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15 févr. 2017 · 5 min

285 milliards d’euros : le poids des maths en France

Dans cet épisode audio, suivez les chiffres du rapport : valeur ajoutée, emplois et secteurs montrent le poids des maths dans l’économie française.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Si on retirait soudainement les mathématiques de l'économie française, ce n'est pas seulement les facs qui fermeraient.

  2. Intervenant 2

    Non, c'est clair, le réseau électrique s'effondrerait en quelques minutes.

  3. Intervenant 1

    Et les plateformes pétrolières s'arrêtent très net.

  4. Intervenant 2

    Ouais, tout s'arrête.

  5. Intervenant 1

    Donc notre mission aujourd'hui, c'est de comprendre cette dépendance invisible en plongeant dans un rapport hyper fascinant de la mièce. C'est un rapport soutenu par les plus grands labos de recherche français.

  6. Intervenant 2

    Tout à fait.

  7. Intervenant 1

    Bon, décortiquons tout ça. Comment des équations peuvent-elles littéralement faire tourner un pays entier ?

  8. Intervenant 2

    Pour comprendre cette mécanique, il faut d'abord regarder la situation sous un angle macroéconomique. Le rapport révèle que les maths génèrent genre 285 milliards d'euros de valeur ajoutée en France.

  9. Intervenant 1

    Attendez, 285 milliards ?

  10. Intervenant 2

    Ouais, ça représente quand même 15% de la valeur ajoutée nationale.

  11. Intervenant 1

    15% ? C'est énorme ! En fait, c'est l'image classique de l'infrastructure souterraine d'une grande ville.

  12. Intervenant 2

    C'est une bonne comparaison, oui.

  13. Intervenant 1

    On voit les bâtiments, les routes, mais pas les câbles électriques ou les gros tuyaux en dessous. Si on les coupe, tout s'effondre.

  14. Intervenant 2

    C'est ça. Mais on peut même affiner l'image. Ce n'est pas juste de la tuyauterie passive.

  15. Intervenant 1

    D'accord.

  16. Intervenant 2

    C'est plutôt le logiciel de pilotage ultra complexe qui décide dans quel tuyau l'eau doit haver à chaque milliseconde. Et ça, pour éviter une inondation, par exemple.

  17. Intervenant 1

    Ah oui, je vois.

  18. Intervenant 2

    Et faire tourner ce logiciel, ça demande une main d'œuvre colossale. Les chiffres de 2012 montrent que 2,4 millions de postes directs sont impactés.

  19. Intervenant 1

    C'est vertigineux.

  20. Intervenant 2

    Ah oui, c'est 9% de l'emploi total en France. C'est pas rien.

  21. Intervenant 1

    Mais attendez, 2,4 millions de postes motés. Enfin, je veux dire, il y a un problème d'échelle. Il n'y a pas 2 millions de profs de maths ou de chercheurs au CNRS. Non, heureusement. Ils travaillent où, au juste, toutes ces personnes ?

  22. Intervenant 2

    C'est tout l'enjeu du rapport qui dresse un peu le palmarès des secteurs les plus impactés. L'informatique arrive en tête avec 75% d'emplois

  23. Intervenant 1

    touchés,

  24. Intervenant 2

    suivi par l'AR&D scientifique à 62%. Pareil, assez prévisible. Mais là où la liste surprend vraiment, c'est qu'on trouve 57% des emplois dans la production d'électricité, 56% dans l'extraction d'hydrocarbures et 54% dans la fabrication de produits électroniques.

  25. Intervenant 1

    Ok, là je dois faire l'avocat du diable une seconde. 57% des emplois dans l'électricité mobilisent des maths. Ça me paraît franchement exagéré.

  26. Intervenant 2

    Ah

  27. Intervenant 1

    bon ? Un technicien qui répare une ligne à haute tension ou qui installe un transformateur, il ne fait pas de la trigonométrie sur son poteau.

  28. Intervenant 2

    C'est une objection très juste. Et le rapport apporte une nuance super importante. En ferrette, environ 30% de ces emplois impliquent l'utilisation directe d'outils issus de la recherche mathématique.

  29. Intervenant 1

    Sans forcément créer de nouvelles formules tous les matins.

  30. Intervenant 2

    Exactement. Reprenons l'exemple du réseau électrique. L'électricité, ça ne se stocke pratiquement pas à grande échelle. Donc si la production dépasse la consommation d'un seul coup, les infrastructures fondent. Si c'est l'inverse, c'est le blackout immédiat.

  31. Intervenant 1

    Donc il faut anticiper et équilibrer en temps réel, en permanence.

  32. Intervenant 2

    C'est ça. Et pour faire ça, on fait appel à des algorithmes d'optimisation stochastique.

  33. Intervenant 1

    Oula, ça sonne pointu, ça.

  34. Intervenant 2

    Un peu, oui. En gros, ce sont des modèles qui prédisent les pics de consommation à la milliseconde près. Ça intègre des variables comme la météo, les habitudes régionales, le risque de panne.

  35. Intervenant 1

    D'accord, je comprends. Donc le technicien sur le terrain ne pose pas l'équation ?

  36. Intervenant 2

    Non, c'est vrai. Mais son intervention est guidée de bout en bout par le résultat de ce calcul.

  37. Intervenant 1

    Je vois. C'est la même logique pour l'extraction pétrolière, j'imagine. Le foreur ne fait pas de mécanique des fluides, mais le logiciel de sa foreuse à kilomètres sous terre...

  38. Intervenant 2

    Ce logiciel, lui, il en fait, oui. Tout à fait. Un forage, ça coûte des dizaines de millions d'euros. On ne peut vraiment pas creuser au hasard.

  39. Intervenant 1

    Forcément.

  40. Intervenant 2

    L'industrie utilise des modèles de propagation d'ondes sismiques pour cartographier le sous-sol en 3D.

  41. Intervenant 1

    Donc des maths pures ?

  42. Intervenant 2

    Totalement. Ensuite, des équations extrêmement complexes calculent comment le pétrole, qui est un fluide, va réagir et remonter à travers les roches sous des pressions extrêmes. Sans ces modèles, l'extraction moderne est juste physiquement impossible.

  43. Intervenant 1

    Ce qui ressort de tout ça, en fait, c'est qu'on ne rémunère pas ces millions de personnes pour faire de la recherche sur un tableau noir. On les paye pour manipuler des outils sophistiqués qui en découlent.

  44. Intervenant 2

    C'est exactement ça.

  45. Intervenant 1

    L'économie achète des solutions mathématiques pour résoudre des problèmes très matériels.

  46. Intervenant 2

    C'est le cœur du sujet. Si on relit cela au contexte global, le rôle des maths dans le développement industriel français, c'est pas juste important. C'est le socle même de la compétitivité.

  47. Intervenant 1

    Et ça ne va pas s'arrêter là.

  48. Intervenant 2

    Non, avec l'essor de l'analyse de données aujourd'hui, ce poids est carrément appelé à se renforcer.

  49. Intervenant 1

    Ce qui amène une vraie réflexion pour la suite. Puisque ces modèles et ces algorithmes sont de plus en plus intégrés au cœur de chaque usine, on peut se demander si la frontière entre un métier mathématique et l'ingénierie classique ne va pas finir par totalement disparaître.

  50. Intervenant 2

    C'est une très bonne question.

  51. Intervenant 1

    Est-ce qu'à terme, chaque technicien ne deviendra pas un mathématicien qui s'ignore, pilotant des équations sans même s'en rendre compte ? C'est une idée vraiment fascinante à garder en tête pour prolonger ce décryptage. Merci à tous de nous avoir écoutés et à très bientôt pour une nouvelle exploration.

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