 2

    On ne fait pas 1 sur 0 en croisant les doigts.

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