
14 mars 2016 · 24 min
Bachet-Bézout : une identité au cœur de trois grands problèmes
Dans cet épisode audio, suivez l’identité de Bézout de sa preuve à son calcul, puis à Gauss, aux restes chinois et aux équations entières.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.
Intervenant 2
Salut à toutes et à tous, ravie d'être là.
Intervenant 1
Alors, pour commencer, faisons un petit bond mental dans le temps. Imaginons la Chine entre le troisième et le cinquième siècle avant notre ère.
Intervenant 2
Ah oui, carrément, on remonte loin.
Intervenant 1
Ben oui, il faut le bien. Donc, on est face à un érudit qui pose à son auditoire une devinette. Une devinette qui semble complètement impossible au premier abord.
Intervenant 2
Le fameux problème des restes.
Intervenant 1
Exactement. On a un tas d'objets devant nous, mais on ignore combien. Si on les groupe par trois, il en reste deux. Si on les groupe par cinq, il en reste trois. Et si on les groupe par sept, il en reste deux.
Intervenant 2
C'est un vrai casse-tête.
Intervenant 1
La question, c'est combien d'objets contient ce tas ? Bon, décortiquons tout ça. Car pour répondre à cette antique énigme sans y passer des années avec un boulier, on va devoir traverser les continents et croiser la route d'illusionnistes du XVIIe siècle avant d'arriver aux fondations mêmes de l'arithmétique.
Intervenant 2
C'est un sacré programme. Et la mission de notre exploration d'aujourd'hui, en fait, c'est de suivre le fil rouge tendu par un duo mathématique assez légendaire. Un duo séparé par le temps, composé de Claude-Gaspard Bachet-Demésiriac et d'Étienne Bézout. Deux
Intervenant 1
grands noms de l'arithmétique.
Intervenant 2
Tout à fait. On a souvent tendance à apercevoir les mathématiques comme un édifice formel, un peu rigide, construit dans des laboratoires intellectuels hyper austères.
Intervenant 1
Ouais, le cliché du tableau noir rempli d'équations effrayantes.
Intervenant 2
Voilà, c'est pas très engageant. Mais la réalité qu'on va traverser ici montre que les outils les plus puissants naissent parfois du simple besoin de s'amuser.
Intervenant 1
Et c'est vraiment ce contraste qui m'a sauté aux yeux en préparant cette plongée. On part de petits jeux de société pour arriver à des théorèmes massifs.
Intervenant 2
C'est fascinant.
Intervenant 1
Absolument. Et l'idée, pour quiconque écoute, c'est pas du tout de subir une avalanche d'équations. On va vraiment prendre le temps de regarder sous le capot, de comprendre la mécanique, le pourquoi ça fonctionne.
Intervenant 2
C'est toute la beauté de la chose. Une formule apprise par cœur, on l'oublie le lendemain. Mais un raisonnement logique, une fois qu'on a eu le déclic, ça reste gravé.
Intervenant 1
Le fameux moment Eureka.
Intervenant 2
C'est ça. Et ce déclic, il commence au XVIIe siècle, avec un personnage assez hors du commun. Bachet de Mésiriac.
Intervenant 1
Alors, plantez-nous un peu le décor sur ce Bachet. Parce qu'à cette époque, il publie un ouvrage dont le titre résume à lui seul l'ambiance, c'est « Problèmes plaisants et délectables ».
Intervenant 2
On est d'accord que ça ne sonne pas du tout comme un manuel scolaire punitif.
Intervenant 1
Loin de là, ouais.
Intervenant 2
En fait, Bachet était animé par une passion dévorante pour les nombres. Mais il choisissait de la partager par le prisme du divertissement, du mystère.
Intervenant 1
Comme des tours de magie intellectuelle.
Intervenant 2
Exactement. Son livre, c'est une véritable mine d'or d'énigmes, de salons. On y trouve par exemple des méthodes pour deviner un nombre qu'une personne a choisi secrètement dans sa tête.
Intervenant 1
Ah oui, le classique multiplie par deux, ajoute cinq, etc.
Intervenant 2
Voilà, ce genre de choses. Mais aussi des tours de cartes, des casse-têtes avec des transvasements de liquide, tu vois, entre différents récipients
Intervenant 1
pour obtenir un volume précis. Comme dans les films d'action pour désamorcer une bombe.
Intervenant 2
C'est exactement le même principe. Il y a aussi des jeux avec des poids et de la monnaie.
Intervenant 1
En lisant ça, j'avais vraiment l'image d'un concepteur d'escape games. Mais avant l'heure, Bachet utilisait les mathématiques comme la machinerie invisible cachée derrière les murs de la salle.
Intervenant 2
C'est une super analogie. Il créait une illusion de magie.
Intervenant 1
Mais du coup, ce qui m'intrigue, c'est la transition. Comment un simple tour pour deviner une carte se transforme en un théorème fondamental qu'on enseigne encore aujourd'hui aux étudiants ?
Intervenant 2
Le passage de la magie à la science, il se fait par le besoin d'être infaillible.
Intervenant 1
Infaillible.
Intervenant 2
Ouais. Pour qu'un tour de prestigitation numérique marche à 100%, sans jamais laisser la moindre place au hasard ou à l'erreur de calcul, il faut que la structure mathématique en dessous soit indestructible.
Intervenant 1
D'accord, donc il faut des fondations en béton armé.
Intervenant 2
C'est ça. Ces jeux, in fine, ils reviennent presque tous à chercher des valeurs inconnues qui doivent obligatoirement être des nombres entiers. On ne peut pas transvaser un tiers de cartes à jouer.
Intervenant 1
Clairement pas. Donc on est dans le domaine de l'arithmétique pure.
Intervenant 2
Tout à fait. Et pour que ces équations à nombres entiers aient toujours une solution prévisible, Bachet a posé les jalons d'un principe. Un principe qui sera plus tard formalisé et étendu par notre deuxième homme, Étienne Bézout.
Intervenant 1
Ce qui nous amène tout droit au fameux théorème de Bachet-Bézout, le gros point de bascule de notre histoire. Je propose qu'on prenne le temps de le décortiquer parce que c'est vraiment une pièce maîtresse. Que nous dit ce théorème concrètement ?
Intervenant 2
Alors, il pose une règle sur les relations entre les nombres entiers. Prenons deux nombres entiers, disons au hasard A et B.
Intervenant 1
D'accord, on a A et B. 15. Rien ne peut diviser à la fois 8 et 15 de manière entière, sauf le 1.
Intervenant 2
C'est le prérequis absolu.
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